Contenu commandité
<em>À l’eau</em> à quatre mains
<em>À l’eau</em> à quatre mains
Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Michèle Plomer
Michèle Plomer

À l’eau à quatre mains

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Les amies et auteures Anne Brigitte Renaud et Michèle Plomer relevaient en 2015 un défi double. Non seulement elles lançaient ensemble une toute neuve maison d’édition (Éditions Chauve-souris), mais elles signaient un premier roman jeunesse à quatre mains, Sueurs froides. Cinq ans plus tard, le duo propose une nouvelle histoire, À l’eau, dont l’intrigue est plantée aux abords du lac Memphrémagog. Correspondance (à six mains!) avec les créatives Magogoises.

Q  Quel a été le point de départ de ce nouveau récit d’aventures? Vous le portiez depuis longtemps?

Après la sortie de Sueurs froides, nous avions commencé à réfléchir à la trame d’un deuxième roman jeunesse à quatre mains. Nous rêvions de lancer Caz, son héros, dans une aventure à Kuujjuaq au cœur de l’été. Malheureusement, les astres n’étaient pas alignés pour nous permettre de faire un séjour estival au Nunavik. Et il était hors de question d’écrire sur le sujet sans vivre le territoire comme nous l’avions fait l’hiver précédant l’écriture de Sueurs froides. Les émotions vécues lors de la rencontre avec des personnes inuites à Kuuj-juaq et la découverte de ce territoire d’une beauté inouïe avaient fait naître le roman. C’est, nous pensons, ce qui donne au roman un ton juste et non emprunté.

Nous avons discuté d’une aventure à faire vivre à notre personnage, nous avons jeté pêle-mêle des idées, puis notre travail éditorial sur les titres écrits par les auteurs que nous avons publiés aux Éditions Chauve-souris nous a passionnées au point que Caz est resté dans un tiroir pendant tout ce temps!

Puis, le printemps 2020 et le confinement sont arrivés. Assez rapidement, nous nous languissions l’une pour l’autre, mais surtout, nous nous languissions d’être dans un élan créatif ensemble, en « construction » de quelque chose de tangible et de positif pendant cette période quand même difficile. C’est à ce moment-là que Caz a repointé son nez et que nous l’avons sorti du tiroir. Ce roman que nous avons écrit n’a rien de covidien, mais nous constatons que son côté enjoué, ensoleillé même, témoigne du grand besoin d’interactions humaines que nous ressentions au moment de son écriture. Notre cher Caz ne se retrouve pas dans À l’eau finalement. Les personnages principaux sont de jeunes filles, même si on y retrouve des personnages masculins importants, et nous avons campé le décor à Magog, sur les rives du lac, un lieu que nous connaissons bien et que nous affectionnons toutes les deux.  

Q  Écrire à quatre mains est un exercice particulier, non? 

R  L’expérience de l’écriture à quatre mains est d’une incroyable richesse en matière de partage des idées, de la mise en commun de connaissances, des débats et des discussions enrichissantes, et sur le plan de la stimulation à pousser nos limites artistiques. Notre collaboration pour l’écriture de Sueurs froides est née spontanément lors de notre séjour ensemble à Kuujjuaq et a été largement motivée par l’ivresse de la découverte. Pour À l’eau, compte tenu du contexte de la pandémie, nous avons campé l’histoire dans un terrain connu, et avons plutôt poussé nos recherches pour en connaître plus sur les sujets au cœur de sa trame : le triathlon, la réalité des athlètes paralympiques, la culture aztèque et le trafic d’art. Tout comme pour Sueurs froides, les nombreuses réécritures d’À l’eau font en sorte que nos styles d’écriture se fondent l’un dans l’autre, et il nous est impossible de nous souvenir de qui a écrit quoi. Mais c’est clair que, lorsque l’une d’entre nous part avec une idée et que l’autre prend ensuite la balle au bond, nous avons hâte de voir ce que le mélange de nous deux donnera! C’est un exercice d’exploration littéraire fondé sur une grande confiance en l’une et en l’autre.  

Anne Brigitte Renaud

Q  Quel est le plus grand défi à relever lorsqu’on écrit pour la jeunesse? Est-ce qu’on envisage différemment la façon de raconter ou de penser les personnages?

Écrire pour les jeunes est un réel plaisir, ne serait-ce que pour leurs témoignages lorsqu’on visite les écoles. Il n’y a rien de plus doux que d’entendre des élèves de 5e année nous dire qu’ils ou elles ont tellement aimé le livre… jusqu’à la fin! 

La notion du destinataire se pose davantage dans la littérature jeunesse. Nous déterminons l’âge du lecteur et de la lectrice avec qui nous avons envie de partager une aventure, que ce soit pour nos propres livres ou ceux que nous publions. Nous savons aussi que nous ne voulons pas faire la morale. Ce que nous cherchons, c’est d’offrir un beau moment, des images, des situations de vie et des émotions riches et variées. La lecture passe d’abord par le bonheur de lire! Les romans publiés chez nous contiennent souvent un glossaire de mots étrangers et une carte géographique. C’est dire à quel point nous aimons faire voyager nos jeunes lecteurs et lectrices, et susciter leur curiosité et leur ouverture naturelles pour l’autre. 

Q  Vous nous aviez amenés à la rencontre du Grand Nord dans votre premier roman écrit ensemble. Celui-ci nous plonge dans les eaux du Memphrémagog… tout en nous faisant voyager dans la culture aztèque. Cette porte ouverte sur d’autres horizons est importante pour vous?

Très importante. À tel point que nous en avons fait le cœur de la mission de notre maison d’édition. En campant À l’eau dans un Magog estival, nous pouvions mettre en scène le TriMemphré [triathlon annuel international] et une intrigue qui tourne autour d’athlètes mexicains et québéco-mexicains et qui touche à l’art et à la culture aztèque. Toutes les deux, nous sommes de grandes voyageuses, mais la société québécoise, même en région, est maintenant tellement diversifiée que nous pouvons apprendre une foule de choses sur d’autres cultures en connaissant nos voisins. Dans le roman, Charlie passera deux semaines avec sa demi-sœur dans un vieux chalet délabré sur le bord du Memphrémagog, alors que la maison voisine est plus opulente et appartient à une famille québéco-mexicaine, brisant ainsi un stéréotype, ce qui est important pour nous aussi. 

Q  Vous faites un clin d’œil à Jacques Boisvert, qui a « traqué » le légendaire Memphré, monstre du lac, pendant des années. Vous l’avez bien connu?

R Monsieur Boisvert et son épouse Marthe habitaient à quelques maisons de chez Anne Brigitte. Le père du monstre Memphré était un grand monsieur dans tous les sens du terme : curieux, engagé, gentil… et un plongeur intrépide qui n’avait pas peur de se jeter À l’eau!