Une peinture qui sera d'une exposition à la Société d'histoire de Sherbrooke sur l'internement de réfugiés juifs durant la Deuxième Guerre mondiale a été dévoilée en présence de Reegan Soosai, missionnaire Clarétain, Isaac Romano, du Centre communautaire juif de l'Estrie, l'artiste Gonzalo Vilches-Cabrera, Lawrence Lefcort, traducteur, Carole Martignacco, de l'Église unitarienne universaliste et Mohamed Kounna, leader de la communauté musulmane de l'Estrie.

Une exposition pour faire revivre le camp Newington

L'histoire du camp d'internement Newington de Sherbrooke, qui a notamment accueilli des réfugiés juifs d'Europe durant la Deuxième Guerre mondiale et que les autorités fédérales canadiennes avaient privé de leurs droits, de 1940 à 1943, devrait revivre par une exposition et des conférences au cours du mois de mars à la Société d'histoire de Sherbrooke.
Et c'est dans le but de recueillir les 20 000 $ de financement qui restent à réunir pour organiser cet événement que le directeur du Centre communautaire juif de l'Estrie, Isaac Romano, a décidé d'entreprendre un « jeûne spirituel » et a regroupé lundi avec lui, en conférence de presse devant l'hôtel de ville de Sherbrooke, des leaders d'autres groupes, pour démontrer « une solidarité commune contre l'intolérance et toute forme de ségrégation et de racisme ».
Pour M. Romano, il est essentiel de lever le voile sur des événements datant de quelque 70 ans et que les gens d'ici en prennent conscience et se souviennent. « La communauté doit reconnaître son passé antisémitique, afin d'en guérir et d'éviter de répéter cette injustice », a-t-il exprimé, signalant que cette intolérance a conduit à l'exode des Juifs de Sherbrooke et de l'Estrie.
Selon lui également, la Ville de Sherbrooke a le devoir de s'investir dans le projet d'exposition et de « rappel de son passé », tout comme les autorités provinciale et fédérale. Pour sa part, le leader de la communauté musulmane de l'Estrie, Mohamed Kounna, a indiqué que le projet de sensibilisation de la communauté juive rejoint les objectifs de son groupe, afin de dénoncer l'intolérance. « Il est évident qu'on sent toujours de plus en plus de l'islamophobie. Mais ce n'est pas l'héritage qu'on veut léguer à nos enfants, peu importe leur communauté d'appartenance, leur race ou leur religion. Nous ne voulons pas que nos enfants vivent de la discrimination. Nous devons vivre dans l'harmonie et l'acceptation des autres, peu importe les différences », a-t-il dit.
Les responsables ont profité de l'occasion pour dévoiler une grande peinture illustrant la thématique de l'exposition et justement pour rappeler l'objectif poursuivi par le rôle de mémoire d'un passé pas toujours glorieux. Elle est l'oeuvre de Gonzalo Vilches-Cabrera et de Laurence Thériault.
Dans le cadre des activités de mars, il est prévu le 9 et 10 mars la présence et le témoignage de trois anciens internés juifs, aujourd'hui âgés dans les 90 ans. L'exposition elle-même proviendra de Vancour, d'où les frais globaux de 30 000 $ requis pour l'ensemble des activités.
Du côté de la Société d'histoire de Sherbrooke, son directeur général, Michel Harnois, a rappelé qu'il faut absolument recueillir ce montant, sinon l'événement ne pourra avoir lieu. « On est actuellement à environ 10 000 $, mais la date limite pour assurer le montage financier a été fixée au 14 février. Le projet semble difficile à accrocher, car plusieurs démarches ont été faites depuis un an, mais avec un succès relatif jusqu'à maintenant », a résumé M. Harnois, dont l'organisme n'endosse toutefois aucun propos à base d'antisémitisme ou de racisme en lien avec l'événement historique.