« Superviser l’oubli » de Sébastien Cliche : nuage de souvenirs

Plusieurs milliers de photos sont entreposées dans le fin fond d’un téléphone cellulaire ou d’un réseau social et certains les espionnent et les utilisent. Avec son installation numérique Superviser l’oubli, Sébastien Cliche s’est intéressé aux souvenirs oubliés qui sont redirigés dans le grand nuage de l’informatique.

À la galerie Sporobole, des photos gisent sur plusieurs îlots, des caméras braquées sur elles. En parallèle, dans une guérite située dans le stationnement à l’extérieur, de petits écrans rediffusent ces mêmes images. 

« J’ai réfléchi aux questions de mémoire personnelle, de souvenirs et de photos. Les outils d’enregistrement que nous avons sont une extension de notre cerveau, de ce dont on peut se souvenir. Dans les dernières années, il y a eu une transformation radicale avec la technologie, l’apparition des réseaux et tout ce qui est nuage informatique. J’ai commencé à penser à tous ces souvenirs que nous avons entreposés dans la technologie sans nous en rendre compte. Avec les téléphones, c’est systématique, tout s’enregistre », explique Sébastien Cliche. 

Avec nos souvenirs personnels qui se retrouvent maintenant sur les réseaux sociaux à la place d’albums de photos, Sébastien Cliche a amorcé une réflexion sur la façon dont nous avons perdu le contrôle sur une partie de notre mémoire.

Pour la réalisation de l’œuvre, l’artiste a fait l’achat de photos portant sur divers sujets : portraits de famille, bébés et autres.  

Si les souvenirs tombent dans l’oubli pour l’humain, d’autres les utilisent et surtout, les supervisent. Sébastien Cliche donne l’exemple de Facebook, qui propose des vidéos thématiques avec des images du passé. Il n’est plus nécessaire de fouiller dans sa mémoire pour des souvenirs, le réseau social le fait à la place de l’usager. 

« Le site a de nouveaux souvenirs pour toi. Comme si ce n’était plus personnel. Facebook a pris possession. Avant, on mettait nos photos dans des albums, maintenant on les met sur un serveur. Il y a des gens qui en profitent, qui ont accès à ces souvenirs. Il y a une perte de contrôle. » 

Sébastien Cliche ne tente toutefois pas de faire une critique, mais bien une transformation. « J’ai imaginé de quoi pourrait avoir l’air une salle de serveurs. C’est un centre de données très analogique, un peu brouillon et chaotique où nous avons accès à une partie de nos souvenirs. »

Superviser l’oubli sera présentée à la galerie Sporobole jusqu’au 15 septembre.

Parcours interactifs et sonores

D’autres œuvres numériques seront parsemées un peu partout à Sherbrooke dans le cadre de l’édition 2019 d’Espace [IM] Média. Ainsi, Myriam Bleau présente un parcours sonore baptisé Silent Fictions, qui se fait au centre-ville, au départ de la galerie Sporobole. En téléchargeant l’application sur un téléphone intelligent, selon la localisation, la direction et la vitesse de déplacement, les gens pourront contrôler la musique branchée à l’œuvre tout en suivant le parcours prédéterminé par l’artiste.

Parallèlement, SCAMP, une œuvre sonore interactive de Steve Heimbecker, invite le spectateur, avec l’aide d’une application pour téléphone intelligent, à faire le tour du lac des Nations. Sur les paroles de la chanson Scamp, les participants modifieront la mélodie selon leur rythme de marche, de course ou selon la vitesse d’un vélo. En d’autres mots, la chanson diffèrera selon la cadence de l’auditeur. 

Les deux œuvres interactives pourront être expérimentées jusqu’au 16 septembre.

Finalement, l’artiste new-yorkais Phillip David Stearns, inspiré par la musique et le numérique, propose l’œuvre sonore Here Be Dragons sur les attaques informatiques. À chaque tentative de piratage, l’œuvre, située au 37-45 rue Wellington Sud, transformera l’attaque informatique en son. Ainsi, les participants pourront entendre chaque intrusion malveillante. L’installation est en place jusqu’au 15 septembre.


+ Performances audiovisuelles au Granada

Ce samedi 27 juillet à 21 h aura lieu une soirée de performances audiovisuelles au Théâtre Granada. L’artiste Jean-Pierre Aubé présentera Du Mont-Mégantic aux exoplanètes, une œuvre entre le documentaire et le film d’art mettant en scène un parcours qui prend source au pied de la montagne pour cheminer jusqu’au télescope de l’observatoire du Mont-Mégantic, où le spectateur est transporté vers le ciel et les étoiles, le tout à travers trois saisons (voir texte page M6). 

Tasman Richardson proposera quant à lui deux œuvres de performances dont A Line Has Two Sides et Timelords. Selon le directeur de la galerie Sporobole, Éric Desmarais, Richardson a réalisé un collage rétro de plusieurs films des années 1970. 

Jesse Osborne-Lanthier, pour sa part, présente Sometimes, Falling through the OOO, une œuvre de performance à partir de synthétiseurs qui ne sont pas sur le marché. 

DJ Mini et ses invités concluront la soirée avec de la musique ayant un côté visuel et interactif. 


Vous voulez y aller?

Sous surveillance, performances audiovisuelles

Samedi 27 juillet, 21 h

Théâtre Granada

Entrée : 20 $