Jean-Michel Anctil, Brigitte Lafleur, Pier-Luc Funk, Marie-Chantal Perron et Guy Jodoin dans la scène finale des Voisins. Malgré un personnage plus grognon et taciturne, Guy Jodoin livre une prestation réussie dans la dernière tirade de son personnage.

« Les voisins » à Drummondville : Toujours la puissance du texte

Soyons francs : même si André Robitaille a eu de belles idées dans sa mise en scène et que la prestation de plusieurs acteurs est à se rouler par terre, c’est encore et toujours le texte des Voisins qui garantit le succès de la nouvelle mouture présentée tout l’été à la Maison des arts de Drummondville. Et force est de constater que plusieurs des tares débusquées il y a 40 ans par Claude Meunier et Louis Saïa, en matière de communication et d’échelle de valeurs, ne sont pas encore passées de mode.

Bref, il est toujours aussi jouissif d’entendre Bernard, Jeanine, Georges, Laurette, Junior et compagnie déballer leurs insignifiances et leurs énormités dans la plus totale innocence, de les surprendre à dire une chose et son contraire dans la même phrase et de constater leur manque flagrant d’écoute les uns envers les autres. On prend aussi conscience, avec cette production finement travaillée, de la multiplicité des ressorts humoristiques placés dans la pièce par le tandem d’auteurs, tellement que le metteur en scène a presque trop de choix et qu’il doit inévitablement en abandonner quelques-uns. Résultat : chaque version des Voisins finit par avoir sa couleur propre.

Celle d’André Robitaille se compose d’une certaine latitude donnée aux acteurs (avec une telle brochette, on donne du temps de glace aux joueurs), mais quand même pas trop. On perçoit plusieurs fois la bride pour laisser le texte faire son œuvre sans tomber dans la couche de trop. Ajoutez beaucoup de silences distillant délicieusement les malaises ainsi qu’une scénographie imaginative pour camper les différents lieux et vous avez un des spectacles les plus aboutis depuis que les Productions Monarque crèchent à la Maison des arts.

Je t’aime mais...

Faut-il s’étonner que ce soit l’humoriste de la gang qui sorte du lot? Avec son redoutable sens du timing, Jean-Michel Anctil livre un Georges désopilant. Les répliques à la « je t’aime mais j’ai pas rien que ça à faire » font mouche à tout coup. Pendant quelques secondes, on craint voir poindre un succédané de Râteau, une ressemblance dans la voix qui finit heureusement par se dissiper.

La plus belle surprise vient de Brigitte Lafleur, qui réussit à rendre drôle sa dépressive Laurette sans en gommer les côtés sombres. Son interprétation pourrait sembler excessive, mais non, la note est juste et produit l’effet escompté. Les conversations du couple dans la chambre à coucher et le salon de coiffure figurent dans les moments forts de la soirée.

Vient ensuite Pierre-Luc Funk, très habile lui aussi dans son incarnation du naïf et maladroit Junior, misant sur un jeu physique efficace. André Robitaille a judicieusement décelé que de simplement laisser l’acteur filiforme poser au-devant la scène, avec sa perruque frisée et sa chemise rayée rose et vert menthe, donnerait le fou rire. Quant à Marie-Chantal Perron, une interprétation très naturelle suffit pour susciter l’hilarité, grâce à son timbre de voix particulier.

Détresse et ridicule

Avec un Bernard plus grognon et plus taciturne, Guy Jodoin crée un personnage moins charismatique que ses coéquipiers. La dernière tirade du protagoniste, capitale, s’avère toutefois très réussie, dans la façon dont le comédien parvient à livrer aussi bien la détresse que le ridicule. C’est la signature théâtrale de Meunier, une fin acide, présente également dans Appelez-moi Stéphane et Les noces de tôle, qu’André Robitaille n’a heureusement pas éludée, malgré la tentation de légèreté estivale. Après autant de sucre, il faut rappeler que ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.

Même si on a gardé l’action de la pièce dans les années 1980 (les nostalgiques seront servis par le pot-pourri en ouverture) et que la famille traditionnelle s’est beaucoup transformée depuis, la plupart des thèmes des Voisins sont restés les mêmes, à commencer par la recherche du bonheur dans la consommation et l’absence de questionnements existentiels conséquente. Remplacer les centres commerciaux par Amazon n’a rien changé à ça.

Mais la pièce demeure l’instantané d’une société encore confortablement repliée sur elle-même. Avec les chocs créés par la mondialisation, l’immigration et les réseaux sociaux, transposer les Voisins en 2019 serait probablement beaucoup moins drôle...

Retour du Dîner de cons en 2020

Même si les Productions Monarque (anciennement les Projets de la Meute) ont monté et présenté Le dîner de cons en 2014, avec une tournée québécoise qui s’est prolongée jusqu’à la fin de 2015, André Robitaille est déjà prêt à revenir avec une nouvelle mouture de la comédie de Francis Veber dès l’été 2020 à Drummondville. C’est à Laurent Paquin (François Pignon) et René Simard (Juste Brochant) qu’il a confié la mission de prendre la relève du tandem auquel il avait lui-même donné vie en duo avec Marcel Leboeuf dans la précédente version.