Vandaliser des oeuvres... pour l'art et la cause

En art actuel, il est nécessaire de transmettre une émotion, explique Guy Tremblay, l'un des neuf finissants en art actuel de l'UdeS. D'abord insatisfait de son projet, il a demandé à l'artiste Marc Séguin de le vandaliser. Et le tout, pour une bonne cause.
La cohorte de l'Université de Sherbrooke au diplôme de deuxième cycle en art actuel présente cette semaine, à la Galerie d'art du Centre culturel, sa série Art 9, la toute première de son histoire. Si l'exposition des neuf finissants se distingue à sa façon, celle de Guy Tremblay attire l'attention : ses portraits, de magnifiques photos aux modèles flous, ont été intentionnellement «vandalisés». 
Et pas par n'importe quel voyou, mais par l'artiste de renommée Marc Seguin, dont la récente exposition La foi du collectionneur, a retenu l'attention sur la scène nationale et internationale. Un processus artistique peu commun, avoue Guy Tremblay : «C'est fréquent de voir des artistes peindre par-dessus leurs propres photos. Mais là, c'est différent, puisque j'abandonnais mon travail aux mains de quelqu'un d'autre, qui avait à peu près carte blanche pour le modifier, lui donner un deuxième sens.»
Des regrets? Aucun, insiste le photographe : «Je suis très heureux du résultat, mais aussi du processus qui a mené jusque-là. L'idée de saccager ne faisait pas partie du plan original. Après avoir pris mes photos, j'étais insatisfait de la direction que prenait le projet. Je sentais qu'il manquait quelque chose. Je n'étais pas enthousiasmé par mon travail et en ce sens, il s'agissait d'un échec. Mais lorsqu'il y a un aveu d'échec, lorsqu'on empêche volontairement les gens de le voir, celui-ci devient partie intégrante d'une nouvelle démarche, vers un projet cette fois réussi.»
À titre d'exemple, l'une des photos présente un homme devant un babillard épinglé de tracts communautaires, sur lequel Séguin a choisi de greffer une publicité de Costco. C'est ainsi que le travail bicéphale permet d'ajouter une seconde couche aux oeuvres, parfois artistique, parfois engagée.
Saccager pour la bonne cause
Ajouter la griffe de Marc Séguin au-dessous de son oeuvre, ça lui ajoute nécessairement une valeur marchande. Or, dans le respect de sa démarche artistique, Tremblay a choisi de remettre l'entièreté des fonds amassés à deux organismes, soit le Tremplin et la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue. «Ça fait non seulement de notre travail de l'art engagé, mais aussi de l'art participatif. Ça permet d'agir et d'aider concrètement l'art. Pour Marc et pour moi, c'était très important que ce soit le cas, dès qu'il a accepté de participer.»