David Bussières et Justine Laberge d’Alfa Rococo lancent la semaine prochaine leur quatrième album, « L’amour et le chaos », après avoir dû repousser sa sortie à cause de... la naissance de leur deuxième fille.

Alfa Rococo : continuer de remplir le verre

Avec « Nos cœurs ensemble » (2014), leur troisième album, les Alfa Rococo avaient commencé à mettre une eau un peu plus optimiste dans le vin de leur pessimisme. Après avoir bercé leurs admirateurs sur « Les jours de pluie », après les avoir fait danser sur des mots comme « plus rien à faire » ou « nous ne sommes que poussière », voilà qu’ils s’étaient mis à chanter de « laisser entrer la lumière », à parler de nos âmes qui « forment un tout plus grand que la somme de nos matières », à vanter le couple comme rempart aux dérives de notre époque.

Bref, le tandem s’était mis davantage du côté où l’on voit le verre à moitié plein. Tendance qui se poursuit avec L’amour et le chaos, opus 4 à paraître le 4 mai, et sur lequel David Bussières et Justine Laberge continuent de pourchasser les éclaircies même si le temps est à la grisaille.

Il faut dire que, depuis leur précédent disque, ils ont deux raisons supplémentaires pour cultiver l’espoir : Marine et Luna, nées respectivement en janvier 2015 et en octobre 2017.

« Nous n’avons plus vraiment le choix aujourd’hui, avec nos enfants, de ne pas sombrer dans le cynisme. Nous avons besoin de trouver du positif, sinon ça devient trop angoissant », confie Justine.

L’amour et le chaos est aussi un album sur le temps. Celui qui nous manque, celui qu’on utilise mal (lire notamment en sous-texte « réseaux sociaux »), le temps présent qu’on peine à saisir... mais aussi le temps que la parentalité remet en perspective, par exemple quand Alfa Rococo a dû interrompre momentanément sa tournée lors de la naissance de l’aînée, avant de repartir sur la route deux mois plus tard.

« Mais ça s’est vraiment bien passé, dit Justine. Marine était un bébé très facile. Nous l’avons emmenée partout, avec sa nounou. Aujourd’hui, avec deux enfants, ce sera un peu plus de gestion. Jusqu’à maintenant, on y arrive, mais nous avons aussi une bonne liste de gardiennes », confie la chanteuse.

Luna pourra toutefois raconter plus tard qu’elle a fait repousser la sortie de L’amour et le chaos. « On devait lancer l’album au début de novembre, mais moi, mon terme était prévu pour la fin octobre. On a quand même mis les bouchées doubles et je suis restée en studio jusqu’à une semaine avant l’accouchement », de raconter la maman musicienne.

Deux petits sabliers

Bref, le temps a pris « une autre dimension » depuis que ces deux petites étoiles sont entrées dans la vie de ce couple de la musique pop qui tient bon depuis presque 20 ans, soit dit en passant.

« Un enfant, c’est un peu comme un sablier. À travers lui, on perçoit davantage le temps qui s’écoule vite. On aimerait le saisir et l’arrêter », lance Justine.

« Ça nous pousse à bien l’utiliser, à profiter du moment présent. On prend conscience que c’est une véritable richesse », complète David.

D’où les deux chansons intitulées Le temps qu’il faut (I et II). « La preuve qu’on avait vraiment trop à dire là-dessus, commentent-ils. Mais ce sont deux pièces totalement différentes. La première parle de tout ce temps perdu sur des choses vides ou futiles. Mais il y a aussi le travail, qui empiète de plus en plus sur la vraie vie. »

« L’amour et le chaos, c’est comme si on regardait, avec une forme de sérénité, la morosité ambiante, la destruction qui se passe autour de nous, poursuit David. On vit des années troubles, il y a plusieurs choses qui ne tournent pas rond, mais on essaie de trouver les petites brèches de clarté dans tout ça. Il y a quand même des chansons très lumineuses, comme Incendie [une pièce très libératrice sur l’importance d’oser maintenant et de croire en l’avenir] et Apprivoiser le vent, qui témoigne d’une période plus difficile et de la nécessité d’apprivoiser l’adversité pour ne pas se laisser emporter par elle. »

Hommage à Stephen Hawking

Musicalement, les amateurs d’Alfa Rococo retrouveront les mêmes rythmes dansants malgré le sérieux du propos, ce qui est, en quelque sorte, la griffe du tandem depuis ses débuts. David, qui a encore une fois réalisé l’album presque au complet dans son studio maison (le studio Buda, pour « Bussières-David »), a quand même tenté des choses nouvelles. « Il y a des éléments plus modernes. L’électro dans Le temps qu’il faut I est un peu influencé par The xx. J’ai aussi recouru aux steel drums, qui apportent un petit côté tropical. »

« Nous avons aussi osé les claviers des 1990, après ceux des années 1970 et 1980, dans une sorte de nostalgie de notre adolescence, ajoute Justine. En même temps, on se permet beaucoup d’essais et d’erreurs avant de trouver notre direction. On ne s’efforce plus de tout contrôler. »

Une des grosses différences, c’est que, pour la première fois, ils ont embauché leurs musiciens de tournée pour le studio. « D’habitude, on engage des musiciens avec qui on a envie de travailler, mais on ne les connaît pas toujours. Cette fois, on a pris ceux qui tournent avec le groupe depuis longtemps. Avec eux, on s’est senti comme à la maison. Il y avait moins de gêne à aller dans d’autres zones, moins de pudeur que si ça avait été de nouveaux musiciens », révèle Justine.

Le disque compte aussi un interlude comportant la voix robotisée du défunt astrophysicien Stephen Hawking. « C’est la dernière chose que nous avons ajoutée à l’album, la veille de remettre l’enregistrement, rapportent-ils. Quand nous sommes tombés là-dessus, en faisant nos recherches, ça a été comme une illumination, un cadeau. Ce sont des citations qu’on trouvait totalement en phase avec les deux principales thématiques de l’album, lorsque Hawking dit qu’il est très conscient du côté précieux du temps, et que tant qu’il y a de la vie, il a de l’espoir. C’est notre façon de rendre hommage à ce grand sage. »

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L'amour et le chaos
Alfa Rococo
POP ROCK FRANCO
Coyote Records
En magasin le 4 mai