Le journaliste aux affaires judiciaires de La Presse Daniel Renaud a fait paraître le livre La chute du dernier parrain sur la vie de Vito Rizzuto.

« La chute du dernier parrain » : Rizzuto le fédérateur

SHERBROOKE — Rarement un chef mafieux aura réussi à fédérer aussi efficacement le monde du crime organisé à Montréal, mainmise qui se fera sentir ailleurs dans la province. Vito Rizzuto, parrain de la mafia italienne du Canada, faisait figure de chef d’orchestre capable de battre la mesure pour les différents groupes du monde interlope, comme les motards criminels et les gangs de rue. Chacun selon ses forces et ses intérêts.

C’est ce que l’on peut constater avec moult détails, anecdotes et récits documentés dans le livre La chute du dernier parrain de Daniel Renaud.

« C’est une histoire vraie dans le monde criminel qui se lit comme un roman! » suggère l’auteur, journaliste aux affaires judiciaires de La Presse. « C’est un récit qui nous montre un Vito Rizzuto autrement, peut-être plus sur un angle humain, sans vouloir dire qu’il a été humain avec les gens qui l’entourent. »

La chute du dernier parrain nous amène dans la cellule du pénitencier à sécurité maximale de Florence au Colorado, où le mafioso a été détenu de l’été 2007 à octobre 2012. La justice des États-Unis le réclamait pour un meurtre survenu dans les années 1980.

La preuve qu’il avait la main haute sur les activités criminelles qui bouillonnait dans la métropole est qu’une fois incarcéré loin de ses proches, la bouilloire a débordé. À commencer par la mort de son fils Nicolo.

« Quand il est parti pour les États-Unis, plusieurs ont dit aux policiers qu’ils ne devraient pas faire ça. Une certaine paix régnait. Tout allait s’écrouler », note l’auteur.

« Rizzuto avait réussi à ce que chacun ait sa place, son trafic, sans empiéter sur le territoire et les affaires des autres. C’est le propre de ce milieu-là, que tout le monde puisse faire ses petites affaires criminelles sans attirer l’attention. C’est pas mal ce qui se passait au moment où il a été arrêté. »  

Un des points forts du livre, c’est que Daniel Renaud s’est adjoint Lorie McDougall, un ancien policier de la GRC ayant eu à se frotter à l’ancien parrain de la mafia montréalaise à plusieurs reprises. L’enquêteur a eu à suivre Rizzuto dans ses déplacements dans le Sud, ayant comme paravent son amour du golf.

La chute du dernier parrain relate la fin du règne de Vito Rizzuto, de l’enquête Colisée à sa mort à la suite d’un cancer en décembre 2013, ajoute M. Renaud.

Accalmie égale affaires

Cinq ans après le décès de Rizzuto, des questions demeurent. Est-ce que son héritage, peut-on se demander, continue de peser sur les activités des groupes criminels de Montréal?

« On constate que c’est demeuré relativement tranquille et il n’est plus là, analyse-t-il. Est-ce que ce monde-là est capable de continuer de travailler ensemble, de se parler pour garder une paix relative et pouvoir faire des affaires sans faire de vague? S’il y a une accalmie, c’est qu’ils font de la business. »

« Mais on peut penser que ça ne va pas durer. Maintenant, ce sont les motards qui ont le gros bout du bâton. Est-ce que certains groupes vont vouloir s’opposer à eux? Il y en a un qui va se tanner et ça va exploser. Ce n’est pas exclu. Y aura-t-il un autre parrain à Montréal un jour? Y aura-t-il encore une mafia italienne telle qu’on l’a toujours connue? »

Enfin, Daniel Renaud est d’avis que les Québécois devraient s’intéresser davantage aux activités du monde mafieux et des groupes criminels. Les gouvernements aussi, d’ailleurs. L’Estrie n’est pas épargnée par les effets du travail en sous-main des gangs organisés, dit-il.

« Les gens devraient être plus sensibles à ce qui se passe. On entend dire que ce n’est pas grave tant que ces gens-là se tuent entre eux. Mais quand il y a un meurtre, il y a une famille qui souffre », mentionne l’auteur.

« Le crime organisé coûte des milliards de dollars. Toute cette activité à des répercussions en santé et services sociaux. »

Daniel Renaud, VITO RIZZUTO : LA CHUTE DU DERNIER PARRAIN. SOCIOLOGIE, Éditions La Presse, 286 pages