Année culturelle 2019 : beaux moments à la quinzaine

Quinze meilleurs moments pour 2019? Aussi bien relater l’année au complet! diront certains. Admettez tout de même que les douze derniers mois ont été ponctués de grande visite et de plusieurs agréables surprises en Estrie. Voici donc la liste des plus belles soirées de 2019 que notre chef des pages culturelles n’a pu se résigner à passer sous silence, en théâtre, danse, chanson et humour.

Bilan, 22 janvier, Salle Maurice-O’Bready

Ce qui reste le plus gravé à l’esprit de cette nouvelle version du classique théâtral Bilan de Marcel Dubé, c’est la prestation de Guy Jodoin, qui a réussi à interpréter le détestable William Larose sans couche de trop, prouvant que la brutalité et l’abus d’autorité n’ont pas besoin d’être tonitruants. Dans une mise en scène éclatée de Benoît Vermeulen, avec mille et un clins d’œil au passé, les performances de Sylvie Léonard, Rachel Graton et Mickaël Gouin étaient aussi de haut calibre.

Elisapie, 1er février, Théâtre Granada

La nordicité devient tellement plus douce lorsqu’elle passe par la voix d’Elisapie. Avec sous le bras les chansons de son très réussi Ballad of the Runaway Girl, ainsi que plusieurs belles trouvailles de mise en scène (comme teindre en orange des images de poudrerie pour donner une impression de tempête de sable durant la chanson Rodeo), l’artiste inuite a réchauffé les Sherbrookois avec ce mélange de force et de fragilité dont les peuples du Nunavik ont le secret.

Plaisirs coupables III, 3 février, Salle Maurice-O’Bready

La « culpabilité » n’a jamais eu si bon goût depuis que l’Orchestre symphonique de Sherbrooke a lancé cette série mettant en vedette les airs classiques les plus connus. Cette fois, l’opéra était à l’honneur, et c’est le baryton Hugo Laporte qui a volé le concert avec ses interprétations claires et passionnées de Largo al factotum et l’Air du toréador. Mais Lyne Fortin n’a pas manqué de séduire non plus, notamment avec quelques pas de flamenco. Il n’y avait plus aucune culpabilité à avoir.

Catherine Durand, 9 février, Cabaret Eastman

Une autre qui nous a aidés à traverser l’hiver, c’est Catherine Durand, avec la tournée Vingt, soulignant ses deux décennies de carrière par une prestation intime, en tandem, avec des arrangements dépouillés de ses chansons les plus marquantes. En compagnie du multi-instrumentiste André Lavergne, l’auteure-compositrice-interprète a bercé, attendri et donné envie de se laisser porter par sa douce voix. La presque centaine de spectateurs a pratiquement eu droit à un concert privé.

La Renarde, sur les traces de Pauline Julien, 9 mars, Théâtre Granada

Tout simplement magique! Le spectacle créé par une douzaine de musiciennes, comédiennes et chanteuses autour de l’œuvre de Pauline Julien était une grande réussite, ne serait-ce que par la pluralité des talents et des signatures de ces femmes ayant des racines ici comme ailleurs. Le secret de leur succès tient en un verbe : interpréter, comme le faisait si brillamment la Renarde, et comme elles l’ont fait avec les chansons de Gilles Vigneault, Leonard Cohen, Anne Sylvestre, Léo Ferré, Georges Dor, Claude Gauthier... Le Félix du spectacle de l’année (interprète) est amplement mérité.

Enfant insignifiant!, 26 mars, Salle Maurice-O’Bready

La finale d’Unité 9, Guylaine Tremblay ne l’a pas regardée avec ses amis du plateau télé : elle était plutôt à Sherbrooke, sur scène, pour incarner de nouveau Nana, la mère de Michel Tremblay. On la remercie de ne pas s’être fait remplacer, pour cette inoubliable prestation, tout comme on s’incline devant cette nouvelle page d’enfance de l’auteur, merveilleusement transposée sur les planches, souvent très drôle, avec d’autres excellents acteurs comme Henri Chassé et Danielle Proulx.

Ariane Moffatt, 30 mars, Théâtre Granada

Difficile de faire mieux que ces retrouvailles d’Ariane Moffatt avec son public sherbrookois. Un début et une fin énergiques, avec plusieurs déchaînements d’éclairages poétiques, un milieu plus planant, une proximité rare avec la salle, des surprises un peu partout dans les arrangements et les interprétations. La chanteuse voulait faire la fête, elle l’a fait et tout le monde a embarqué. Quand on est authentique comme ça, c’est sûr que le public va vous suivre.

Le sacre du printemps et Henri Michaux : mouvements, 9 avril, Salle Maurice-O’Bready

Si Le sacre du printemps est une œuvre à part dans le corpus de Marie Chouinard, la façon dont la chorégraphe a transposé en danse les dessins du peintre, écrivain et poète belge Henri Michaux était tout simplement sidérante : un crescendo sur musique industrielle, avec un nombre croissant d’interprètes vêtus de noir devant un écran blanc, adoptant les pauses des apparents gribouillis de l’artiste, dans une accélération étourdissante, jusqu’à ce que la scène passe au blanc sur noir. Un époustouflant coup de poing.

Alexandra Stréliski, 13 avril, Théâtre Granada

On ne l’avait vraiment pas vue venir, celle-là. Mais Alexandra Stréliski est un phénomène. Phénomène populaire, si l’on se fie au millier de personnes qui emplissaient le Granada ce soir-là, mais phénomène musical également, par la façon dont la pianiste réinvente le récital, dans un minimalisme pluriel, où la mise en scène du spectacle est aussi importante que le reste. Un Félix de découverte de l’année diablement bien mérité.

J’aime Hydro, 7 mai, Salle Maurice-O’Bready

Précédée de plusieurs prix et d’une mer de critiques élogieuses, J’aime Hydro est finalement passée par Sherbrooke... et la vague s’est poursuivie. Tenir plus de mille personnes en haleine pendant trois heures quarante-cinq, avec du théâtre documentaire prenant la forme d’une véritable enquête sur une société d’État, faut quand même le faire! Et Christine Beaulieu l’a fait, avec énormément de finesse et de perspicacité, sans oublier de nous faire rire au passage. Très certainement le spectacle de l’année à Sherbrooke.

Mehdi Bousaidan, 10 mai, Vieux Clocher de Magog

C’est un des humoristes à surveiller dans la nouvelle génération, et son premier spectacle solo le prouve. Bien qu’il aime la technologie, qu’il exploite largement dans sa prestation, Mehdi Bousaidan offre une soirée solide, ouverte sur le monde, moins nombriliste que plusieurs de ses confrères et consœurs. Il maîtrise les codes, sait être touchant, a du talent pour l’improvisation et la caricature... Bref, son spectacle Demain, décoré maintenant de deux Olivier (dont celui de la mise en scène), nous confirme qu’il a de l’avenir.

Francis Cabrel, 4 juin, Salle Maurice-O’Bready

Si les 40 ans de carrière du barde d’Astaffort ont été si bien soulignés, c’est surtout à cause des arrangements très nord-américains sur lesquels il a couché ses grands succès pour ce spectacle. Avec un côté folk blues et acoustique prépondérant (Tourner les hélicos frisait même le bluegrass et Ma place dans le trafic, le cajun), accompagné d’un quatuor de polyvalents musiciens, Francis Cabrel a livré ce spectacle comme s’il disait aux Québécois qu’il est, comme eux, à la croisée de deux continents.

Casualties of Memory et O balcao de amor, 8 octobre, Salle Maurice-O’Bready

Si la deuxième pièce d’Itzik Galili était une amusante plongée dans le passé (et surtout dans la musique latino-américaine de la première moitié du XXe siècle), son Casualties of Memory a donné toute une décharge à l’auditoire. Trente-cinq minutes d’un souffle presque ininterrompu, terriblement exigeant pour les danseurs, qui ont malgré tout livré une prestation impeccable. On se serait presque attendu à les voir se rompre par instants, tant les figures imposées semblaient contraires à la nature du corps humain. Dans ce spectacle à l’inspiration tribale, les rapports hommes-femmes étaient mis en évidence de façon émouvante. Merci BJM Danse!

Patrick Watson, 4 décembre, Théâtre Granada

On pourrait écrire que c’était gagné d’avance, tant Patrick Watson est un être charismatique qui envoûte ses admirateurs. Mais le chanteur n’a pas tenu ceux-ci pour acquis, livrant un spectacle très généreux, avec sept musiciens et choristes, des éclairages et des éléments de décor élaborés, des moments d’ampleur et de dénuement tout aussi émouvants les uns que les autres. La vague Watson a tout emporté ce soir-là.

L’origine de mes espèces, 10 décembre, Salle Maurice-O’Bready

C’est auréolé de trois Félix que Michel Rivard s’est amené avec cette prestation mélangeant théâtre et chansons, et on a vite compris pourquoi. Le créateur de 68 ans fait cadeau, dans la même soirée, de l’artiste accompli qu’il est : auteur, acteur, musicien, chanteur et poète. Et ce, sur le territoire très intime mais combien touchant de l’histoire de ses parents et de sa naissance. Le spectacle revient en supplémentaire en 2020. Ne le ratez pas.