Amandine Garrido Gonzalez dans Acuna

Acuna : doux cocon

Le festival Petits bonheurs Sherbrooke, c'est un chapelet de rendez-vous culturels. Des moments qui remplissent les yeux, les oreilles et le coeur des enfants. Ça commence aujourd'hui, ça se poursuit jusqu'au 7 mai. Il y a des spectacles, des ateliers, des contes, des animations. Des petits bonheurs, en somme. Pleins la semaine. On vous en présente deux qui portent la signature de compagnies d'ici. Et on vous invite à visiter le site www.cotescene.ca pour connaître tous les détails et découvrir l'ensemble des activités offertes.
<p>Amandine Garrido Gonzalez</p>
Acuna est pétrie de premières. D'abord parce que, en visant la frange des 18 mois à sept ans, c'est la première fois que Sursaut s'adresse à un si jeune public avec une production. Aussi parce que c'est le premier réel plongeon en création pour Amandine Garrido Gonzalez. La chorégraphe et interprète aurait pu éprouver un petit vertige lorsque la directrice de la compagnie de danse sherbrookoise, Francine Châteauvert, lui a proposé de se lancer dans pareil projet.
Elle avait plutôt de l'inspiration. Au cube.
« J'étais un peu nerveuse, oui, mais je me suis branchée sur ce que j'ai vécu lorsque j'étais enceinte et lorsque ma fille est née. J'ai adoré ces années-là, c'est une douce période de ma vie et ça m'a beaucoup inspirée pour créer le spectacle. Ça et ma connexion avec la nature, je dirais. On le sent dans le spectacle. Je joue beaucoup avec les éléments. L'eau, l'air, la terre, tout ça est très présent », dit celle qui a bâti sa performance scénique autour d'une gentille et mystérieuse créature.
« Les jeunes spectateurs vont assister à la naissance de cette créature magique, qui arrive dans un espace très organique. Ils vont la voir découvrir qui elle est, apprivoiser son environnement, élargir peu à peu son horizon. »
Ce parcours tout en découvertes rappelle celui du jeune enfant qui fait ses premiers pas dans le monde, lorsque son quotidien se passe tout entier dans le cocon doux de la maison, dans les bras aimants des siens.
« J'avais envie de recréer sur scène cet univers très douillet, très enveloppant. »
L'idée du nid a teinté jusqu'aux éclairages, pensés par Simon Vincent, qui signe aussi la scénographie.
« Ce sont de petits détails, mais comme on s'adresse à de très jeunes enfants, on n'est jamais dans le noir complet. Il y a une légère lumière d'ambiance, comme une veilleuse. Et on a disposé des matelas, des coussins, des doudous dans l'espace destiné au public de façon à ce que les enfants et leurs parents puissent savourer le spectacle dans un grand confort », explique Francine Châteauvert.
Il n'y a pas de hasard : « Acuna est un mot espagnol qui signifie bercer », précise Amandine.
Dans le regard et dans la voix de la créatrice, des étincelles. Un émerveillement.
« Les premières années des enfants, c'est riche, c'est beau. Ils sont dans l'ouverture, prêts à découvrir le monde avec leur regard à eux. »
Ce qui nous ramène au défi, grand quand même, de créer pour cet âge tendre.
« Il faut avoir cette sensibilité, dès le départ, mais l'idée du jeune public, on l'oublie ensuite. C'est-à-dire qu'elle nous reste dans le coeur, mais pas dans la tête. Sinon, on serait incapables de créer », souligne Francine Châteauvert. Celle-ci a posé son regard de directrice artistique tout au long du processus créatif. Elle a surtout fait confiance à son inspirée chorégraphe.
Le choix était bon, le pari était beau. La production, qui amorce sa vie scénique pendant le festival Petits bonheurs Sherbrooke, est déjà réclamée pour l'édition de l'événement, l'an prochain, dans d'autres villes du Québec. Ici, maintenant, les représentations du 30 avril affichent déjà complet.
Le spectacle d'une trentaine de minutes est précédé d'un atelier de mise en mouvements.
« Les enfants sont spontanés, ils sont dans l'instant, ils sont très sensibles à tout ce qui se passe, leur imagination est sans limites. Il y avait ce défi de les intéresser, mais ma plus grande peur, c'était qu'ils aient peur de moi, lorsque je suis habillée et maquillée en créature. Mais finalement, non. On a fait deux répétitions devant public et ça s'est vraiment bien passé. J'ai intégré un peu de cirque à la danse. Le mariage des deux permet de créer un mélange de mouvements fascinants. J'avais envie de présenter quelque chose qui transporterait les enfants, qui leur ferait du bien, qui serait réconfortant. »
En un mot, elle avait envie de les bercer.
Du Chili au Québec
Native du Chili, Amandine Garrido Gonzalez habite le Québec depuis 2008.
« Je suis arrivée dans le cadre d'un contrat avec le Cirque du Soleil pour le spectacle Varekai. C'est pour ça que j'ai une petite base en art aérien. Mais je le précise, je ne suis pas du tout une artiste de cirque. »
Son univers, c'est avant tout la danse. Depuis tout le temps.
« J'ai toujours dansé. Au Chili, j'ai fait partie de différentes compagnies. Je suis arrivée à Sherbrooke il y a quatre ans. J'avais mis la danse de côté. Je me concentrais sur mon rôle de maman, qui me comblait. Je ne savais pas qu'il y avait une compagnie comme Sursaut à Sherbrooke. »
La vie fait parfois bien les choses. Une visite au Centre des arts de la scène Jean-Besré lui a permis de rencontrer Francine Châteauvert. C'était une semaine avant des auditions pour un spectacle à venir. Amandine s'est présentée. Elle a été remarquée par la compagnie de danse, avec laquelle elle collabore, depuis.
« Sursaut, c'est un enracinement pour moi. Et cette première création, c'est un peu comme une nouvelle naissance. J'ai eu la chance d'être magnifiquement accompagnée par des créateurs de talent », insiste celle qui a obtenu son diplôme d'interprète en danse de l'Université du Chili, en 2002.
Karine Gaulin, manipulatrice-marionnettiste et auteure de la pièce <em>Au train où vont les choses</em>
Au train où vont les choses : poésie ferrée
La pièce Au train où vont les choses a pour noyau « une réflexion sur la solitude, quand on est un enfant, quand on a perdu ses repères humains. Mais il y a aussi cette quête universelle qui nous habite tous : ce besoin de rompre 
nos isolements, pour s'offrir, vulnérable et plein d'espoir, à l'autre. Parce que c'est à cette matière brute qu'on s'abreuve, petits et grands : donner, et recevoir, de l'amour », spécifie Karine Gaulin.
Celle-ci a écrit les textes de la création signée par la troupe Les Chemins errants, de Saint-Sébastien. Elle est aussi la marionnettiste qui fait vivre sur scène le petit robot Boris. Devenu orphelin lors d'un accident de train, il pose des questions existentielles comme : « Ça existe, de l'amour qui ne flétrit jamais? », ou encore : « Quand le corps s'en va, où va le coeur? »
Dans ce contexte, et parce que le spectacle a été présenté à Lac-Mégantic, il était logique de penser qu'il pouvait avoir un certain lien avec la tragédie du 6 juillet 2013. Les conceptrices ont d'ailleurs fréquenté des tout-petits et leurs monitrices au Centre de la petite enfance (CPE) Sous les étoiles, à Lac-Mégantic, avant et après ces tragiques événements. Elles ont recueilli l'expression de la sensibilité des bambins, leurs émotions à la fois poétiques et teintées de fragilité. Cette incursion au coeur de la petite enfance a nourri le spectacle. Mais elles apportent des nuances. 
« Ce n'est pas un spectacle sur la tragédie de Lac-Mégantic. C'est amené de façon subtile, mais on ne met pas l'accent là-dessus. À la suite du déraillement de train, on nous a demandé de revenir au CPE pour offrir un apaisement, de courts spectacles aux enfants, des ateliers de peinture, du théâtre d'ombres. Dans le spectacle, le symbole du train n'est jamais abordé de front, seulement en jeu d'ombres. On assiste à l'appel de Boris qui veut aller ailleurs pour aller chercher de l'amour. Il y a peu d'adultes qui font le lien avec Lac-Mégantic, quand on présente la pièce ailleurs », fait remarquer Mme Gaulin.
Depuis sa création, en avril 2016, le spectacle a été joué plus d'une vingtaine de fois. 
« Boris cultive ses plantes, faites d'engrenages, car il demeure près de la voie ferrée et recueille toutes sortes de pièces de métal. C'est un univers mécanique, un spectacle d'objets, un univers visuel très riche. Nous avons eu beaucoup de plaisir à inventer ce spectacle, cette scénographie particulière. Avec les ombres, on joue sur l'inconscient. Boris pose ses questions à ses plantes. Il leur demande si ''quand on grandit, on trouve des réponses''. C'est à un autre niveau, mais on touche nécessairement les adultes qui accompagnent les enfants », exprime Karine Gaulin.
 
Vous voulez y aller?
Acuna
Sursaut
Centre des arts de la scène Jean-Besré
7 mai, 10 h 30
Entrée : 12 $ 
Forfait famille : 40 $ (4 billets)
Au train où vont les choses
Les Chemins errants
2 mai, 10 h
Auditorium des Tisserands de Magog
Entrée : 12 $
Forfait famille : 40 $ (4 billets)