Avenir incertain pour la librairie sédentaire Salon Le Buvard

SHERBROOKE - Afin de poursuivre la mission qui lui tient à cœur et en raison des faibles ventes de livres au Québec, Michel Vézina songera à l'avenir de sa librairie sédentaire au cours de l'hiver, le Salon Le Buvard situé à Gould.

Très occupé par sa librairie ambulante qu'il fait voyager sans relâche, Michel Vézina est en réflexion.

« Malheureusement, je ne peux pas être partout à la fois. Comme dans toute entreprise, il faut faire des choix et j'ai de la misère à faire les deux en même temps », confie l'homme en mission. « Je vais reprendre la route avec Le Buvard au Québec l'été prochain, j'ai décidé de favoriser la librairie ambulante comme c'était mon projet initial. Le lieu va toujours exister, mais il n'y aura pas d'heures d'ouverture stables jusqu'à la fin août. »

Son pied-à-terre dans le Haut-Saint-François convient mieux à recevoir des artistes pour des résidences de création artistique qu'à la vente de littérature québécoise, ce qui porte le propriétaire à songer à changer sa vocation.

« On verra ce qui arrivera rendu à l'automne, mais je pense plutôt continuer dans le sens des résidences d'écriture que j'ai organisées cette année. C'est un format qui se combine bien avec mes déplacements avec la librairie ambulante », explique-t-il, exprimant son désir de se concentrer sur sa mission première, amener la littérature québécoise là où il y en a moins.

Un engouement à développer

Visiblement, nos cousins français n'ont pas le même rapport avec la lecture que le peuple québécois, a constaté le libraire ambulant. Force est d'admettre que pour diverses raisons, la culture de la lecture y est beaucoup plus développée et les livres s'y vendent mieux, ce qui n'est pas le cas en ce moment dans la belle province.

« Notre activité littéraire a véritablement commencé au Québec avec la Révolution tranquille dans les années 1960, donc son existence est encore relativement récente. En France, la littérature existe depuis le 16e siècle », compare-t-il. « La population est aussi dix fois plus nombreuse, mais la culture de la lecture y est beaucoup plus importante. Les livres se vendent beaucoup mieux là-bas, ce n'est même pas comparable. »

Une statistique bien gênante explique en partie cette différence majeure entre le niveau d'engouement des deux peuples francophones vis-à-vis la lecture. Cela explique en partie pourquoi la survie du Salon Le Buvard n'est pas assurée.

« On ne peut même pas comparer leur engouement pour la lecture au nôtre », avoue-t-il encore. « Il y a encore 52 % d'analphabètes fonctionnels au Québec. On est en train de développer une culture de la lecture, mais il y a encore beaucoup plus d'écrivains que de lecteurs. Le lectorat est extrêmement mince, on commence à parler d'un best-seller à 1300 exemplaires vendus. De plus, les librairies sont généralement concentrées dans les métropoles régionales, donc les lecteurs en région ont moins facilement accès à la littérature », explique M. Vézina, en pleine réflexion sur l'avenir de ce qu'il considère une branche connexe de son œuvre.