Chargé de projet au Conseil régional de l'environnement de l'Estrie, Antoni Daigle note que la consigne a été un gain important d'un point de vue environnemental, mais qu'il demeure aberrant que la consigne s'applique au contenu et non au contenant.

Vers un élargissement de la consigne?

Après plus de 30 ans de débat, on apprenait en juin dernier que la consigne doublera au Québec pour passer de 5 ¢ à 10 ¢. Ce changement au système de consigne publique qui devrait s'appliquer avant la fin de l'année 2012 est issu d'une véritable guerre de tranchées entre diverses organisations gouvernementales, privées et de la société civile ayant des intérêts divergents dans ce dossier.
Le système de consigne, comme nous le connaissons aujourd'hui, est apparu en 1984 au Québec. Oubliez le bac noir, brun ou même vert. À cette époque, il n'y avait aucune collecte sélective. Selon Antoni Daigle, chargé de projet au Conseil régional de l'environnement (CREE), la création du mécanisme de consigne représentait un gain important pour le Québec en matière environnementale. «Le système de consigne a permis de responsabiliser pour la première fois les producteurs», précise-t-il.
L'augmentation de la consigne est un premier pas vers l'élargissement du système de récupération. «Ce qui est aberrant en ce moment avec ce système, c'est qu'on octroie une consigne pour le contenu et non le contenant», ajoute M. Daigle. Effectivement, la politique de consigne actuelle accorde une consigne pour les boissons gazeuses sucrées, mais rien pour d'autres boissons telles que l'eau et les jus de fruit, même si les contenants sont identiques.
Les acteurs ne s'entendent pas tous sur la question. Pour sa part, l'association des embouteilleurs de boissons gazeuses du Québec dénonce vertement toute bonification du système de consigne publique. Pour ce regroupement, ce n'est pas aux producteurs de payer pour les échecs de la collecte sélective gérée par les municipalités.
Lorsqu'on compare les deux systèmes, le taux de récupération est effectivement beaucoup plus élevé pour le mécanisme de consigne (72 %) que pour la collecte sélective (46 %).
Selon l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), il n'existe aucun problème lié à la cohabitation de ces deux systèmes de récupération. André Bélisle, président de l'organisme, estime qu'il est nécessaire de tout mettre en oeuvre afin de soutenir les différentes initiatives qui permettent d'accentuer le taux de récupération au Québec.
D'autres acteurs influencent également le débat dont la Société des alcools du Québec (SAQ). Un élargissement de la politique de consigne provinciale, qui obligerait l'inclusion des bouteilles de vins, augmenterait substantiellement les coûts de gestion pour la société d'État.
«Seul le Québec et le Manitoba refusent toujours d'inclure les bouteilles de vins dans leur système de consigne», rappelle le chargé de projet du CREE.
Avis partagés dans les centres de tri
Du côté des centres de tri, les opinions sont partagées. Dans le cas des centres de tri privés tels que Gaudreau Environnement, situé à Victoriaville, ils sont défavorables à l'élargissement du texte législatif sur la consigne, puisque les matériaux comme l'aluminium, qui se vendent à près de 1 000 $ la tonne, représentent un profit non-négligeable. Pour les centres de tri publics, leur position est davantage mitigée puisqu'ils recherchent davantage la rentabilité que le profit. Ainsi, la collecte de ces matières est moins intéressante.
Dans les dernières semaines, le CREE accueillait dans ses bureaux, des représentants des deux parties afin de débattre sur la question de la consigne et de son élargissement. Le conseil d'administration du CREE a officiellement adhéré au mouvement pro-consigne.
«Depuis sa création, le système de consigne a largement prouvé son efficience. Tant qu'il n'y aura pas d'autres mécanismes en place afin de maximiser la récupération des matières résiduelles, nous croyons qu'il est nécessaire d'appuyer le système de consigne», explique Jacinthe Caron, directrice générale du CREE.
Toutefois, l'organisme environnemental n'a pas encore pris position sur la notion d'élargissement de la politique de consigne. On peut cependant penser que l'organisme environnemental estrien, qui croit en l'efficience et l'utilité de la consigne, mais qui reconnait certaines failles au système actuel, ne votera pas pour le statu quo.