Art BD : Delaf et Dubuc à la rencontre du public

Pour quiconque s’intéresse au travail des artisans derrière la série « Les Nombrils », l’atelier donné par Delaf (Marc Delafontaine) et Dubuc (Maryse Dubuc) au Rendez-vous Art BD était probablement la meilleure place où aller cette année.

Quand des bédéistes signent une série à succès comme la leur, il n’est pas rare que leurs admirateurs doivent attendre en ligne pendant de longues minutes – voir des heures – avant de pouvoir les rencontrer un bref instant. Or, lors de leur rencontre avec le public dans une petite salle du Centre culturel Pierre-Gobeil samedi, quelques dizaines de personnes ont pu leur poser à main levée toutes les questions qu’ils avaient avant de faire dédicacer leur album.

« Quand est-ce qu’il va être prêt, le tome 8? » a d’ailleurs lancé un jeune lecteur, qui avait visiblement hâte de mettre la main sur Ex, drague et rock n’ roll, le prochain album du duo, dont les premières pages sont actuellement en prépublication dans le magazine Spirou. « D’ici deux ou trois semaines! » a lancé avec enthousiasme le dessinateur Delaf, avant que la scénariste Dubuc tempère un peu ses ardeurs. « Disons qu’avec la couverture et le matériel promotionnel, j’en ai pour un mois en tout. Ou peut-être deux... » a-t-il concédé en souriant.

Les deux créateurs ont hâte de terminer l’album, notamment parce qu’ils sont rendus à l’étape qui est « un peu la job de bras », soit l’encrage de la dizaine de pages qui restent à faire. « C’est la partie qui est la plus mécanique, la moins créative », a expliqué Delaf, en avouant pouvoir écouter des films en même temps qu’il travaille. Ensuite, les pages seront envoyées à un coloriste en Belgique, et l’album sera prêt.

Une série pour les filles?

Le genre du lectorat des Nombrils a également été abordé au cours de l’atelier. La série était originalement publiée dans Safarir, magazine humoristique au lectorat principalement masculin. Mais quand la proposition a été faite au magazine belge Spirou, les éditeurs se sont réjouis : on leur envoyait enfin... une série « pour les filles ».

« On est plus lus par des filles, et c’est bien, parce que c’est un besoin qu’il y a en bande dessinée », estime Dubuc. « Au Québec, on est un peu une exception parce qu’il y a beaucoup d’auteures féminines, et de séries qui intéressent les filles, mais ce n’est pas nécessairement le cas en Europe », dit-elle.

« Et on attire aussi des garçons. Eux, c'est surtout l’humour qui les intéresse : ils disent qu’ils nous lisent parce que c’est drôle, alors que les filles nous lisent plus pour l’histoire. C’est comme si les gars avaient besoin d’un prétexte : ils précisent qu’ils l’achètent pour leur sœur, par exemple », poursuit la scénariste.

Les deux auteurs remarquent d’ailleurs qu’eux-mêmes ne rient pas aux mêmes blagues dans Les Nombrils; en tenant chacun à préserver des gags que l’autre ferait sauter, ils conservent cet équilibre qui rend la série unique.

En Estrie pour rester

Une publication en quatrième de couverture de Spirou, c’est un peu la consécration ultime pour une série BD. La majorité du public des Nombrils est en France, et le marché de la bande dessinée est pas mal plus actif en Europe qu’au Québec.

Pourtant, Delaf et Dubuc habitent toujours leur maison de campagne en Estrie, et n’ont pas l’intention de la quitter de sitôt. « La distance nous permet de rester dans notre bulle, de faire des albums qui nous font rire tous les deux avant tout. Quand nos pages sont envoyées, c’est parti, et c’est comme si tout ça se passait très loin de nous », explique Dubuc.

Le Rendez-vous Art BD se poursuit dimanche au Centre culturel Pierre-Gobeil, situé au 970, rue du Haut-Bois Sud, à Rock Forest. L’entrée est gratuite, et la programmation complète est disponible à l’adresse www.centreculturelpg.com.