Élodie Bégin et Jean-François Pronovost s’apprêtent à devenir Clara et Jacques Brel dans la production Amsterdam, présentée tout l’été au Théâtre des Grands Chênes de Kingsey Falls.

Amsterdam, au théâtre des grands chênes de Kingsey Falls : Brel réinventé et rechanté

Et si Jef, Madeleine, Clara, Mathilde, Marieke et les autres personnages racontés dans les chansons de Jacques Brel prenaient vie? Si on les découvrait tous en train d’évoluer autour du grand chanteur belge, quand ce dernier n’avait pas encore 20 ans et aspirait à devenir artiste?

C’est l’idée qu’a eue Mélissa Cardona, enseignante au Cégep de L’Assomption, au moment de monter une comédie musicale avec ses étudiants de la troupe parascolaire RéAction. Elle a ainsi imaginé une trame théâtrale où Jacques Brel aurait côtoyé, dans la cartonnerie de son père, les personnes lui ayant inspiré ses nombreux succès à venir.

Il faut croire qu’elle a eu une bonne idée : son spectacle étudiant a été remonté professionnellement quatre soirs en mars 2017 au Gesù à Montréal et s’installe maintenant au Théâtre des Grands Chênes de Kingsey Falls jusqu’au mois d’août. Qui plus est, France Brel, la fille de Jacques, a donné son aval, octroyant les droits d’auteur requis pour la production.

« Après l’été, il y a une tournée de plusieurs dates, surtout concentrées entre mars et mai 2019. Et comme le consul de Belgique a vu Amsterdam et que Mélissa a rencontré le roi et la reine de Belgique lors de leur passage à Montréal, nous avons l’espoir que le spectacle soit présenté là-bas », confient, tout fébriles, Élodie Bégin et Jean-François Pronovost, deux des têtes d’affiche de ce spectacle musical réunissant onze comédiens.

« J’incarne Clara, qui est une nouvelle employée de la cartonnerie, un peu timide devant Jacques Brel, explique Élodie. Mais ce personnage évolue tout au long de la pièce. Les chansons la bouleversent au point tel qu’on va la voir grandir et s’assumer », raconte la chanteuse de 22 ans que les téléspectateurs ont pu découvrir dans la dernière saison de La voix — choisie par Alex Nevsky, elle avait été volée après son duel par Lara Fabian et s’était rendue aux quarts de finale.

Quant à Jean-François Pronovost, jeune acteur ayant plusieurs productions théâtrales montréalaises derrière la cravate et quelques apparitions télé, en plus d’avoir été choisi pour incarner le nouveau Passe-montagne, il personnifie Jacques Brel. Et ce, sans s’être soumis à une audition ni même avoir présenté de démo à l’auteure et metteuse en scène.

« Il faut dire qu’il y a eu un véritable coup de foudre professionnel entre Mélissa et moi et que la journée où elle a annoncé qu’elle se cherchait un Jacques Brel, trois personnes différentes lui ont donné mon nom. Je trouve fantastique cette confiance de Mélissa envers ses interprètes. »

Élodie Bégin en sait quelque chose, puisqu’elle est elle-même issue de la troupe RéAction. « Oui, ce métier marche souvent par audition, mais le simple fait de croire aux personnes est un gros élément de motivation. J’ai vu des collègues faire de grands pas en avant à cause de l’énergie que leur donnait la confiance de Mélissa. Et j’ai le goût de citer Jacques Brel lui-même, qui disait que le talent n’existe pas : c’est simplement avoir envie de faire quelque chose. »

Les bourgeois, c’est comme ses parents

Si la majeure partie de l’histoire d’Amsterdam est fictive, elle s’appuie sur de véritables prémisses. « Jacques a bel et bien travaillé dans la cartonnerie de son père, souligne Jean-François Pronovost. C’est là qu’il a découvert les conditions de vie des ouvriers. Pour lui, qui était destiné à hériter de l’usine, c’était profondément injuste. Il a réalisé que ses parents étaient des bourgeois. Il les a alors un peu reniés. Cette défense des petits travailleurs a d’ailleurs teinté plusieurs de ses chansons. »

« Jacques Brel était aussi un cancre à l’école, sauf en français. Un talent qu’a décelé son professeur de mathématiques, qui s’est alors employé (on était sous l’occupation allemande) à sortir des livres de l’Index pour lui. C’est ainsi que Brel a découvert Saint-Exupéry, surtout Le petit prince, et qu’il s’est mis à monter des spectacles avec ses camarades de classe. »

C’est sur ce leadership créatif précoce que Mélissa Cardona s’est appuyée pour imaginer Jacques Brel en 1947, à 18 ans, dirigeant encore des pièces de théâtre, cette fois avec ses collègues de travail. Sauf que l’arrivée à Bruxelles d’un imprésario parisien faisant miroiter la gloire vient déséquilibrer la petite troupe. « Certains personnages se rendent compte qu’ils sont très heureux de leur sort et d’autres, qu’ils n’ont envie que de sacrer leur camp », résume Jean-François.

Le retour de Mathilde

Mélissa Cardona s’est ainsi ingéniée à imaginer une vie à Jef, Mathilde et consorts. « Justement, Mathilde devient une ancienne travailleuse qui est partie tenter sa chance à Paris, mais qui revient parce que ça n’a pas marché. Il se crée alors un triangle amoureux... » révèle Jean-François.

Les chansons ne sont donc pas exclusivement interprétées par le personnage de Jacques Brel. « Chacun a son hymne, avec les autres comédiens qui font parfois des chœurs à donner la chair de poule, confie Élodie Bégin. Les incontournables comme Le port d’Amsterdam, Ne me quitte pas, Quand on a que l’amour sont au rendez-vous. Les chansons ne sont pas simplement plaquées : elles font vraiment avancer l’histoire. Certains personnages y trouvent même une résolution. C’est une belle comédie d’été. On va rire, mais peut-être pleurer un petit peu. »

La production a aussi subi quelques transformations entre le Gesù et les Grands Chênes, passant notamment de quatorze à onze acteurs. La musique a été réarrangée par Othniel Petit-Frère.

« Pour ma part, ajoute Jean-François, le défi était d’imaginer un jeune Jacques Brel. Était-il déjà sage? Est-ce que, déjà, il n’avait pas peur des mots et possédait la même verve? Il faut savoir qu’avant de devenir un monument, il a eu beaucoup de difficultés à percer. Il a fait plein de concours et passé plusieurs d’auditions. On lui a souvent dit qu’il n’était pas bon et qu’il n’avait pas de talent. Mais il n’a jamais arrêté, il a toujours continué. C’est vraiment un modèle. »

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Amsterdam
Du 30 juin au 11 août
Théâtre des Grands Chênes, Kingsey Falls
Entrée : 40 $ (30 ans et moins : 35 $; 12 ans moins : 20 $)