Isabelle Renaud

Art, science et beautés surprenantes

La science et l'art ne coexistent pas dans des univers parallèles. Pas plus que l'Homme et la nature, d'ailleurs, et il suffit ces jours-ci de s'arrêter dans la chaleur de la Maison des arts et de la culture de Brompton pour prendre l'ampleur de ce qui relie inlassablement l'un à l'autre. Ce qui devient parfois plus subtilement aussi L'invisible du visible, expo en cours réunissant les artistes Isabelle Renauld et Günes-Hélène Isitan.
Günes-Hélène Isita
Les deux artistes partagent une passion commune pour l'art biologique et le post-humanisme, explorant par leur démarche et leurs techniques respectives les liens entre la nature et l'humain tout au long de leur évolution et dans les dédales parfois microscopiques de leur composition.
C'est d'ailleurs dans le laboratoire scientifique de son sous-sol que la Montréalaise Günes-Hélène Isitan amorce son procédé scientifico-artistique, en y faisant évoluer la vie microscopique de ses sujets photo sur la pellicule dont elle fera tirage ensuite. Microorganismes et êtres humains s'amalgament ainsi aux yeux des visiteurs, tantôt sur pellicules, tantôt en tirages un rien mystérieux, tantôt encore dans une vidéo où l'évolution se déploie en accéléré.
« L'être humain est constitué de 50 pour cent de microorganismes, On ne peut envisager notre existence hors de cette réalité, note la photographe et scientifique. J'avais envie, dans cette expo, de dissoudre les frontières de mes sujets. J'aime mettre en lumière la science et l'art, ce sont deux sujets qui me passionnent. »
L'artiste sherbrookoise Isabelle Renaud a, de son côté, poursuivi l'exploration amorcée dans des projets précédents sur les liens étroits entre l'humain et la nature environnante. Il en résulte deux oeuvres de grand format se répondant d'une saison à l'autre autour de colonnes vertébrales baignant dans la nature environnante.
« Je me suis retrouvée à Sutton pour une première résidence d'artiste et j'ai été rapidement influencée par cet environnement, raconte Isabelle Renaud. Le ruisseau qui coulait près des bâtiments s'est imposé dans le canal rachidien où les vertèbres ressemblent aussi aux pierres placées sur le bord du ruisseau pour éviter l'érosion. Ce n'était pas planifié, je me suis tout à coup rendu compte de ce qui se passait. »
Une commande reçue après une exposition précédente l'a aussi amenée à se pencher sur le système sanguin humain qu'elle a rapidement et magnifiquement mis en lien avec la flore forestière, des feuilles d'une trentaine d'essences différences bénéficiant désormais de fins vaisseaux. Un travail de précision déjà impressionnant lorsqu'on explore les oeuvres une à une, mais qui prend une autre dimension quand une trentaine d'entre elles se côtoient comme c'est le cas ici.
« Je travaille toujours en fragmentation du corps humain amalgamé soit à la nature, soit à la machine, avant d'en créer une entité plus surréaliste, note encore Isabelle Renaud. J'aime déconstruire pour arriver à autre chose. C'est passionnant. »
Vous voulez y aller ?
L'invisible du visible
Isabelle Renaud et Günes-Hélène Isitan
Maison des arts et de la culture de Brompton
Jusqu'au 12 mars
Entrée gratuite