Pour son projet baptisé Hektor, I’artiste Isabelle Gagné a imaginé un photomaton qui non seulement prendrait des clichés des gens qui y entrent, mais qui superpose ces images à des photos anciennes ou récentes du village de Saint-Camille et qui modifie textures et couleurs en direct, grâce à l’internet, pour créer une œuvre d’art originale.

« Hektor » d’Isabelle Gagné : photomaton communautaire... et créatif

Utiliser un algorithme afin de créer des œuvres totalement uniques, à partir de récentes photographies du territoire camillois ou de photos d’archives proposées par les citoyens, auxquelles on intègre des phrases du poète Gaston Gouin : voilà la définition du projet Hektor d’Isabelle Gagné.

Mis en place à l’occasion d’Espace [IM] Média (EIM) en collaboration avec le P’tit Bonheur de Saint-Camille, le projet Hektor a été imaginé par l’artiste afin de créer une œuvre 100 pour cent camilloise. Intégrer la communauté au projet était donc très important pour elle.

« La commande était de travailler une œuvre dans un environnement citoyen. Ce qui est particulier à Saint-Camille, c’est que c’est un village très actif, axé sur le communautaire. » 

Tout au long de l’exposition, en place jusqu’au 15 septembre, les visiteurs pourront admirer des projections dans la vitrine du P’tit Bonheur, des installations lumineuses sur des portes de garage ainsi que des installations photographiques sur le babillard du village.

Mais la pièce maîtresse de l’exposition, c’est un photomaton baptisé Hektor, ouvert à l’ensemble de la population.

œuvre automatisée

Le fonctionnement d’Hektor est relativement simple. Une caméra de surveillance et des tablettes numériques sont disposées à l’intérieur afin de capter les mouvements et prendre un cliché dès que les gens entrent. Mais la base de l’image se constituera plutôt d’un cliché du territoire camillois pris par Isabelle Gagné ou provenant d’archives. Ensuite, le photomaton ajoute des caractéristiques de style, telles la couleur ou les textures.

À partir du résultat obtenu, le dispositif compare les œuvres existantes à celles sur l’internet afin de trouver des ressemblances. Un collage est par la suite réalisé avec l’image d’origine. Pour terminer, un vers écrit par Gaston Gouin se superpose de manière totalement aléatoire. Le tout se fait en deux minutes.

Des vers du défunt poète Gaston Gouin, originaire de Saint-Camille, s’impriment sur la version finale du cliché.

« Quand on écrit le nom du poète sur l’internet, on ne trouve pas grand-chose. Grâce au projet, un jour, on va peut-être écrire son nom et tomber sur les œuvres réalisées lors de mon projet. » 

Un des plus grands défis de la réalisation d’Hektor a été le traitement par NST, acronyme de neural style transfer. C’est ce procédé qui permet aux applications de traitement d’image de donner à ses photos personnelles le style d’une peinture de Van Gogh ou de Monet, par exemple.

« Dans ce traitement, on reconnait toujours la photo de base. Le défi technique a été de détourner ce code pour l’utiliser avec des photographies afin de créer quelque chose d’intéressant. »

C’était la première fois que l’artiste originaire de Mirabel utilisait cette technique. « C’est vraiment tripant! Je crois que c’était une des premières fois que le traitement NST était utilisé en art de cette façon. C’était un super beau défi et ç’a été le plus gros du projet. »

Hectares

L’artiste qualifie Hektor comme le premier citoyen numérique de Saint-Camille, car il crée des œuvres totalement uniques. « Quand le code est créé, je suis détachée comme auteur et je le regarde. Je suis toujours surprise par Hektor, il m’émerveille, il m’étonne, il m’émeut. »

Les œuvres réalisées sont libres de droits. 

Le nom de l’installation a été bien réfléchi. « Je l’ai appelée Hektor parce que nous sommes dans les terres, donc je voulais faire un lien avec les hectares de terre. »

Isabelle Gagné a intégré le thème d’Espace [IM] Média, la surveillance, de manière assez subtile. « Les gens voient la surveillance dans le photomaton. Il surveille aussi la terrasse du P’tit Bonheur. La surveillance, je l’ai aussi faite quand je suis venue en résidence au mois de mai. J’ai pris 500 photos. Le village n’est pas énorme, donc j’ai pratiquement des photos de chaque bâtiment. J’ai fait un inventaire des lieux. » 

Les photos d’archives sont très importantes pour l’artiste numérique. « Je trouve que les archives donnent un espace-temps à Hektor. Il n’est pas juste né en 2019. Il a eu du vécu. » 

À Valcourt aussi

Valcourt accueille aussi une exposition dans le cadre de l’EIM. Alexandre Castonguay et Mariángela Aponte Núñez présentent le projet Agit P.OV. (Petit objet de vélo) au Centre culturel Yvonne L. Bombardier de Valcourt. Ce projet de microhacking pour vélos est créé à l’aide d’un circuit 12 DELS, un microcontrôleur et une pile fixe sur le rayon de la roue d’une bicyclette. Grâce à une programmation ainsi qu’à l’énergie produite par le cycliste, un message poético-politique illumine la roue.