Alexandre Poulin

Alexandre Poulin, entre famille et chansons

Quand on compare la précédente tournée d’Alexandre Poulin à celle qu’il terminera en décembre, un point d’interrogation peut surgir. Alors qu’il parlait d’environ 150 spectacles pour Le mouvement des marées (2013), le chanteur n’en est qu’à 70 pour Les temps sauvages (2016). En ajoutant les vingt dernières représentations en solo prévues d’ici Noël un peu partout au Québec, on atteindra peut-être la centaine. Pourtant, l’artiste rayonne autant, dégageant la même satisfaction qu’un gars qui a goûté au succès de sa vie.

Mais il manque un chiffre à l’équation mathématique : 4 ½. C’est l’âge d’une petite fille à qui le Sherbrookois a accordé sa priorité dans les dernières années. Alexandre Poulin a sciemment décidé que, malgré son public français impatient de le retrouver sur scène, il ne ferait pas de tournée dans l’Hexagone avec Les temps sauvages.

« En même temps, les astres s’alignaient pour ça. En France, j’étais en train de changer d’équipe, alors qu’ici, la demande pour mon spectacle était plus forte. Je suis quelqu’un de vachement ambitieux, mais j’ai aussi l’ambition de réussir ma vie de famille, ce qui est difficilement conciliable avec ce métier-là. Tu ne peux pas décider d’avoir des enfants puis rouler comme un train de marchandises. Ce serait une erreur de tout vouloir. Ça oblige à faire des choix, mais l’évidence m’est apparue assez vite. Quand des artistes de carrière se font demander s’il y a quelque chose qu’ils regrettent, c’est rare que leur réponse soit : "J’ai passé trop de temps de qualité avec mes enfants." »

Le scénario était différent en 2010, année de parution de son deuxième album Une lumière allumée : la réaction du public québécois était alors encore floue, tandis que la France, grâce au coup de pouce donné par Lynda Lemay, se montrait plus intéressée. « Ça m’a bien servi que ça marche là-bas, même si j’ai toujours souhaité que ce soit au Québec que la réponse soit la meilleure. Mais je n’étais pas encore père à l’époque. Je l’étais pour la tournée du Mouvement des marées et j’avoue que j’ai trouvé ça dur. Je me souviens entre autres d’être à Paris, de prendre l’avion pour trois spectacles au Saguenay, puis de repartir. Je ne me plains pas, mais même si tu es passionné, c’est difficile pour le corps. La vérité, c’est qu’après une semaine loin de la maison, je n’ai qu’envie de revenir chez nous, je n’ai plus de fun. »

A-t-il craint, en restant de ce côté de l’Atlantique, que son équipe française ne soit plus là au prochain album?

« C’est sûr que j’y ai pensé! Ce serait mal connaître l’industrie de me dire qu’ils vont m’attendre. Je suis très conscient de l’évanescence de ce métier. Mais une fois que ta décision est prise, il faut que tu acceptes ce que tu pourrais perdre. C’est dur pour une équipe de promotion et de programmation de comprendre que tu en veux moins, alors que sa mission, c’est justement de t’en donner plus! Mais elle me connaît assez bien pour savoir que je ne ferais pas deux mois d’autobus de tournée pendant que j’ai un enfant qui reste à la maison. Heureusement, il y a les réseaux sociaux, qui permettent de garder un contact avec le public.»

Habiter la nudité

En terminant en formule solo les représentations des Temps sauvages, Alexandre Poulin a l’impression de revisiter le début de sa carrière.

« Je trouve que c’est une belle façon de dépouiller ce spectacle qui, vers la fin, commençait à être assez nourri en arrangements. Cela me permet de retourner à l’essence de ces pièces-là», confie l’artiste, qui avoue avoir envisagé cette dernière ligne droite comme une récréation. Jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’il ne pouvait pas simplement enlever les partitions de ses deux coéquipiers musiciens.

« Sinon, ça aurait été endormant! Une heure quarante-cinq de show tout nu, il faut que ce soit habité! Je me suis donc remis au travail pour que les chansons aient une deuxième vie, pour les rhabiller, parce qu’elles ont tellement évolué depuis la version de départ. J’ai dû déconstruire beaucoup de choses pour redonner un sens au spectacle. En même temps, j’ai très hâte de goûter à ce contact privilégié avec le public que procure le solo. »

Alexandre Poulin n’a pas encore commencé à écrire les chansons d’un futur album. Il préfère toujours attendre la fin d’une tournée avant de s’y mettre sérieusement. Une façon, explique-t-il, de faire une coupure avec le disque précédent et de ne pas se répéter. Par contre, il lui arrive de prendre la plume pour d’autres. L’auteur-compositeur-interprète commence d’ailleurs à avoir une longue liste d’artistes pour qui il s’est commis : 2Frères, France D’Amour, Annie Villeneuve, Valérie Lahaie, Annie Blanchard, Garou, auxquels s’est ajoutée Petula Clark cette année. Le plus récent album de la francophile Britannique, rappelons-le, avait été signé seulement par des auteurs-compositeurs québécois.

« J’ai la chance d’avoir un ami commun avec son gérant. Je ne savais même pas qu’elle tournait toujours. J’ai écrit Qui nous sommes un peu comme une bouteille à la mer, et la chanson a été retenue. Mais je n’en suis pas rendu à proposer moi-même mes textes aux autres. Je préfère encore les commandes, parce qu’une partie du travail est fait : tu sais que l’artiste connaît et aime déjà ton univers.»

bleu comme...

La fermeture de Disques Victoire, son étiquette, ne causera pas de remous particuliers à sa carrière. « La plupart des autres activités autour de moi (relations de presse, pistage radio, programmation) étaient déjà données en sous-traitance. Je me trouve donc simplement à engager une nouvelle personne qui fera le même travail que faisait ma maison de disques», explique le chanteur, qui a baptisé son étiquette Bleu cardinal.

« Dans ma famille, le cardinal est un oiseau qui porte chance. Évidemment, un cardinal bleu, ça n’existe pas. Je trouvais que ça exprimait bien ma singularité en tant qu’artiste un peu hors courant, compositeur de chansons sans refrain. Aussi parce que le cardinal, lorsque son territoire est menacé, chante au lieu de se battre. Je pense qu’il n’y a rien de plus beau que l’art pour défendre ce que tu veux. »

Vous voulez y aller

Alexandre Poulin

Jeudi 1er novembre, 20 h 30

Vieux Clocher de Magog

Entrée : 36 $