Après plusieurs années de folk-pop infusé d’un côté rêveur mélancolique, Félixe a choisi d’assumer son visage plus rock.

Accéder au rêve

L’année 2019 aura été plus qu’importante pour Véronique Bazin. C’est celle où elle a lancé son premier album solo en français, Prélude. Où elle s’est fait connaître lors d’événements culturels majeurs, dont le Festival international de la chanson de Granby et Coup de cœur francophone. Mais c’est surtout l’année où elle est passée de Veronica Winter, son ancien nom de scène, à Félixe.

Cette transition exprime notamment le choix du français pour l’écriture de ses textes, après plusieurs années d’anglais, mais marque aussi son orientation vers une musique plus près d’elle-même. Après plusieurs années de folk-pop infusé d’un côté rêveur mélancolique, la native de Saint-Claude a choisi d’assumer son visage plus rock.

« J’avais fait le tour avec mon autre projet. Pour moi, c’était le bon moment pour faire le switch, étant donné que je m’orientais vers un nouveau style. La réalité, c’est que j’ai toujours préféré le rock alternatif, le métal, le punk... J’ai simplement décidé de suivre les influences que j’écoute chez moi. Et je pense que ça paraît que j’ai trouvé ce que j’aimais », dit celle qui a aussi fait partie de la formation Eager Dance.

En choisissant comme nom d’artiste un prénom masculin féminisé, Félixe souhaitait montrer une facette importante de sa personnalité artistique, soit celle d’une fille qui a grandi entourée de garçons, que ce soit au sein de sa famille ou dans ses activités de musicienne.

« J’ai toujours été one of the boys, tant dans la musique qu’à la maison, où j’étais avec des personnes qui travaillent sur des fermes (j’ai appris à conduire un VTT avant une voiture). J’ai souvent été la fille dans une gang de gars », résume-t-elle.

En même temps, ce nom porte une charge émotive importante : c’est celui qu’aurait dû avoir le fils qu’attendait sa mère avant elle, mais qui n’a jamais vécu en raison d’une fausse couche. Félixe devient ainsi le symbole d’une renaissance, d’un second souffle artistique, du désir de faire le genre de musique que l’on veut.

C’est aussi une façon, pour l’autrice-compositrice-interprète, d’exprimer son côté « mouton noir ». « Lorsqu’on évolue dans un milieu rural, qu’on préfère sa guitare, qu’on se fait tatouer, on est un peu l’extra-terrestre. C’est très conflictuel d’être artiste quand les gens autour de toi ont une vie plus conventionnelle (j’ai d’ailleurs moi aussi eu ce genre de vie pendant quelque temps, jusqu’à ce que je me rende compte que ce n’était pas du tout moi). C’est donc un nom qui représente à la fois ma jeunesse et ce que je suis aujourd’hui. »

FÉLIXE
PRÉLUDE
ROCK FRANCO
Rozaire

Retrouver la candeur

Le milieu dans lequel elle a grandi a d’ailleurs beaucoup inspiré Félixe dans l’écriture de ses nouvelles chansons. Ce n’est donc pas anodin si, pour le clip de la chanson-titre de l’album, elle a choisi des vidéos de famille, notamment celle de son cinquième anniversaire et une autre où elle tient sa première guitare. Une manière, pour elle, d’exprimer comment cette vie l’a façonnée.

« Ça m’a marquée de revoir ces vidéos. Ça m’a rappelé une candeur que j’ai beaucoup de difficulté à retrouver. Pour moi, 2019 a été une année très dure sur le plan de la santé mentale. Je pense que c’est pour ça que j’ai lancé mon album à ce moment-ci : j’avais des choses à dire. La musique, c’est une thérapie. »

Félixe n’éprouve d’ailleurs aucun complexe à parler de ces deux compagnes dont elle se passerait bien, l’anxiété et la dépression. Plusieurs de ses nouveaux textes expriment justement un désir de retour à une forme de quiétude et de paix, retour qui s’avère moins facile à opérer qu’elle le souhaiterait, la tendance à toujours voir d’abord le mauvais côté des choses étant très forte chez elle.

« Ça peut avoir un côté cool, soit celui de rester très réaliste. Mais des fois, ça m’empêche de faire ce que j’aime parce que je me pose un milliard de questions. Je pense que c’est ça, mon gros travail de vie : simplement faire ce que j’ai envie de faire sans trop m’interroger par rapport au résultat. »

Fini l’anxiété de création!

Félixe a écrit les pièces de Prélude alors qu’elle venait de terminer une année à l’École nationale de la chanson de Granby. « Ça m’a drainée émotivement : je côtoyais seize autres auteurs-compositeurs-interprètes qui ont majoritairement des problèmes semblables aux miens. La scène est un milieu très difficile sur la santé mentale en général, et je trouve important d’en parler », constate celle qui a commencé les antidépresseurs en 2019.

« J’avais très peur que ça me coupe de ma créativité, parce qu’on a tendance à croire que notre instabilité est notre moteur. Finalement, je me suis rendu compte qu’au contraire, ça m’a enlevé toute mon anxiété de création. J’ai arrêté de me demander, pendant que j’écris, si ça va être bon. »

Mais en fréquentant l’ÉNCG, Félixe ne se sentait plus seule avec ses démons. « Ça a été une révélation! J’ai commencé à me faire des amies de filles, parce qu’enfin, j’en côtoyais qui ne me parlaient pas de maquillage toutes les deux minutes. J’avais comme trouvé ma meute, des personnes qui sont là les unes pour les autres, peu importe ce qui va arriver. Ça m’a aussi donné espoir qu’on pouvait venir de la campagne et avoir comme rêve de faire de la musique. »

Pour son prochain passage à la Petite Boîte noire, Félixe fera donc découvrir ses plus récentes chansons, accompagnée par quatre musiciens, dont le réalisateur de son album, l’Estrien Marcus Quirion.

« C’est son premier spectacle avec nous en tant que bassiste, en remplacement de mon ami Tommy Lunaire, trop occupé par ses nombreux autres projets. Bref, c’est une nouvelle formule et j’ai très hâte de l’essayer. Il y aura peut-être une petite surprise avec un violoncelle, mais ce n’est pas encore sûr », dit celle qui participera bientôt aux Apéros FEQ, lesquels sont les éliminatoires de la relève pour se tailler une place dans la programmation du prochain Festival d’été de Québec.

Vous voulez y aller?

Félixe
Plateau double avec Dans Brume
Jeudi 23 janvier, 21 h
La Petite Boîte noire
Entrée : 10$