Ève Côté et Marie-Lyne Joncas forment le duo humoristique Les Grandes Crues depuis maintenant un an et demi et conquièrent tant le public féminin, qui y retrouve ses préoccupations, que les spectateurs masculins, qui y voient une entrée gratuite vers l'univers de leurs blondes, mères, soeurs, filles et amies.

Appellation féminine incontrôlée

Avouez que les Grandes Crues ont eu tout un coup de génie pour baptiser leur duo. Primo, elles adorent le vin. Secundo, elles sont « grandement crues » dans leur spectacle, n'ayant pas peur de dire tout haut ce qu'elles (et leurs consoeurs de la gent féminine) pensent tout bas. Tertio, elles veulent conserver une image d'humour haut de gamme, millésimé.
« On est faites sur le rough, mais avec de la classe », résume Marie-Lyne Joncas, en prenant une élocution raffinée. Mais elle se ravise. « Qu'est-ce que je dis là? Pantoute! Finalement, on est des bouteilles à onze piastres! »
Disons alors que cette image de grand cru, parfait et équilibré, tient plus de ce que bien des femmes souhaitent projeter d'elles. « Mais dans notre show, on enlève la carapace de la jeune trentenaire qui fait tout (travail, maternité, cours du soir...), et qui, en dedans, est épuisée, doute d'elle et de ses choix. Malgré toute l'évolution des dernières années, les femmes restent des femmes. »
« On pourrait dire qu'on est les Simone de l'humour », poursuit sa coéquipière Ève Côté, en référence à la comédie diffusée l'automne dernier à Radio-Canada. « On aspire à être une femme d'aujourd'hui, qui ne veut pas se tromper, qui aimerait à la fois avoir un sentier tout tracé devant elle, mais aussi en arracher un peu, qui ne veut ni rater sa vie ni devenir bohème. »
Si leur premier spectacle en tandem s'intitule Su' l'gros vin, c'est parce qu'il s'inspire de ces 5 à 7 de filles typiques où, alcool aidant, l'assurance et l'humour joyeux, à 5, fait place à la vérité, à la fragilité et aux grosses blagues sans vergogne, à 7.
« Le vin est un prétexte pour que les langues se délient, explique Ève. Ça commence par des filles qui se racontent ce qui leur est arrivé au bureau aujourd'hui...
«... et à la fin, elles se comparent les seins », complète Marie-Lyne.
Spectacle appris dans l'char
Jamais les deux amies n'auraient pensé qu'elles formeraient un jour un duo comique. Toutes deux diplômées de l'École nationale de l'humour en 2014, elles avaient entamé leur carrière indépendamment, lorsque, devant une offre de contrat à Sainte-Anne-des-Monts, Ève Côté, qui est originaire de Gaspé, a offert à Marie-Lyne de partager la scène.
« Je n'avais pas assez de matériel pour une heure complète. On a commencé à écrire dix minutes de duo, en guise d'introduction, avant d'y aller chacune en solo. Finalement, on a écrit 40 minutes. »
Le succès fut tellement au rendez-vous qu'elles ont décroché, en été 2016, une tournée au ROSEQ, le réseau de salles de spectacles de l'est du Québec. À guichets souvent fermés. « Pour un spectacle qu'on avait presque appris dans l'char vers la Gaspésie », s'étonne encore Marie-Lyne.
Il faut dire que les deux camarades se complètent très bien : Marie-Lyne est la délurée, alors qu'Ève est un peu plus « droite », malgré son parcours sinueux.
« J'ai fait un trimestre en enseignement des mathématiques, puis un bac en communications et un certificat en ressources humaines. J'ai travaillé un peu, mais je suis retournée en techniques policières au Cégep de Rimouski. Et c'est cette année-là que j'ai gagné la finale locale de Cégeps en spectacle. J'ai été battue au régional par une gang de BMX, mais, bon, j'ai aussi remporté le Tremplin de Dégelis. J'ai donc passé l'audition pour l'École nationale. Aujourd'hui, je me sens à ma place, même si le chemin n'est pas facile. »
Originaire de Roberval, mais déménagée sur la rive sud de Montréal quand elle avait 9 ans, Marie-Lyne Joncas a pour sa part faite toutes les activités de théâtre et d'improvisation, du primaire jusqu'au Cégep de Saint-Hyacinthe. « J'ai commencé un bac en communications (je voulais devenir agente d'artistes), puis est arrivé le printemps érable. Sans cours, je me suis écrit un petit numéro pour les auditions de l'École... »
Lise comme mentore
Les Grandes Crues peuvent aujourd'hui compter sur l'appui de Lise Dion, de qui Ève a fait la première partie en solo pendant un an.
« Elle adore le spectacle. C'est devenu une amie, une conseillère, une mentore », disent-elles de celle qui leur apprend, « par la bande », à faire leur place en tant que femmes dans cet univers masculin. « Bûcher, ne pas se laisser marcher sur les pieds, se foutre de ce que les autres peuvent penser, laisser le public te choisir... Lise en a assez arraché, elle sait de quoi elle parle! »
Les Grandes Crues ont aussi recouru aux services de Danielle Fichaud pour les bases de leur duo comique, lequel se rapproche du style cabaret de Dodo et Denise. « Ce ne sont pas des personnages : c'est nous fois 1000. Et même si les duos comiques sont souvent construits sur la confrontation, comme Dominic et Martin, ou alors les antipodes, comme les Denis Drolet, les Grandes Crues sont des amies, complices, presque toujours d'accord. Elles jasent entre elles ou avec le public. »
Un public où elles voient autant de filles de leur génération que de celle de leurs mères ou de leurs grands-mères. « Une génération où on ne pouvait pas dire tout ce qu'on voulait, mais qui a quand même vécu les mêmes affaires. Pour elles, c'est comme un exutoire. Quant aux gars, ils ont le sentiment d'avoir une entrée gratuite aux 5 à 7 de leur blonde, mais aussi à l'univers de leur mère, de leur soeur, de leur fille, de leurs amies. »
« On s'est déjà fait dire qu'on avait un humour de gars, parce qu'on parle carré. Mais les sujets sont ultraféminins. Ça va de la maternité à la peine d'amour », concluent-elles.
Vous voulez y aller?
Su' l'gros vin
Les Grandes Crues
Samedi 11 mars, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 32 $