L’Orchestre symphonique de Sherbrooke a rendu un émouvant hommage à son chef depuis 20 ans, Stéphane Laforest, avant le dernier concert de la saison samedi soir.

20 ans à l’OSS pour Stéphane Laforest

Le chef d’orchestre Stéphane Laforest a conclu sa 20e saison avec l’Orchestre symphonique de Sherbrooke en grand. Pour l’occasion, le maestro a reçu un vibrant hommage mettant en vedette plusieurs personnalités connues dans le monde de la musique classique, des boutons de manchette de la part du maire et… un chandail à l’effigie de Guy Lafleur de la part d’un commanditaire.

« Ils m’ont eu ! Je ne me suis douté de rien. Je bougonnais un peu, je me disais “mausus, j’aurais aimé qu’ils me soulignent quelque chose, c’était le dernier concert de l’année !” Habituellement dans les orchestres, il y a les périodes de 10, 15, 20 et 25 ans qu’on souligne, car c’est difficile de durer dans ce milieu. De rester à la barre du même orchestre durant plus de 20 ans, c’est un exploit. Nous sommes passés par toutes sortes de situations, elle a beaucoup progressé en 20 ans. L’OSS était considérée comme un orchestre d’amateurs il y a 20 ans », rappelle celui qui a joué au hockey jusqu’à l’âge de 17 ans et qui a comme idole Guy Lafleur.

« J’ai vu mes enfants arriver dans la salle avec les nièces, les neveux, ma sœur, poursuit-il. Je me suis dit “voyons donc, que font-ils ici ?” Ils viennent voir des concerts, mais pas tout le monde ensemble ! Je me suis donc douté de quelque chose. Vers 18 h 30, le DG est venu m’aviser qu’ils avaient préparé quelque chose et que ça se passerait en début de concert. »

L’hommage a « shaké » Stéphane Laforest, selon ses propres dires. « Je savais que je vivrais quelque chose. Ils voulaient que je m’assoie dans la foule, c’est ce que j’ai fait. Tous les gens influents qui ont parlé m’ont touché. Tu repenses à beaucoup de choses, les 20 années ont passé vite. Après, je parle pour remercier les gens, mais je n’avais rien préparé. J’ai essayé de ne pas dire trop de niaiseries ! Les cinq premières minutes du concerto de trompettes, j’avais de la misère à me concentrer. Je me suis dit après que c’était assez, que c’était le temps de travailler. J’ai eu le temps de dégonfler durant la pause », raconte-t-il.

Cependant, il avoue avoir été heureux de ce spécial. « Je suis quelqu’un qui donne beaucoup. Quand je fais quelque chose, je le fais entièrement, du mieux que je peux, de manière la plus honnête possible. L’intégrité est quelque chose d’extrêmement important pour moi, autant vis-à-vis les compositeurs qu’envers les musiciens et les patrons. Ils ont reconnu ce que je fais depuis 20 ans et ça me fait plaisir. »

Le président du conseil d’administration de l’OSS, Vincent Cloutier, considère que maestro Laforest est un homme avec beaucoup de charisme. « Il sait rendre accessible la musique classique. Pour un paquet de raisons, on pense que cette musique s’adresse à un public plus connaisseur. Maestro Laforest vient démystifier et vulgariser cette musique symphonique. D’autre part, c’est quelqu’un de très exigent envers lui-même et envers ses musiciens. Il a été en mesure de faire grandir l’OSS dans les 20 dernières années », considère-t-il.

Entre autres attention, Stéphane Laforest a reçu des mains du mécène Roger Dubois, du Groupe Canimex, un chandail et un bâton de hockey autographiés par le célèbre Guy Lafleur, sous les yeux de Dany Boilard, de BMO Groupe Financier.

5e symphonie de Mahler

Maestro Laforest ne se rappelle pas avoir eu une si grande satisfaction musicale que lors du spectacle de samedi soir. « On avait une grosse symphonie à jouer, probablement la pièce la plus difficile de toute l’histoire de l’OSS. La 5e Symphonie de Mahler qui est extrêmement difficile. (…)  Ils l’ont tellement bien joué ! J’en étais renversé. Je savais que ça ne serait pas facile : c’était ambitieux de mettre ça au programme. Les musiciens sont arrivés préparés. Ils ont pratiqué à la maison avant d’arriver. Tout le monde était très réceptif pour que ça fonctionne. De faire une pièce comme ça à la générale le matin et de la refaire le soir au concert, c’est très demandant physiquement et mentalement », dit le pilote de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke. 

« J’ai senti l’orchestre comme une Ferrari au départ d’un Grand Prix, décrit-il. Je voyais que tout le monde était pompé à bloc. C’est une soirée que je n’oublierai jamais », avoue maestro Laforest, ajoutant que quatre choses sont importantes. Être honnête envers la musique, s’assurer que ses patrons soient fiers de lui, respecter ses musiciens et démocratiser le classique au public, puisqu’il est « la raison d’être d’un orchestre ».

Est-il prêt pour 20 autres années ? « Dans mon contrat, il me reste encore trois années. C’est l’orchestre qui va décider. J’ai toujours été dans deux ou trois orchestres lors des 25 dernières années. Je n’ai jamais quitté mes orchestres pour aller ailleurs. Mon professeur m’a dit que j’allais grandir avec mon orchestre et il avait raison », résume-t-il.