André Bernier

Au bonheur (et malheur) des rapports humains

Pendant toute sa vie, André Bernier a vu son cœur balancer entre l’écriture journalistique et l’écriture de fiction. En fait, c’est la première qui a gagné, le Sherbrookois ayant surtout travaillé comme journaliste et chroniqueur. Sa feuille de route est d’ailleurs assez impressionnante en ce sens : six ans à La Tribune, dix-sept ans au Journal de Montréal (entrecoupés par la très brève mais mouvementée aventure du quotidien Le Matin, publié pendant seulement 38 jours en 1987), douze ans au Journal de Sherbrooke. Sans oublier son mensuel culturel estrien Visages, qu’il a créé et fait paraître pendant neuf ans, sur 92 numéros.

Mais André Bernier a aussi étudié la littérature à l’Université de Sherbrooke, années pendant lesquelles il a signé et publié deux pièces de théâtre, Les iconoclastes (1977) et Les jambes (1980). La deuxième a d’ailleurs ayant failli être montée au Théâtre d’Aujourd’hui, alors dirigé par Robert Lalonde. L’écrivain a également fait paraître un premier roman il y a 27 ans, La magie des danseuses. Il est aussi, avec Ronald Martel et Pierre Francoeur, un des fondateurs de l’Association des auteures et auteurs de l’Estrie.

« Quand je suis parti du Journal de Sherbrooke, j’ai commencé à collaborer avec Estrie Plus, mais je me suis vite aperçu que ce dont j’avais vraiment envie, c’était de revenir à l’écriture de fiction. Même si mon premier roman remontait à 1992 et que j’étais totalement rouillé! » raconte-t-il en riant.

Il faut croire qu’il n’était pas si rouillé que ça, son premier effort, Satan sort au printemps, ayant trouvé preneur auprès des éditions de l’Apothéose. La petite plaquette d’environ 140 pages dévoile l’histoire d’un célibataire dans la cinquantaine, réviseur de mémoires et de thèses, qui vit une relation sensuelle épisodique avec une femme d’une beauté exceptionnelle, mais d’où l’amour est exclu. De plus en plus accro à cette déesse, le quinquagénaire finit par se retrouver, presque malgré lui, entouré d’une poignée d’autres femmes, auxquelles il consacre plus ou moins d’énergie durant les semaines, voire les mois où sa belle ne lui donne plus signe de vie.

André Bernier explique que ce sont les relations humaines qui l’inspirent dans l’écriture. « Mon premier roman parlait de solitude, d’isolement dans les grandes villes. Cette fois, j’ai eu envie de me pencher sur les rapports de couple difficiles. J’ai eu l’idée d’une relation consensuelle, sans liens affectifs, mais où il y a des rencontres, des discussions, des contacts physiques. Le problème avec ce genre de fréquentation, c’est qu’il y a toujours le risque qu’un des deux tombe amoureux de l’autre. »

« En parallèle, poursuit André Bernier, le personnage entretient différents types de liaisons, dont une avec une étudiante qui est plus de l’ordre du fantasme. Cela donne des rapports où deux pas en avant sont suivis de trois pas en arrière. C’est un autre thème qui m’intéresse, soit les relations qui n’aboutissent jamais, pour toutes sortes de raison. »

Par le truchement d’une panoplie de personnages, dont les deux amis du réviseur, l’auteur explore le cas des personnes qui n’arrivent jamais à rencontrer, souvent par maladresse, et celles qui accumulent les conquêtes... ou du moins qui le prétendent, laissant une vague impression de fabulation.

Surveillance et mensonges

Les réseaux sociaux (surtout Facebook pour ne pas le nommer) occupent une place importante dans le récit, André Bernier souhaitant accoucher d’une histoire résolument contemporaine.

« Ils sont devenus, avec le courriel, presque le seul moyen de communication aujourd’hui. On ne se téléphone même plus. Et on peut maintenant surveiller quelqu’un, vérifier s’il est en ligne ou non. Les réseaux sociaux nous confrontent aussi au mensonge : les gens qui affirment être en couple alors qu’ils ne le sont pas, ceux qui mettent seulement de vieilles photos sur leur profil... »

ANDRÉ BERNIER 
Satan sort au printemps  
ROMAN 
Éditions de l’Apothéose 
138 pages

Mais André Bernier ne va pas jusqu’à dire qu’il est plus difficile d’entrer en relation aujourd’hui.

« Je l’ignore. On peut critiquer les réseaux sociaux, mais moi, je trouve ça le fun de pouvoir écrire à quelqu’un à deux heures du matin, sachant que je n’ai pas besoin de le réveiller et qu’il aura ma réponse au lever. »

Quelle est la part de fiction et la part de vécu dans Satan sort au printemps? André Bernier préfère laisser planer le mystère.

« Si le personnage commettait un crime grave, par exemple un meurtre, on ne me le demanderait même pas. Mais lorsque le récit est au je et qu’il est question d’amour et de sexualité, beaucoup de lecteurs pensent qu’on parle de soi. Il y a aussi une part d’inattendu dans la création (par exemple des personnages que l’on n’avait pas prévus), qui fait qu’on ne sait plus trop parfois d’où ça vient. Et même quand on s’inspire de quelqu’un, le personnage peut devenir, au fil de l’écriture, totalement différent du point de départ. »

Pour celui qui a repris la plume du romancier sans objectif précis, encore moins avec l’idée de publier, la réponse positive des éditions de l’Apothéose a été une belle surprise.

« Mon objectif premier, c’était simplement de voir si je pouvais retrouver le plaisir de l’écriture de fiction. J’ai quand même envoyé le texte dans quelques maisons, sans attente. Je n’avais rien à perdre. Mais j’ai découvert comment le milieu était devenu difficile. On accumule les refus et on ne sait pas pourquoi. J’ai appris qu’en moyenne, chaque éditeur reçoit 800 manuscrits par année et en publie environ une dizaine, en privilégiant ses propres auteurs, ses valeurs sûres. »

« Quand j’ai été accepté à la fin de juin, on m’a demandé si je pouvais fournir le manuscrit final deux semaines plus tard, mais j’ai décidé de retravailler le texte durant tout l’été. Le roman n’est pas du tout ce que j’avais envoyé au départ », ajoute-t-il.

Vous voulez y aller?

Séance de signatures André Bernier
Dimanche 10 novembre, 15 h à 17 h
Kiosque de l’Association des auteures et auteurs de l’Estrie
Salon Rue des artisans, Centre Juien-Ducharme, Sherbrooke
Entrée : 5 $ (gratuit pour les enfants de moins de 12 ans)