Vente de la locomotive: «On ne veut pas revoir ça» à Lac-Mégantic

La possibilité que soit vendue aux enchères la locomotive du convoi qui a causé la tragédie de Lac-Mégantic ne fait ni chaud ni froid à bien des intervenants, qui souhaitent néanmoins qu'un tel vestige de la nuit du 6 juillet continue à rester loin de la ville.
<p>Raymond Lafontaine</p>
« Ce ne sont pas des choses qu'on contrôle, la vie continue », laisse tomber Raymond Lafontaine, qui a perdu trois membres de sa famille dans la catastrophe ferroviaire.
« Mais il ne faut pas que ça revienne ici, poursuit-il. On l'a vu en direct, on ne veut pas le revoir. »
L'avocat méganticois Jean-Guy Boutin partage lui aussi ce point de vue. Selon lui, ce serait un manque de respect aux proches des victimes que de démontrer un intérêt pour rapatrier cette locomotive.
« On ne veut pas revoir ça ici, c'est mieux de garder ça loin, croit-il. Les gens qui ont perdu des enfants ont encore peur de revoir des convois de pétrole, on ne va pas leur remettre cette locomotive-là dans le visage! »
La Ville pas intéressée
Bien que la Sûreté du Québec ait demandé de suspendre la mise aux enchères de la locomotive pendant le processus judiciaire, la crainte de revoir un jour à Lac-Mégantic un élément du convoi meurtrier est palpable dans la population. La Ville tient toutefois à rassurer ses citoyens : il n'est pas question qu'elle se manifeste comme acheteur potentiel.
« Le conseil municipal n'est pas intéressé à avoir ça », tranche le porte-parole de la Ville Louis Longchamps, qui ne tient pas non plus à conserver le wagon DOT-111 toujours à l'abandon dans le quartier industriel.
« C'était déjà assez difficile de voir « MMA » sur les locomotives quand elles ont commencé à rouler, il y a des gens qui en sont traumatisés », indique-t-il.
Même Vision Mégantic, un groupe de citoyens engagés qui avait émis l'idée d'un centre d'interprétation ferroviaire dans le futur centre-ville, refuse de porter attention à la vente de cette locomotive historique.
« Ce serait prématuré d'en parler, juge Béland Audet, l'un des membres fondateurs du groupe. Ça a pris dix ans pour qu'ouvre un musée sur les événements du 11 septembre, on est loin d'être rendu là. »
L'entrepreneur ne cache pas toujours souhaiter que voit le jour un centre d'interprétation de l'histoire ferroviaire, qui comporterait un volet sur la tragédie, mais il réitère qu'un tel projet ne doit pas faire du sensationnalisme sur le dos des proches des victimes.
« Beaucoup de gens veulent savoir, mais ça doit se faire dans le respect; personne ne veut voir des morts. L'idée serait plutôt d'expliquer les tragédies ferroviaires afin de chercher à les éviter, et celle de Lac-Mégantic serait un exemple. Mais il ne faut surtout pas aller à l'encontre de la volonté de la population », insiste-t-il.