Des élèves de création littéraire et de francisation ont pu vivre un atelier d’écriture en présence du chanteur Vincent Vallières, mardi.

Atelier d’écriture avec Vincent Vallières : à la découverte de l’autre

Mardi matin, à la bibliothèque de l’école Montcalm. Des élèves de création littéraire et de francisation de Mitchell-Montcalm sont conviés à un « blind date interculturel et poétique », pour reprendre l’expression de l’enseignante Marie-Dominique Billequey. Et pas n’importe lequel : leur atelier d’écriture se déroule en présence du chanteur Vincent Vallières, venu leur parler de son parcours et leur donner des conseils d’écriture.

C’est la première fois qu’on jumelle d’une telle façon les élèves de création littéraire et de francisation, une soixantaine au total. L’occasion est belle de découvrir l’autre, son parcours, et de s’en inspirer pour écrire un poème ou une chanson. Le moment est parfait, aussi, pour s’immerger dans la culture québécoise. Et pas seulement pour les nouveaux arrivants. 

L’atelier, lui, laissera son empreinte. 

« Je veux que ça résonne dans l’école, qu’il y ait des vers peints sur les murs de l’école. Il y a deux fragilités qui vont se rencontrer. Ça va être une occasion d’exprimer tout ce qui rallie, et ce qui ne rallie pas. On va voir comment ça va se splasher en poésie (...) C’est beau de voir ça, on regarde le truc s’envoler », souligne Marie-Dominique Billequey, enseignante de français et de création littéraire. 

« Le prétexte était vraiment de permettre aux jeunes de francisation d’avoir une immersion à l’intérieur de la culture québécoise, francophone... C’est pour ça qu’on a invité Vincent Vallières, qui est un artiste significatif au Québec, pour leur montrer à quoi ressemble l’écriture », souligne Jocelyn Simard, enseignant en francisation.

« Gêne et incompréhension »

Ses élèves viennent des quatre coins du globe et leur connaissance de la langue française varie grandement d’un à l’autre. « La langue, ils l’apprennent assez rapidement, mais le contact avec les élèves québécois d’origine, c’est plus difficile. Il y a comme une gêne, une incompréhension de temps en temps aussi. Ça va peut-être permettre de créer des amitiés dans la discussion », explique l’enseignant.

Âgé de 15 ans, Juan Medina est arrivé ici avec sa famille en 2017. Le Honduras n’était plus sécuritaire. « C’est la décision de mes parents. Mon pays est devenu dangereux... Il y a beaucoup de corruption là-bas. En même temps, c’est mon pays et je ne vais jamais dire que je viens d’un autre pays. Ça ne me gêne pas », raconte le jeune homme dont le français impressionne. Pendant les Fêtes, il est retourné dans sa terre d’origine, où la majorité de sa famille se trouve toujours. « C’était quand même dur de voir tous les changements. Au début je ne voulais pas y aller, je voulais rester ici... » 

Élève de création littéraire de cinquième secondaire, Alex Cormier trouvait surprenant d’entendre le récit de Juan. « Je ne suis pas capable de m’imaginer la situation si moi je quittais mon pays, ça ressemblerait à quoi, à quoi je penserais... d’arriver dans un pays où tu ne connais pas la langue, où tu ne comprends pas personne. » Le jeune homme de 17 ans a peu de contacts avec les jeunes immigrants, puisqu’il est toujours avec les mêmes amis. Il trouve l’activité enrichissante : il y a une marge entre les histoires racontées à la télé et celles qui prennent vie dans le récit d’un élève du même âge qui a dû quitter son pays. « Ça permet de comprendre un peu mieux la personne, plutôt que de juste regarder un documentaire, par exemple. » Les deux élèves ont bien aimé, aussi, la présence de Vincent Vallières, qui a offert de courtes prestations aux côtés de Jocelyn Simard. Pour Alex, c’était aussi l’occasion de découvrir l’artiste magogois.

« Personnellement, j’étais probablement un des seuls qui ne le connaissaient pas avant... J’ai aucune culture québécoise, pour tous les films et ces choses-là », confie franchement Alex.


« Il y a beaucoup de corruption là-bas. En même temps, c’est mon pays et je ne vais jamais dire que je viens d’un autre pays. Ça ne me gêne pas. »
Juan Medina, élève en francisation

Des rencontres comme celles-là, Vincent Vallières en vivait beaucoup à une autre époque. Même si elles se font plus rares faute de temps, il les chérit encore autant. « Depuis quelques années, je suis beaucoup en tournée et j’ai moins le temps de le faire. Sauf qu’il y a quelques semaines, j’ai eu quelques demandes, et je me disais que ce serait l’fun. C’est l’fun de prendre le pouls des jeunes et des artistes de demain et de voir où ils en sont. Toutes les fois où je fais ces rencontres-là, j’apprends énormément sur eux et sur moi aussi. J’aime beaucoup ce type de rencontres. » 

L’auteur-compositeur était en terrain connu. Celui qui a fait des études en enseignement a fait des stages et de la suppléance à Montcalm, dans une autre vie. Il connaît bien l’enseignant Jocelyn Simard qui, à une autre époque, a été chansonnier et il a étudié à l’université avec celle que l’on surnomme « Marie-Do », qui est aussi derrière l’événement Littérature et autres niaiseries.

L’année 2019 en sera une d’écriture pour Vincent Vallières. « J’ai quelques spectacles qui s’en viennent dans les prochains mois, mais pas beaucoup. Essentiellement, je vais me concentrer sur l’écriture de mon prochain disque », raconte celui dont le premier opus est paru à la fin de 1999, il y a bientôt 20 ans.