Maude Guérin

Amour lettré et campagne tourmentée

« Love Letters » est une pièce qui semblait faite sur mesure pour l’actrice Maude Guérin et le poète Christian Vézina, tant l’un et l’autre partagent un même amour des mots, de la poésie et des planches. Les deux artistes, qui forment un couple dans la vie, avaient déjà multiplié les résidences de poésie, mais jamais encore ils n’avaient embrassé un tel projet théâtral où, ensemble sur scène, ils se donnent la réplique.

« En fait, c’est une idée qui nous a été soufflée par mon père. Il avait entendu parler de cette très belle création écrite par l’auteur américain A.R. Gurney, alors jouée par Gérard Depardieu et Anouk Aimée. C’est une œuvre qui a été incarnée par plusieurs duos et qui se promène à travers le monde », explique la comédienne. 

Le texte a ceci d’original qu’il est bâti sous forme d’une correspondance amoureuse sur plusieurs décennies. À l’heure où courriels et textos détrônent plumes et papiers, la proposition a quelque chose de joliment décalé et de joyeusement romantique.

« Ça se passe entre Andy et Mélissa, issus de deux milieux complètement différents. Elle, c’est une artiste assez déjantée qui vient d’un milieu bourgeois, tandis que lui, plus réservé et plutôt cérébral, passera par l’armée et deviendra député. On sent dans leur correspondance qu’ils se sont déjà vus une ou deux fois et qu’il y a eu une rencontre plus charnelle, mais sinon, tout se passe vraiment dans les lettres. »

La pièce repose entièrement sur les mots que l’un et l’autre font voyager dans des enveloppes timbrées. 

« C’est quelque chose qu’on ne fait à peu près plus aujourd’hui, écrire une lettre à la main. Lire à voix haute une correspondance, ça fait vibrer une petite corde nostalgique, mais ce qui est aussi très touchant dans la pièce, c’est de voir le trajet de vie qui se déploie. Ça commence alors que les personnages ont sept ans et qu’Andy accepte une invitation à un goûter d’anniversaire que Mélissa lui envoie et ça file jusqu’à la fin de leur vie, alors qu’ils ont passé le cap des 70 ans. À travers leur parcours, on sent qu’ils ont besoin l’un de l’autre. »  

« C’est très vivant comme texte, poursuit Maude Guérin. Très vibrant, aussi, je dirais. On a fait une toute petite mise en scène. On fait face au public, on ne s’adresse jamais à l’autre. C’est même une consigne de l’auteur de ne pas se regarder, de faire comme si on parcourait les phrases chacun chez soi. »

La pièce, présentée en fermeture des Correspondances d’Eastman, devrait vivre sur d’autres scènes. Déjà en automne, elle sera présentée à Longueuil, Shawinigan, La Tuque et Lotbinière. « On aimerait jouer cette création le plus souvent et le plus longtemps possible. »

En tournage dans le 5e rang

Aucune date n’est encore confirmée, mais il est « probable » que 5e rang, la nouvelle série télévisée signée Sylvie Lussier et Pierre Poirier (L’auberge du chien noir, 4 et demi), débarque au petit écran de Radio-Canada en janvier. Maude Guérin a hérité du personnage principal du téléroman campé dans le paysage rural de Saint-Chrysostome. 

« Je joue Marie-Luce Goulet, un beau personnage de femme forte, une mère qui a de la misère avec ses émotions parce qu’elle est seule pour tenir à bout de bras la ferme familiale. On vient de terminer le premier bloc de tournage. C’est une série qui va surprendre parce qu’elle nous promène dans un univers tout autre que celui auquel le duo d’auteurs nous a habitués. Pour eux, c’est un virage à 180 degrés. » 

À la réalisation et à la coproduction, Francis Leclerc a déjà annoncé qu’il voyait une facture visuelle plus près du cinéma que du téléroman. 

« Ce n’est vraiment pas un show urbain. C’est un suspense qui se passe sur une terre et qui met en scène une galerie de personnages attachants. » 

La série s’amorce avec la découverte d’un cadavre dans le parc à cochons. François Papineau, Catherine Brunet, Catherine Renaud, Martine Francke, Maxim Gaudette, Luc Senay et Simon Pigeon font partie de la distribution. Tout porte à croire que le feuilleton devrait s’enraciner au petit écran pendant quelques saisons...

« La production a acheté la ferme où on tourne. En soi, ça dit quelque chose », dit la comédienne qui a, en début d’été, dû renoncer à jouer Germaine, dans la production théâtrale Belles-Sœurs, pour se consacrer entièrement à ce nouveau projet télé.

Loyale

« J’ai trouvé ça difficile : je suis une actrice qui vient du théâtre, je suis quelqu’un de très loyal et c’est la première fois que je devais débarquer d’un projet. Mais je ne pouvais pas faire les deux. C’est la première fois que l’on m’offrait un premier rôle dans une série qui s’installe pour longtemps. Après Feux, qui a été un projet important dans mon parcours, j’avais le goût de me réinvestir au petit écran. »

On pourrait aussi revoir Maude Guérin au cinéma bientôt. Son expérience heureuse avec Chien de garde, qui lui a valu le prix de la meilleure interprétation féminine au dernier Gala Québec Cinéma, lui donne envie de récidiver au septième art.  

« J’ai en main le scénario que m’a envoyé un cinéaste de Toronto. C’est un beau rôle, un projet intéressant, j’ai bien envie de dire oui », résume celle pour qui les dernières années sont bonnes et bien remplies, professionnellement parlant.   

« C’est drôle parce que j’ai commencé à travailler très fort dans la quarantaine, à un âge où, souvent, les propositions sont moins nombreuses pour les comédiennes. Pour moi, c’est l’inverse qui se produit : on m’offre des personnages de plus en plus intéressants et on me donne beaucoup de liberté comme actrice. Ce que j’adore, parce que, mon but, dans ce métier, c’est de me transformer, de me cacher derrière les personnages, de jouer toutes sortes de choses. »

Vous voulez y aller?

Love Letters
Avec Maude Guérin et Christian Vézina
Dimanche 12 août, 14 h 30
Cabaret Eastman
Entrée : 26 $