Alexandre Poulin s'est arrêté au Vieux Clocher de Magog samedi pour présenter les compositions de son quatrième opus, Temps Sauvages.

Alexandre Poulin : l'étoile du conteur

« Il était temps que je reprenne la route! » Les premiers mots d'Alexandre Poulin, après avoir interprété deux pièces sur les planches du Vieux Clocher de Magog, samedi, disaient tout. Il piaffait de présenter ses Temps sauvages, les compositions de son quatrième opus. Et il n'était pas le seul à croire qu'il « était temps » : la salle de spectacles, pleine à craquer, affichait complet.
Un peu moins d'une décennie s'est écoulée depuis le lancement du premier album de l'auteur-compositeur-interprète sherbrookois. Si plus de la moitié du public avouait assister à une prestation d'Alexandre Poulin pour la première fois, les autres auront pu constater le chemin parcouru, la maturité artistique acquise au fil des années. On trouve ce quelque chose de plus senti dans les mélodies et les interprétations.
Il reste que la petite lumière allumée par son amour de la musique et les frissons qu'il avoue ressentir au moment de monter sur scène demeurent perceptibles du début à la fin. Derrière sa guitare, Alexandre Poulin n'est rien de plus qu'un petit gars qui soulève sa coupe Stanley soir après soir.
Huit des dix chansons du plus récent album ont trouvé leur chemin jusqu'au public dans ce nouveau spectacle. Les succès incontournables, comme la touchante L'écrivain et la délicate Blanc cassé, trouvent aussi écho. C'est sans compter Fernand, devenue un hymne, qu'une salle conquise a entonné d'un bout à l'autre. Les murs de l'ancienne église vibraient. Même San Francisco, Comme des enfants en cavale ou Souffler sur les braises, pourtant très populaires, n'ont pas reçu un tel accueil.
Pour cette nouvelle tournée, Alexandre Poulin maintient le cap. L'enrobage demeure minimaliste, humble, alors que le décor se limite à un croissant de lune accroché derrière lui. Deux musiciens multi-instrumentistes l'accompagnent tout en lui laissant toute la place, sous quatre projecteurs composant une ambiance intimiste.
À l'avant-scène : les histoires, la voix et les mélodies folk d'Alexandre Poulin. L'artiste chante ses contes et raconte ses chansons, à relais, avec un amour des mots et un humour dans lequel il se laisse parfois emporter.
C'est là une force et une faiblesse potentielle du spectacle Les Temps sauvages. Dès le départ, le chanteur nous annonce qu'il expliquera pourquoi les étoiles sont alignées depuis les années 1700 pour que les spectateurs soient rassemblés dans la même salle, le même soir.
De Benjamin Franklin à Maurice Richard
En passant de Benjamin Franklin à Maurice Richard, Alexandre Poulin relie chacune de ses interventions comme des morceaux de casse-tête qui s'imbriquent jusqu'à une conclusion juste avant le rappel. Les histoires saupoudrées de poussière d'étoiles, toujours teintées de persévérance, d'échecs à surmonter, de réussites sculptées au prix d'efforts, font réfléchir, sourire. Elles rappellent tantôt Fred Pellerin, tantôt le ton un peu moqueur de Louis-José Houde. On rit, mais on s'arrête aussi pour être certain de tout avoir saisi.
Le tour de force impressionne. Celui qui a délaissé une carrière d'enseignant en français pour se consacrer à la musique maîtrise sans aucun doute l'art de raconter. On pourrait l'imaginer renverser la vapeur et offrir une soirée de contes intercalés de quelques chansons de circonstance.
Entre-temps, les longs avant-propos risquent de faire dérailler les amateurs qui ne se considèrent pas déjà conquis. En conséquence, à sept chansons avant l'entracte, et autant après l'entracte, les mélomanes souligneront sans doute l'économie des chansons au profit des présentations.
En resserrant les discours-fleuve, Alexandre Poulin pourrait insérer deux ou trois compositions supplémentaires qui feraient le bonheur des amateurs. Avec une feuille de route aussi longue, le choix ne manque pas.
Du reste, la recette sobre des débuts demeure efficace; le plaisir de vivre de son art ne faiblit pas.
La tournée se poursuivra toute l'année et s'arrêtera à Victoriaville le 5 mai. Il est déjà acquis que plusieurs prestations, à Québec, Waterloo, Sainte-Thérèse et Alma notamment, seront offertes à guichets fermés. Alexandre Poulin s'arrêtera par ailleurs à Sherbrooke le 8 février 2018 à la salle Maurice-O'Bready.