Avec son exposition photographique, sonore et vidéographique nommée 308 lots, Mériol Lehmann veut briser les stéréotypes entretenus par le milieu urbain face à la réalité difficile des producteurs agricoles.

« 308 lots » de Mériol Lehmann : changer la perception urbaine de l’agriculture

Mériol Lehmann ne supporte pas de voir des images aseptisées et dénaturées de nos producteurs agricoles au travail, trop souvent utilisées dans les publicités pour plaire à l’idéal des consommateurs en milieu urbain. Avec son exposition 308 lots, il s’est donné comme mission de montrer la vraie réalité de la ferme, utilisant l’exemple des producteurs laitiers de la région de Compton.

Les fermes laitières de la région et les producteurs qui y travaillent sont au cœur de l’exposition photographique, sonore et vidéographique de Mériol Lehmann, artiste d’origine suisse mais vivant au Québec depuis plus de 30 ans. L’installation est présentée au parc des Lions de Compton jusqu’au 6 octobre prochain. Le créateur a passé plusieurs mois à observer des agriculteurs du coin pour capter des moments authentiques de la vie de tous les jours, de manière à présenter un regard neutre sur l’agriculture et à faire réfléchir la population. 

« En tant que citadins, nous avons une image biaisée de ce qu’est la ruralité. Cela vient en grande partie de l’image que nous fournissent l’industrie agroalimentaire et les offices de tourisme, explique d’emblée M. Lehmann. Cette image projetée conforte les citadins dans leurs préjugés et dans ce qu’ils veulent que soit l’agriculture. »

« Ça me pose problème, car cette image est très loin de la réalité, poursuit-il. Cette fausse représentation fait en sorte que, lorsque l’on vient faire du vélo à Compton et qu’on reçoit la poussière d’un tracteur de 200 forces qui est en train d’épandre du fumier, on chiale au lieu de comprendre la réalité de ces gens, qui sont pourtant en train de travailler pour nous nourrir », rapporte l’artiste qui est aussi fils d’agriculteur, ses parents exploitant la fromagerie Lehmann, à Hébertville, au Lac-Saint-Jean.

Les personnes qui visiteront l’exposition 308 lots verront d’abord des photographies grand format disposées d’un côté et de l’autre des sentiers du parc des Lions. Une projection vidéo démontrant les producteurs au travail est aussi présentée dans une cabane aménagée pour l’évènement. Des témoignages de producteurs sont aussi engravés sur des pancartes accompagnant les photos.

La présence de la technologie

Un autre mythe sur l’agriculture en milieu rural qui subsiste est cette impression que le numérique et la technologie y sont inexistants. Cette fausse idée est due à la méconnaissance des technologies agroalimentaires de précision qui produisent une quantité colossale de données et qui s’inscrivent dans un mouvement de fond associé à l’automatisation et l’industrialisation de l’agriculture. Ces technologies ont d’ailleurs une réelle incidence sur le patrimoine rural, assure l’artiste. 

« Avec les robots de traite, on est capable de mesurer le nombre précis de ruminements d’une vache dans une journée, de manière à suivre son état de santé de près, relate-t-il. Bien que la technologie ait fait son entrée sur la ferme, les producteurs doivent quand même s’adonner à des tâches ingrates. Même si leurs propriétés valent des millions de dollars, ils sont très peu rémunérés et travaillent de longues heures pour assurer la production. »

Par l’entremise de son exposition, M. Lehmann a aussi voulu démontrer à quel point la vie de rang a changé au cours des dernières décennies, à la suite de la concentration des fermes en grandes entités de production.

« Les rangs se vident. Au Québec, en 25 ans, on a perdu 55 pour cent des fermes laitières. On a donc moins de gens dans les rangs. Tout le tissu social et la solidarité entre agriculteurs sont beaucoup moins forts. En parallèle, la pression liée à la gestion d’une entreprise d’une valeur de plusieurs millions de dollars amène du stress et de la détresse psychologique. C’est quelque chose qu’on oublie facilement lorsqu’on est derrière le tracteur qui nous ralentit sur la route, conclut-il. Je veux remettre tout cela en perspective avec 308 lots. »