Pour une troisième fois, le musicien, compositeur, claviériste et saxophoniste René Béchard et l’auteure-interprète Suzanne Lafontaine se retrouvent pour un spectacle conjoint. Après Danse avec l’ombre, présenté en 2013-2014, les deux artistes reviennent avec Pour que le ciel s’ouvre.

Après le deuil, la liberté

Il y a eu la maladie puis le décès de son amoureux. La douleur d’abord indicible, puis regardée en face, et finalement exprimée, avec l’aide de son ami musicien René Béchard, dans un spectacle multidisciplinaire, Danse avec l’ombre, qu’elle a offert en 2013 et en 2014. Cette prestation mélangeant chanson, théâtre, mouvement, musique et poésie a même mené sa créatrice jusqu’en France et en Suisse, pour quelques représentations.

Et après? C’est la question que s’est posée Suzanne Lafontaine. La réponse a encore pris la forme d’un spectacle, Pour que le ciel s’ouvre.

« Une chose est sûre : j’ai ressenti l’urgence de vivre et de créer qui m’habitait. Je me suis assise à la table de ma salle à manger et je me suis demandé ce que j’avais à dire. J’ai commencé à écrire (je pars vraiment des mots pour créer) sans trop savoir où je m’en allais. Et ce qui a fini par sortir, c’est la quête de liberté. »

Pas seulement la sienne, mais celle de tous les humains, précise-t-elle. « Pour moi, il y a deux grandes quêtes inhérentes à la condition humaine : celle d’amour et celle de liberté. J’ai réalisé que la quête d’amour m’avait pris beaucoup d’énergie : comprendre comment ça marche, trouver le bon partenaire, apprendre à mieux aimer... Mais à ce moment-ci de ma vie, où l’amoureux n’est plus là, où les enfants volent de leurs propres ailes, qu’il y a moins d’obligations au quotidien, il y a cette chance, voire ce défi, de trouver comment être plus libre. Ce qui n’est pas évident. »

Non pas que Suzanne Lafontaine se sente emprisonnée. Son deuil a été bien vécu. La douleur de l’amour disparu ne la tient pas enfermée.

« Mais elle te laisse avec ta solitude. Inévitablement, tu te demandes ce que tu feras avec tout cet espace de temps et de liberté. »

Mères « sacrifices »

« Je suis très consciente que nous bénéficions d’une grande liberté ici, poursuit-elle. Mais est-ce qu’on l’assume toujours? Par exemple, est-ce qu’on refuse tout ce qui ne nous convient pas? Est-on soumis à ce qui nous a été inculqué? Parce qu’être plus libre, c’est aussi être plus fondamentalement soi-même. »

Suzanne Lafontaine a également pensé à sa mère, aux femmes des générations précédentes, à la situation d’enfermement que beaucoup d’elles ont subie « dans des mariages où elles devaient obéissance à leur époux qui était roi et maître, dans une maison qui souvent les coupait du monde extérieur, sans moyens financiers (pas le droit d’ouvrir un compte en banque, etc.) et bien sûr sous la tutelle de l’Église quant à leur sexualité, avec l’obligation de procréer ».

« J’ai pensé à ces mères "sacrifices" et aux traces laissées dans nos mémoires, nos cellules. Ça ne fait pas des siècles. C’était hier au Québec. Dans cette quête de liberté, il y a donc un nécessaire plongeon dans le passé pour en faire une relecture et ouvrir des portes. »

Trouver ce qui veut se dire

Pour que le ciel s’ouvre aborde ainsi autant les libertés intérieures qu’extérieures. La réflexion a inspiré à Suzanne Lafontaine huit nouvelles chansons, mises en musique par René Béchard. Mais tout comme Danse avec l’ombre, le spectacle s’amusera à mélanger les formes d’art. La créatrice a d’ailleurs sollicité quelques collaborateurs, dont Angèle Séguin comme conseillère dramaturgique, Patrice Daigneault pour la scénographie et les projections, Alex-Ann Boucher aux mouvements et Pierre Javaux à la vidéo.

« Mais René a été là à toutes les étapes de la création des chansons. Nous avons beaucoup cherché ensemble. Il y a eu beaucoup de taponnage, d’essais et erreurs, pour trouver ce qui voulait se dire. Mais j’ai aussi gardé des espaces d’improvisation. Il faut également de la liberté dans les chansons! » insiste Suzanne Lafontaine.

« Je suis très contente de ce qui a été écrit. René ne met jamais une note de trop. Il n’y a jamais de fioriture pour épater. »

Suzanne Lafontaine a trouvé le titre de son spectacle dans un livre prêté par un de ses fils : La caverne de José Saramago. « C’est un bout de phrase qui m’est rentré dedans. Deux personnages sont sur le point de dire oui à un nouvel amour : il y a des moments dans la vie où, pour que le ciel s’ouvre, il faut qu’une porte se ferme. J’ai trouvé ça éblouissant! »

Vous voulez y aller?

Pour que le ciel s'ouvre

Les 9, 10 et 11 mai, 20 h

Salle Le Tremplin

Entrée : 25 $