Le professeur Xavier Roucou.

Une découverte prometteuse

Lorsque le professeur Xavier Roucou et son équipe ont découvert l'existence des protéines alternatives, ils ont littéralement ouvert une boîte de Pandore, qui forcera les scientifiques à revoir certains paradigmes. Cette avancée pourrait contribuer à mieux comprendre certaines maladies neurodégénératives, telles que l'Alzheimer. Elle a récemment été sélectionnée par Québec Science comme l'une des dix découvertes de l'année 2013 au Québec.
Le laboratoire dirigé par le professeur Roucou, de la faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) de l'Université de Sherbrooke, s'intéresse aux maladies neurodégénératives, qui regroupent notamment Creutzfeldt-Jakob, aussi connue sous le nom de maladie de la vache folle.
Pourquoi s'intéresser à celles-ci en particulier? « On prévoit que ces maladies vont devenir la principale cause de décès, avant le cancer, en 2050 », explique le professeur, également chercheur du Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du CHUS.
Les protéines servent au fonctionnement cellulaire; c'est souvent le mauvais fonctionnement des protéines qui est impliqué dans les maladies.
 On pourrait compter quelque 80 000 protéines alternatives, qui étaient passées jusqu'ici sous le radar.
« Quand on y pense, depuis que le génome humain a été séquencé, on aurait pu faire cette découverte. L'information était là... » Or, l'information est tellement vaste dans ce domaine qu'il n'est pas étonnant que les chercheurs n'aient pas vu la présence de ces protéines. D'ailleurs, c'est un peu par hasard que M. Roucou et son équipe sont tombés sur elles. Les membres du laboratoire du professeur Roucou ayant participé aux études sur les protéines alternatives sont les étudiants Benoît Vanderperre, Danny Bergeron, Cyntia Bissonnette, Catherine Lapointe et Solène Vanderperre, de même que les professionnels de recherche Guillaume Tremblay et Julie Motard.
Croit-il qu'il s'agit de la plus grande découverte de sa carrière? « Oui, c'est la plus grande découverte de ma carrière, qui a le plus de potentiel en termes de retombées. »
Dans le cas de certaines maladies, les scientifiques pensaient que le mauvais fonctionnement était causé par une protéine déjà connue. Or, avec les nouvelles données mises de l'avant par M. Roucou et son équipe, les scientifiques devront refaire certaines études afin de vérifier si le phénomène est bel et bien causé par la protéine ciblée... ou par une protéine alternative, dont on ignorait jusqu'ici l'existence. « On ne peut pas ne pas les regarder », commente M. Roucou.
La découverte réalisée dans son laboratoire du Pavillon de recherche appliquée sur le cancer (PRAC) de l'UdeS est le fruit d'un travail d'équipe et de plusieurs facteurs, dont les équipements disponibles. « L'ambiance de recherche est bonne ici », fait-il valoir. Les internautes sont appelés à couronner le grand gagnant des 10 découvertes de l'année de Québec Science. Ils ont jusqu'au 20 février pour voter.
Et qu'en est-il de la suite des choses? « On veut prouver que ces protéines-là sont très importantes. On va en sélectionner quelques-unes, les étudier vraiment à fond, pour voir si elles sont impliquées dans des maladies comme le cancer ou certaines maladies neurodégénératives. » Cette découverte est un défi immense, qui nécessite que plus de chercheurs s'y attardent. « C'est beaucoup trop large, beaucoup trop vaste. On veut mettre en place une stratégie avec un regroupement de chercheurs et la collaboration d'organismes subventionnaires pour essayer de rassembler le financement et les expertises nécessaires à l'étude de ces protéines alternatives. »