« Unplanned » met en scène Abby Johnson (Ashley Bratcher, à droite), une directrice de clinique d'avortement qui, à son plus grand désarroi, découvre les supposées souffrances du fœtus lors de l'opération.

« Unplanned » ne sera pas présenté en Estrie

Alors que le débat autour de la sortie en salle du film « Unplanned » au Canada fait réagir encore, on ne semble pas noter un intérêt particulier des cinéphiles d’ici pour voir, dans les cinémas de Sherbrooke, cette œuvre contestée.

« On adapte la programmation avec ce qu’on pense qui va convenir au public. Dans le cas de ce film, on n’est pas du tout là. Ce n’est pas dans les plans », affirme Alexandre Hurtubise, propriétaire de la Maison du cinéma. 

Du côté du Cinéplex Galaxy, le film n’est pas en salle pour le moment à Sherbrooke, malgré la décision de la compagnie d’aller de l’avant avec la projection.

« Je comprends les préoccupations à propos de ce film, mais c’est à chacun d’entre nous de décider si nous voulons aller le voir ou non. Au Canada, nous sommes chanceux d’avoir cette option et je pense que c’est un point important à retenir », écrit Ellis Jacob, président et chef de la direction de Cinéplex, dans un communiqué de presse publié sur les réseaux sociaux. 

Alexandre Hurtubise soutient pour sa part qu’il y a déjà eu des projections de films polarisants dans le passé à la Maison du cinéma. « Dans un monde idéal, on aimerait avoir les deux côtés de la médaille. »

Plusieurs affirment que le film comporte des informations mensongères quant au processus de l’avortement. 

« Un film polémique comme ça, c’est sûr qu’on ferait une vérification. On se pencherait sur la question. Il y a une nuance entre avoir un angle et être complètement faux. On ne veut pas induire les gens en erreur. C’est là que c’est important. À ce moment-là, on pourrait juger si ça ne vaut pas la peine d’être présenté. Personnellement, je ne l’ai pas vu, et on n’a pas la demande pour ce film », explique Alexandre Hurtubise, en précisant qu’il est plus ardu de détecter le mensonge lorsqu’il s’agit d’un film de fiction et non d’un documentaire, où une recherche rigoureuse est généralement faite.

Alexandre Hurtubise, propriétaire de la Maison du cinéma.

Inquiétudes 

Il va sans dire que plusieurs personnes au Québec s’inquiètent quant au contenu du film Unplanned. L’œuvre met en scène Abby Johnson, une directrice de clinique d’avortement qui, à son plus grand désarroi, découvre les supposées souffrances du fœtus lors de l’opération. 

« Ce qui est problématique avec ce film, c’est que c’est une propagande qui ne se présente pas comme telle. On apprend que le film est produit par la compagnie Soli Deo Gloria, ce qui veut dire “ à Dieu seul la gloire ”, une organisation religieuse qui prend les moyens du cinéma pour faire passer son message anti-choix. C’est ça qui est grave », déplore Isabelle Boisclair, professeure de littérature à l’Université de Sherbrooke s’intéressant aux théories féministes.

Isabelle Boisclair, professeure de littérature à l’Université de Sherbrooke, spécialiste en théories féministes.

« Les diffuseurs ont tous le droit de diffuser ce qu’ils veulent. On parle beaucoup de la censure, mais ici, on demande plutôt à quelqu’un de cesser la diffusion, c’est un appel à ne pas diffuser. Ce n’est pas de la même teneur. »

Par ailleurs, en raison de son côté dramatique, le film interpelle les émotions et non la raison des spectateurs, selon Mme Boisclair, qui précise ne pas avoir vu le film, mais qui s’est tout de même informée. 

Émilie Théroux, une intervenante du Collectif pour le libre choix, se questionne sur la façon dont on a illustré l’avortement dans le film. 

« On m’a décrit les scènes d’avortement et, à ce qu’on m’a dit, il y a du sang abondamment. On tient les femmes de force, elles crient de douleur. Dans la vraie vie, ça ne se passe pas ainsi. C’est une procédure chirurgicale très calme. Sinon, il y a la pilule abortive où il peut y avoir quelques douleurs ou crampes, mais c’est loin d’être une scène de torture. »