Dans L’arbre de l’enfance, la cinéaste Anne Barth a suivi la jeune Juliette de 11 ans à 17 ans.

Aux racines de l’éducation

Anne Barth a tourné l’œil de sa caméra vers la jeune Juliette pendant sept ans. De 11 à 17 ans, la sage fillette a témoigné à cœur ouvert, avec grande lucidité et belle sincérité. Ses brillantes réflexions sur le monde qui l’entoure tiennent lieu de fil conducteur dans L’arbre de l’enfance. Produit et réalisé par la cinéaste franco-québécoise, le film documentaire défend l’importance de l’éducation bienveillante. Avec poésie et délicatesse, il souligne aussi la nécessité de protéger les premières années de vie, d’accompagner les enfants avec ouverture et empathie. Sans projeter sur eux nos propres blessures.

« J’espère que mon film va nourrir une réflexion plus grande. Il faut qu’on soit conscient que l’enfance, c’est une période fondatrice et fragile. Il faut la préserver. On la porte toute notre vie, on est entouré d’adultes qui transportent leurs blessures d’enfance et qui, inconsciemment, prennent des décisions teintées par celles-ci, en société comme dans leur vie privée », exprime la réalisatrice et productrice, qui a habité au Québec pendant 40 ans avant de retourner vivre en Europe, il y a une dizaine d’années.

Pour étayer son propos, Anne Barth a aussi mené des entretiens avec Daniel, père de cinq enfants, et Béatrice, mère d’une adolescente. Tous deux ont témoigné à cœur ouvert en évoquant autant leurs failles que leur cheminement vers une parentalité repensée. La pédiatre Catherine Gueguen, auteure du livre Pour une enfance heureuse, expose les plus récentes recherches neuro-scientifiques sur le sujet.

Des questions, des témoignages

Au gré des interventions des uns et des autres, le film pose de grandes et essentielles questions : quels sont les impacts de l’éducation reçue dans l’enfance sur le rôle de parent, d’enseignant, d’éducateur? Comment donner aux enfants la possibilité de devenir des adultes heureux?

Des questions qui trouvent écho. Depuis sa sortie en Europe, en septembre dernier, le long métrage reçoit un accueil chaleureux. Les ciné-rencontres se multiplient, les témoignages aussi.

« Je reçois d’innombrables courriels, j’ai une centaine de demandes de projections. Le propos du film touche les gens. Je pense qu’il répond à une demande, à un besoin. »

Il amène le public à revisiter son enfance. Et à, peut-être, repenser sa façon d’être avec les plus petits. La démarche commande d’avancer sur un chemin que tout le monde n’est pas nécessairement prêt à emprunter, la réalisatrice le sait.  

« Parce que revisiter cette histoire-là, cette part de soi qui se réfère à l’enfant qu’on a été et à ce qu’on a vécu, ça réveille parfois une souffrance. »

Elle sait comme le parcours peut être douloureux. Elle l’a fait.

« Je suis la huitième d’une famille de huit enfants. J’ai été matériellement soutenue, je n’ai manqué de rien physiquement, mais affectivement, j’ai été abandonnée. Mes parents ont été absents, d’une certaine façon. Il n’y avait pas de présence aimante, pas de soutien, pas de tendresse. Tout ça a laissé une empreinte... Maintenant, je suis enfin apaisée. Ça m’a permis de faire ce film. Et de l’accompagner. »

Réflexion et espoir

Après les projections auxquelles elle assiste, la réalisatrice ouvre la porte aux échanges. Dimanche, ce sera au tour de Sherbrooke de recevoir sa visite pour une ciné-rencontre, à laquelle participera aussi le violoniste sherbrookois Charles Van Goidtsenhoven, qui signe la trame sonore du film. D’autres projections suivront à Granby, Sutton et Montréal.

« Je croyais profondément à la portée de ce film, parce qu’il transporte une réflexion mais aussi de l’espoir. De la douceur. J’ai voulu le produire pour être libre de mes choix créatifs. C’est mon premier long métrage d’auteure et il marque un tournant. J’ai plusieurs autres projets cinématographiques en attente, certains en fiction. »

Avant de plonger dans un nouveau chapitre filmé, elle savoure l’envol de son dernier-né sur bobine.

« Une version avec sous-titres anglais est en cours de production. J’ai le souhait que mon film se promène, qu’il aille dans toutes les familles, qu’il soit vu dans les écoles. Pour que les gens pleurent un peu leur souffrance d’enfance et avancent dans la dignité. Pour que, tous, nous prenions soin de nos enfants. »

Ceux qu’on a à l’intérieur. Et ceux qu’on est en train de voir grandir.

Anne Barth

Cordes sensibles

C’est la deuxième fois que le Sherbrookois Charles Van Goidtsenhoven couche des mélodies sur les images d’Anne Barth. Le violoniste avait déjà signé la trame sonore de son court métrage Le pont de verre. Il a de nouveau composé les pièces musicales qui habillent différents passages du film L’arbre de l’enfance.

« J’ai été touché par la réflexion et par la quête de sens qui se dégagent du film. Par la qualité de la confidence qu’Anne a su aller chercher, aussi. Les enfants comme les parents qui témoignent à l’écran sont d’une très grande générosité. Leur ouverture et leur sincérité m’ont beaucoup ému, tout comme la beauté des images qui tissent le film et qui transportent une certaine poésie. J’ai composé la musique en souhaitant ajouter une touche de beauté et de joie à celle qui était déjà là », exprime le musicien, qui a rencontré la cinéaste il y a une quinzaine d’années, dans la région.  

« J’ai composé la musique pendant l’été 2016. Dès le départ, l’objectif a été de servir l’intention que je percevais du film », précise celui qui enseigne le violon depuis plus de 20 ans en multipliant les projets de création, en parallèle.  

Il a notamment fait travailler son archet au sein du groupe La Roue du Loup en plus de marier son univers musical à différentes disciplines artistiques (le conte et dessin dans le sable avec Josée Courtemanche et la poésie avec Yves Allaire, notamment).

« J’aime ce partage artistique, découvrir d’autres univers, être nourri par la créativité que les autres portent.

Vous voulez y aller?
L’arbre de l’enfance
Ciné-rencontre avec la réalisatrice et le compositeur
Dimanche 26 novembre, 19 h 15
Maison du Cinéma de Sherbrooke
Entrée : tarifs courants