Sans appuyer ouvertement la manifestation prévue pour dimanche par le Carré bleu Lac-Mégantic, la mairesse Colette Roy Laroche affirme que celle-ci s'inscrit tout à fait dans les préoccupations de la Ville.

Voie de contournement : Lac-Mégantic garde espoir

Sans l'appuyer ouvertement, la Ville de Lac-Mégantic voit plutôt d'un bon oeil la manifestation organisée par le Carré bleu Lac-Mégantic, dimanche, pour réclamer une voie de contournement ferroviaire.
«Ça s'inscrit tout à fait dans nos préoccupations, a commenté à La Tribune la mairesse Colette Roy Laroche. S'il y a beaucoup de manifestants qui réclament cette voie de contournement, j'interprète ça comme un appui qui vient renforcer notre propre demande. Ça porte le message à nos gouvernements que ce n'est pas seulement une volonté du conseil municipal, mais bien une volonté de la population.»
Dès le 13 juillet dernier, une semaine jour pour jour après le déraillement d'un train de pétrole qui a embrasé le centre-ville et fait 47 victimes, le conseil municipal demandait déjà aux gouvernements d'imposer «à la MMA le déplacement de sa voie ferrée dans le quartier industriel de la ville de Lac-Mégantic, à proximité de la voie de contournement».
Cinq mois plus tard, le 2 décembre, le conseil municipal en faisait une priorité, demandant alors aux deux gouvernements de «financer les travaux pour la réalisation d'une voie de contournement ainsi que des voies d'accès au parc industriel de Lac-Mégantic, et ce au nord du territoire de la Ville».
En mars, en pleine campagne électorale québécoise, Mme Roy Laroche insistait, interpellant le fédéral et le provincial pour qu'ils s'entendent sur la façon de procéder et le partage des coûts d'une étude de faisabilité «rigoureuse».
Or, presque 10 mois après la tragédie, on n'est guère plus avancé sur le dossier d'une voie de contournement pour sortir les trains du centre-ville en reconstruction.
«J'ai des intentions, dit la mairesse, mais pas d'engagement officiel. Avec le changement de gouvernement, tout est en attente, des deux paliers de gouvernement. Car j'imagine que le fédéral et le provincial annonceront cette étude soit à quelques jours d'intervalle, soit ensemble, mais il n'y a pas de décision de prise à ma connaissance.»
Sur les rails
Pendant qu'on patiente, en décembre, les trains ont recommencé à rouler au centre-ville pour desservir le parc industriel. Le futur acquéreur de la Montreal, Maine & Atlantic, Fortress Investment Group, négocie pour pouvoir éventuellement faire transiter des produits dangereux dans Lac-Mégantic. Et la Ville bataille pour rassurer une population ébranlée et pour maintenir un service ferroviaire vital pour l'économie locale et régionale.
«À la Ville, le seul pouvoir qu'on a c'est l'entente qu'on est en train de négocier avec Fortress. On espère qu'ils respecteront les mêmes conditions (que la Ville avait obtenues de la MMA lors de la reprise du transport ferroviaire à Lac-Mégantic en décembre)», avance la mairesse.
«Notre autre pouvoir, c'est de revendiquer auprès de Transports Canada l'application des normes de sécurité, d'être vigilant et de constamment demander des comptes et poser des questions.»
Cette dernière stratégie a tout de même donné des résultats, mercredi, quand la ministre fédérale des Transports Lisa Raitt a annoncé le retrait des wagons DOT-111 d'ici trois ans, s'ils servent à acheminer du pétrole ou de l'éthanol.
La veille, en rencontre privée avec Mme Raitt, Colette Roy Laroche avait aussi abordé le dossier de la voie de contournement ferroviaire sans grand succès par contre. Oui pour la sécurité, l'inspection et l'entretien des rails, cela relève de Transports Canada, mais la réalisation d'une voie ferrée relève plutôt des Infrastructures, aurait expliqué la ministre Raitt.
Chez les députés
Enfin, tant au bureau du député fédéral de Mégantic-L'Érable Christian Paradis qu'à celui du député provincial de Mégantic Ghislain Bolduc, on avait peu à offrir en réponse aux questions de La Tribune.
«Depuis l'avènement de cette terrible tragédie, notre gouvernement a été présent», a écrit M. Paradis, rappelant les sommes de 60 millions et de 95 millions annoncées pour le soutien de première ligne, la relance économique et la décontamination. «Nous continuerons de travailler de concert avec la Ville de Lac-Mégantic et le Gouvernement du Québec pour la reconstruction de Lac-Mégantic», a-t-il ajouté sans vouloir aborder le dossier spécifique de la voie de contournement.
Chez M. Bolduc, nommé mercredi adjoint parlementaire aux Transports en ce qui concerne les matières dangereuses et adjoint parlementaire aux Affaires municipales pour le dossier de la reconstruction de Lac-Mégantic, son attachée politique a fait comprendre qu'il avait été sensibilisé à l'importance de la voie de contournement pour la population, mais qu'il devait d'abord s'installer dans ses nouvelles fonctions et qu'il entendait faire cheminer la demande comme l'ensemble des dossiers du comté.
Casseroles et pancartes
Un mois après la marche silencieuse par laquelle il réclamait plus de transparence des élus, le Carré bleu Lac-Mégantic organise un grand tintamarre, dimanche, pour demander au gouvernement une voie de contournement ferroviaire «par respect pour la population». Son fondateur et porte-parole Jonathan Santerre espère y réunir une centaine de personnes. Le départ est prévu à 13 h, dans le stationnement de la Caisse populaire de Fatima sur la rue Salaberry. Les casseroles sont requises.
Notons enfin que la pétition mise en ligne par le Carré bleu le 6 avril (sur le site gofossilefree.org) pour une voie de contournement ferroviaire avait récolté 112 signatures au décompte d'hier.
Plus d'informations dans La Tribune de samedi.