Même les amateurs de course ayant suivi la carrière des Villeneuve en apprendront beaucoup sur Jacques, le frère de Gilles, dans le documentaire Le vrai Jacques Villeneuve.

Authentique, Jacques Villeneuve

Jacques Villeneuve n’a jamais fait dans les demi-mesures. Sa vie, il y carbure à la même vitesse qu’il pilote sa voiture ou sa motoneige.

Le vrai Jacques Villeneuve, un excellent documentaire de plus d’une heure réalisé par Marc G. Carbonneau, sera diffusé jeudi soir dès 22 h à Canal D. Les amateurs de course automobile en apprendront beaucoup sur celui que l’on considère encore comme le troisième Villeneuve: le frère de l’un, l’oncle de l’autre.

Le réalisateur, dont l’idée de raconter l’histoire de Jacques Villeneuve mijotait depuis un certain temps, a eu le privilège de se retrouver aux côtés du pilote ces dernières années.

Les premières minutes du reportage nous replongent à l’automne 2014, au moment où l’homme alors âgé de 60 ans se sait atteint d’un cancer inopérable à l’abdomen. Amaigri, la voix faible, il assure ne pas en avoir fini avec la course automobile.

Trois ans plus tard, Villeneuve est bel et bien retraité et il se porte mieux. «La première fois que je l’ai appelé avec l’idée d’un reportage, il m’a envoyé promener», lance en riant Marc G. Carbonneau, dont l’insistance a heureusement rapporté.

«J’ai senti Jacques plus serein au fur et à mesure que je le suivais. À la fin, il a pris sa retraite sous ses conditions. Il ne voulait pas que ce soit la maladie qui lui dicte son destin.»

Gilles, son dieu

Pendant 70 minutes, le téléspectateur revivra les victoires, mais aussi les échecs du petit frère de Gilles. On apprend notamment que cette passion pour la vitesse leur a été transmise par leur père, Séville.

Dans la région de Lanaudière, entre Berthierville et Joliette, c’était devenu folklorique: tous pouvaient reconnaître les frères Villeneuve sur la route.

«J’ai eu peur de temps à autre, j’ai eu les fesses serrées», raconte le héros du documentaire. «Mais j’avais confiance en mon frère. Pour moi, c’était un dieu. Il a toujours été le meilleur, moi j’étais derrière.»

Plusieurs journalistes ont été interviewés, mais aussi des proches, dont sa conjointe Céline ainsi que Joann Villeneuve, la veuve de Gilles.

On retrace entre autres la belle époque des deux frangins sur les circuits de motoneige. On se plaît aussi à comparer les deux inséparables, qui n’ont visiblement pas la même personnalité.

«Ce n’était pas calculé ni étudié, chez eux, la vitesse. C’était inné. Jacquo n’a jamais essayé de copier Gilles. C’était naturel, de rouler de plus en plus vite», témoigne Joann Villeneuve qui, contrairement à son fils Jacques, a accepté l’invitation de Marc G. Carbonneau.

Pas d’intérêt

Carbonneau confirme qu’il a tout tenté pour convaincre l’ex-champion du monde de F1 de l’accueillir chez lui, en Europe. Il était même prêt à se déplacer en Argentine, à l’époque où Villeneuve devait participer à une course de Formule Électrique.

Cela ne fait que confirmer le malaise qui règne au sein de la famille Villeneuve depuis près de dix ans, avec les deux Jacques en brouille. 

L’oncle manifeste sa frustration et sa déception en rapport avec cette relation tendue.

«Tu sens que c’est une histoire d’amour manqué, relate Carbonneau. Je suis certain que les deux ont des choses à se reprocher et le seul qui aurait peut-être pu rétablir les liens entre les deux, c’est Gilles.»

Grâce aux archives personnelles de l’oncle, des images des deux, quand le neveu était adolescent, sont projetées. 

«Personne n’en parle de ça, mais Jacques a montré à son neveu à piloter», affirme son mécanicien et ami de longue date, Jean-Marc Huard.

«Jacques a accepté d’être dans l’ombre de son frère, rappelle le pilote Bertrand Godin. Le plus dur pour lui, c’est d’être dans l’ombre de son nom. Toute la fierté qu’il avait vis-à-vis son neveu, malheureusement, ce n’était pas toujours réciproque. C’est dommage pour lui.»

Changer de nom

Une portion du documentaire est réservée à un événement inusité dans la vie de Jacques Villeneuve. Dans les années 90, alors que l’oncle tentait de dénicher des commanditaires pour rouler en Formule Indy, il a reçu une injonction de l’agent de son neveu, Craig Pollock, le sommant d’arrêter d’utiliser son nom, car cela portait à confusion. Le cousin de l’oncle Jacques, Normand Coupal, raconte cet épisode surréel au cours du reportage. «Ma seule déception, c’est d’avoir une version unilatérale de cette histoire», reconnaît le réalisateur Marc G. Carbonneau.

Ne pas faire semblant

Contrairement à Gilles, son frère Jacques n’a jamais voulu «faire semblant», ce qui lui a sans doute coûté cher sur le plan de l’image.

Son refus de rejoindre la Formule 3, malgré les conseils de Gilles, l’a peut-être privé d’un volant en Formule 1. Il est question dans le reportage de ce que plusieurs considèrent comme une occasion ratée pour lui. Il prend néanmoins la peine de se défendre, assurant bien vivre avec sa décision encore aujourd’hui. Il n’aura peut-être pas connu une carrière aussi glorieuse, mais il a tout de même accumulé les succès, que ce soit sa victoire en Formule Indy à Elkhart Lake ou ses nombreuses réalisations en motoneige, une discipline dont il a quitté le secteur compétitif pour de bon en 2016.

La deuxième portion du reportage revient sur ces moments, ponctués de plusieurs accidents, et des railleries à son endroit. «J’ai toujours été fasciné par le personnage et l’image qu’on s’en faisait. On l’a catégorisé, mais j’étais persuadé qu’il avait des choses à raconter. Je n’ai pas été déçu», conclut Marc G. Carbonneau, dont le documentaire sera aussi diffusé vendredi (14 h) dimanche (19 h) et mardi le 10 octobre (10 h).