Samuel Gaudreau-Lalande, directeur-conservateur au Musée Colby-Curtis, invite les amateurs de ponts couverts à visiter l’exposition Traverser les rivières jusqu’au 21 décembre prochain. M. Gaudreau-Lalande est un des deux commissaires de l’exposition, la seconde étant Julie-Ann Latulippe.

À la découverte des ponts couverts

Les ponts couverts figurent certainement parmi les infrastructures les plus intéressantes, sur le plan patrimonial, qui ont été léguées à la région par les générations passées. Permettre la découverte de ces ouvrages à travers la lentille de photographes qui ont croqué l’Estrie sous différents angles, à une autre époque, apparaît donc d’emblée comme une idée prometteuse.

Dans le cadre de l’événement Objectif Photo Cantons-de-l’Est, le Musée Colby-Curtis présente donc une exposition de photographies intitulée Traverser les rivières. Plusieurs photos et cartes postales datant d’une autre époque ont été rassemblées pour l’occasion.

« Notre exposition n’en est pas une de nature technique. L’approche est plutôt esthétique. On s’intéresse plus précisément au regard que posaient les photographes sur les ponts de la région dans le passé », confie Samuel Gaudreau-Lalande, directeur-conservateur au Musée Colby-Curtis, qui explique que ces infrastructures « faisaient résolument partie du patrimoine paysager local », et ce, dès le XIXe siècle. D’où le choix de les mettre ici à l’avant-plan.

« On en retrouve beaucoup sur les cartes postales vendues dans la région au début du siècle dernier. Ces cartes représentaient souvent des éléments qui étaient source de fierté localement. Elles montrent comment les communautés se percevaient sur le plan de l’image », souligne M. Gaudreau-Lalande.

Les œuvres qui tapissent les murs de l’exposition Traverser les rivières proviennent de deux sources : la collection de l’historien Matthew Farfan, un ancien membre de la Société québécoise des ponts couverts, et celle du Musée Colby-Curtis.

Parmi tous les photographes qui ont laissé des images de ponts de la région, l’un des plus actifs aura été John Joel Parker. « Il a fait de la photo de façon intensive durant une cinquantaine d’années au début du XXe siècle. Son travail nous a procuré de belles œuvres. »

Le Line Bridge de Stanstead, tel qu’il apparaissait sur une carte postale datant de plusieurs décennies.

Le Line Bridge

Pourquoi recouvrait-on les ponts d’une toiture il y a 100 ou 150 ans? « C’était technique : on mettait un toit simplement pour éviter que le bois se détériore trop rapidement », note Samuel Gaudreau-Lalande.

Le Line Bridge a longtemps été l’un des ponts couverts les plus représentés dans la région. Il a été démoli au début du XXe siècle, mais a pendant des années constitué un « lien de communication » et d’échanges de premier plan entre la communauté de Stanstead et celle située tout juste au sud de la frontière.

« C’était un point de passage assez organique entre le Canada et les États-Unis. On l’a fait exploser pour le remplacer par un ouvrage plus moderne en 1913 parce que le commerce était en transformation et qu’il fallait que les camions puissent passer sans danger à cet endroit », raconte Samuel Gaudreau-Lalande.

Des images montrant des infrastructures routières de Sherbrooke et d’East Angus ont également été intégrées à l’exposition. Parmi tous les ponts couverts qui y sont répertoriés, le seul à avoir résisté au temps est le Narrow, lequel enjambe une partie étroite la baie Fitch du lac Memphrémagog.

« On a six cartes postales qui le montrent. Elles offrent toutes un point de vue similaire. C’était souvent comme ça. Les photographes prenaient le même angle pour photographier une structure. »

Peu ont résisté

On peut s’étonner parfois en constatant que relativement peu de ponts couverts ont été préservés dans la région. Mais le développement des moyens de transport modernes leur a laissé peu de chance.

« On voulait avoir des ponts plus larges pour faciliter la circulation des différents genres de véhicules. Dans bien des cas, on ne pouvait tout simplement pas les garder. Une partie importante de ceux qui existaient ici ont disparu entre 1910 et 1950 environ. »