L’auteur et comédien Denis Bouchard présente le samedi 17 octobre au Théâtre Granada la lecture de sa pièce <em>Bang!</em>, dans laquelle il incarne une quinzaine de personnages.
L’auteur et comédien Denis Bouchard présente le samedi 17 octobre au Théâtre Granada la lecture de sa pièce <em>Bang!</em>, dans laquelle il incarne une quinzaine de personnages.

Bang!, de Denis Bouchard: comme un retour vers le futur

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
On pourrait dire que Denis Bouchard a été visionnaire lorsqu’il a écrit sa pièce Bang!, il y a 15 ans.

Atypique spectacle solo, l’offrande théâtrale met en scène un personnage un brin paresseux et hypocondriaque qui vit reclus chez lui et qui communique avec ses proches grâce aux écrans. Le quotidien du personnage dramaturgique n’est évidemment pas sans rappeler le nôtre, en temps de COVID-19.

« C’est fascinant et presque prémonitoire », dit en rigolant le comédien et auteur, qui précise tout de même avoir beaucoup remanié la pièce.

« C’était drôle de relire ça une décennie et demie plus tard et de constater les ressemblances avec certains aspects de nos vies. Cela dit, plusieurs choses ont changé depuis l’écriture de la pièce. Je réalise à quelle vitesse les réseaux sociaux ont évolué. Il y a 15 ans, Facebook débutait à peine, Instagram n’existait pas et WhatsApp, encore moins, alors que maintenant, tous ces réseaux sont "d’omnipuissants" moyens de communication. On a fait un bond de géant au chapitre des technologies. J’ai donc rebrassé le texte en entier pour qu’il soit au goût du jour. »

L’intrigue, elle, n’a pas trop bougé. Charles, ermite assumé, se décide un soir à sortir de sa tanière. Il se réveille le lendemain avec la chemise couverte de sang et aucun souvenir de ce qui s’est passé au cours des dernières heures. En contactant proches et amis via les moyens technos à sa portée, il essaie de retracer le fil des événements.

Seul sur scène, sans décor ni costume, Denis Bouchard incarne tous les personnages dans une mise en lecture « assez sportive ».

« C’est une lecture, oui, mais ne vous attendez pas à me voir assis sur un tabouret. J’occupe pas mal l’espace », assure le comédien établi en Estrie.

Pendant l’heure et quart que dure la représentation, il prête voix à une quinzaine de personnages. Un petit exploit scénique et un beau défi qui ramène le comédien aux sources du métier.

« J’ai commencé dans le milieu avec la LNI [Ligue nationale d’improvisation] et, en 1980, quand j’ai écrit La déprime avec Rémy Girard, on était cinq acteurs qui se partageaient 66 personnages. Interpréter, ça a toujours été un peu une carte de visite pour moi; je suis un acteur de composition. Avec cette pièce-là, je reviens à mes premières amours, en quelque sorte. »

Un peu à cause de Garou

Reste que, lorsqu’il a imaginé l’histoire, on était loin d’avoir les deux pieds dans les communications virtuelles. Où diable est-il allé pêcher son idée?

« En fait, c’est carrément un défi qu’on m’a lancé, résume Denis Bouchard. Je travaillais sur le spectacle Noir et blanc de Gregory Charles, qui remplissait le Centre Molson soir après soir. Le producteur, Aldo Giampaolo, m’avait demandé pourquoi je n’écrivais pas un show pour moi-même. »

En réfléchissant à la proposition, une évidence s’est imposée: s’il osait un effort solo, il fallait qu’il y ait plusieurs personnages.

« Je travaillais alors avec Garou, qui avait un succès fou en Russie et en Ukraine. Là-bas, ils étaient très habitués avec Skype, ce qui n’était pas encore le cas ici. J’ai commencé à broder autour d’un personnage qui interagissait avec d’autres, à travers un écran, ce qui me permettait d’enchaîner plusieurs rôles. C’est comme ça que le show est né. »

Puisqu’il est seul sur scène à porter la comédie teintée de suspense, le comédien peut poursuivre la tournée dans les régions où les salles sont encore ouvertes.

« C’est particulier de voir à quel point c’est un projet presque conçu sur mesure pour le contexte actuel. J’ai fait quelques représentations, déjà, et je le constate: ça fait du bien. Le théâtre, c’est bon pour l’âme. Je suis très content de ce projet-là. J’ai une vingtaine de spectacles à l’horaire d’ici Noël, on verra comment ça s’articule pour la suite. »

C’est que l’homme de théâtre a dû reporter une partie de la tournée de sa pièce Le dernier sacrement en raison de la pandémie. L’adaptation anglophone de celle-ci, ainsi que la version française qui devait être proposée à Paris, sont pour l’instant mises sur la glace.

« On verra ce qui se passe ensuite. Pour l’instant, je travaille sur la lecture de Bang! Je ne suis pas fermé à l’idée de faire vivre la pièce à travers une mise en scène, plus tard. J’y pense. »

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Vous voulez y aller?

Bang! 

Lecture de Denis Bouchard

Samedi 17 octobre, 19 h

Théâtre Granada

Souper-spectacle : 85 $

Spectacle seulement : 38 $

Billets vendus par paires seulement

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Depuis l’époque du Liquor Store

Denis Bouchard a connu Garou dans les années 1990, bien avant que Notre-Dame-de-Paris le propulse à l’avant-scène de la chanson.

« J’étais actionnaire du Liquor Store, à Magog, où Garou venait chanter avec sa guitare. C’est là qu’on s’est lié d’amitié. On a toujours gardé contact, depuis. Quand il a commencé à faire carrière avec Notre-Dame, j’ai été le voir à Paris. Plus tard, lorsqu’il a amorcé ses shows solos, il m’a demandé d’en faire la mise en scène. J’ai travaillé sur plusieurs de ses projets. Et maintenant, c’est particulier, je réside aussi en Estrie », souligne le comédien et auteur qui a une adresse dans les Cantons depuis 30 ans maintenant.

« J’avais déjà prévu m’établir dans le coin de façon plus permanente, dans quelques mois. J’avais dit à mon fils : quand tu vas avoir 18 ans, tu garderas le condo montréalais, c’est moi qui pars [rires]! La pandémie a juste un peu accéléré les choses. »