Em Pompa (au premier plan) avec sa bande de Bellflower.

Bellflower : de l’utilité des incendies

Pour le troisième opus de Bellflower, Em Pompa (Émilie pour les intimes) avait envie d’emmener sa bande plus loin. Vraiment plus loin. Au point que, pour l’enregistrement du disque, elle a fait passer son octuor à quinze musiciens.

Le résultat s’intitule Upside Down et offre une pop orchestrale où se mélangent également jazz, électro et musique progressive, avec un côté très cinématographique. Un buffet garni sonore, rendu possible grâce à l’ajout d’un quatuor à cordes et de trois cuivres supplémentaires, le tout sur des histoires de renaissances, de renouvellements, de crises menant au changement.

Oui, concède Em Pompa, ça doit être un peu pour cette raison que la métaphore du feu revient dans au moins quatre des nouvelles chansons. « C’est une image forte pour moi, mais dans l’optique du phénix qui renaît de ses cendres, explique-t-elle. Quelque chose est en train de brûler, mais ça fait de la place. Lorsque, dans Wildfire, je chante que le moment est venu d’avoir peur et d’affronter l’incendie, ça signifie qu’il faut courir des risques. Même si quelque chose disparaît, il faut l’accepter, parce qu’il y a toujours quelque chose de beau qui en ressort. Chaque pièce a sa propre histoire, mais toutes tournent autour de cette idée qu’il n’y a pas de hauts sans bas, pas de renouvellement sans destruction. »

« Le titre Upside Down, poursuit-elle, représente ce moment où tout peut changer, où tu dois choisir le chemin que tu vas prendre. Soit tu restes concentré sur ton angoisse — et c’est correct d’avoir peur et de se sentir vulnérable —, soit tu utilises ce sentiment pour aller plus loin et devenir plus fort », ajoute-t-elle à propos de la chanson-titre, inspirée par le vécu d’un ami qui, justement, s’est retrouvé sur un chemin de croix qui ne semblait pas avoir de fin.

BELLFLOWER
UPSIDE DOWN
POP INDIE ANGLO
Propagande

Morceaux d’existences

Em Pompa a ainsi « emprunté » quelques morceaux d’existences autour d’elle pour écrire les textes des dix plages (auxquels s’ajoute une pièce instrumentale) de ce troisième disque. « Les deux premiers albums étaient plus centrés sur moi, plus introspectifs, mais là, j’avais le goût de m’ouvrir un peu plus. Je me suis inspirée de ce qui m’entourait, de ce que mes proches vivaient. Mais j’ai aussi inventé des histoires, en me mettant dans la peau du personnage principal. »

Par exemple, pour la chanson Vivian, Em a songé à une cliente qu’elle apercevait régulièrement à l’époque où elle travaillait dans une succursale de la SAQ.

« Je la voyais chaque semaine, sur une période de huit à dix ans, et je trouvais que son regard était assez intense. On aurait vraiment dit qu’elle avait vécu quelque chose de sérieux. Je ne l’ai plus rencontrée quand je suis partie pour me consacrer à la musique, mais je me suis plu à lui inventer une vie, en imaginant une serveuse qui voit une vieille dame régulièrement dans son restaurant. Jusqu’au jour où elle ne vient plus. »

Enregistré en partie dans le chalet familial (c’est le bruit de la vraie pluie qu’on entend dans Interlude), Upside Down a bénéficié de l’aide du contrebassiste et tromboniste Olivier Hébert pour les orchestrations. Mais, évidemment, Bellflower ne partira pas en tournée à quinze.

« Comme les cordes et cuivres supplémentaires sont arrivés après et que les arrangements pour l’octuor étaient déjà réalisés, nous sommes simplement revenus, pour le spectacle, à ce qui était prévu au départ. Naturellement, nous avons gardé de la place pour l’improvisation sur scène. En fait, je pense qu’un des secrets pour préserver l’unité au sein du groupe (à part l’écoute et la belle complicité entre nous), c’est d’apporter du bon matériel musical aux autres et de leur laisser beaucoup de place, par exemple avec des solos. »

Sans campanules

Pour baptiser son octuor, Em Pompa n’a pas vécu d’épiphanie dans un champ de campanules un jour de grand soleil. « Mais je me suis tellement cassé la tête! Je ne voulais pas l’appeler Em Pompa, car nous sommes vraiment un groupe. Jusqu’au jour où William [Côté] et moi sommes tombés sur le long métrage Bellflower, du nom d’une ville californienne [dans l’agglomération de Los Angeles] où se déroule l’histoire. C’est un drame psychologique très sombre, même un peu psychédélique. Et je me suis demandé pourquoi un film aussi intense pouvait avoir un si beau nom. »

Les autres musiciens de Bellflower

Jérôme Beaulieu – piano, synthétiseurs (Trio Jérôme Beaulieu, Misc, Ivy)
Nicolas Boulay – trompette, bugle (Dawn Tyler-Watson, Les Cowboys Fringants)
William Côté – batterie, voix, guitare (Trio Jérôme Beaulieu, Misc, Les Louanges)
Alexandre Dodier – saxophones, clarinette, flûte (Shpik)
Félix Petit – saxophone (FELP, Les Louanges, Hubert Lenoir)
Jérémi Roy – basse, synthétiseur (Sarah Toussaint-Léveillée, Chienvoler)
Kathryn Samman – voix, percussions (Little Misty)

Vous voulez y aller?

Bellflower
Samedi 5 octobre, 21 h
La Petite Boîte noire
Entrée : 22 $