Mgr Luc Cyr et l'abbé Steve Lemay

Une communauté entre tristesse et espoir

Lac-Mégantic traverse des moments sombres ces jours-ci, un an après le tragique accident qui a enlevé la vie à 47 personnes. À l'aube des premières commémorations de l'événement, la petite communauté vit entre la tristesse et l'espoir.
Selon l'abbé Steve Lemay, de la paroisse Sainte-Agnès, la population de Lac-Mégantic marquera cette fin de semaine un temps d'arrêt nécessaire dans sa longue marche vers le retour à la normale.
«C'est l'occasion pour les gens de se rassembler pour pleurer les disparus, mais aussi de regarder vers l'avenir», explique le curé, qui célébrera la messe réconfort en mémoire des personnes disparues à minuit dans la nuit du 5 au 6 juillet.
Mais il prendra une pause pour la messe suivante, celle de demain matin, et il passera le relais à Mgr Luc Cyr, archevêque de Sherbrooke. «Je lui ai expliqué (à Mgr Cyr) que j'avais besoin d'être du côté de ceux qui reçoivent quelque chose. Je ressentais le besoin personnel d'être avec les miens, parce que je m'identifie beaucoup à eux, je suis attaché aux gens que je sers ici», a exposé l'abbé Lemay.
Il rappelle également la particularité de cette cérémonie : la commémoration d'un événement qui touche encore toute une communauté au quotidien. En demandant à Dieu d'accorder la paix intérieure aux Méganticois, l'abbé Lemay souhaite offrir une halte spirituelle et apporter des paroles de détente aux citoyens qui sont toujours blessés.
«Lorsqu'il est question de la tragédie, les gens ici ne parlent pas au passé», rappelle-t-il.
Les activités de commémorations s'articuleront donc sous le thème de la sobriété afin que la population puisse se recueillir. Vêtus de dossards blancs, les intervenants des services psychosociaux seront à pied d'oeuvre pour accompagner les plus éprouvés dans les différentes activités. L'anniversaire de la tragédie ravive des souvenirs douloureux.
«Il y a une émotion qui resurgit dans la population», a noté le ministre de la Santé Gaétan Barrette, de passage à Lac-Mégantic hier.
Depuis un an, ce sont près de 425 personnes de la MRC du Granit qui ont bénéficié d'aide psychologique. Même si 72 % de ces gens ne sont plus suivis par le service offert par le CSSS, tous sont d'avis que ce soutien psychologique doit continuer d'être offert pendant quelques années, peu importe le coût financier lié à ce programme.
«Il est très clair qu'il faut soutenir les gens blessés», soutient Mgr Luc Cyr.
Le ministre Barrette confirme que le gouvernement du Québec n'abandonnera pas les gens éprouvés, malgré la vague de compressions qui affecte l'ensemble des services de la province.
«On ne fait pas de politique avec un événement comme celui-ci. La politique d'austérité n'atteint pas les besoins essentiels des gens.»
Sans avoir eu recours aux services psychosociaux, la mairesse de Lac-Mégantic Colette Roy Laroche admet avoir été elle aussi ébranlée par les événements. Tout au long de l'année, elle s'est régulièrement confiée à des proches, qui ont vécu avec elle les difficultés inhérentes à son rôle de mairesse.
Aux prises avec les dossiers chauds de la relance économique de la ville, de l'entente avec la compagnie ferroviaire CMQ et la reconstruction du centre-ville, Colette Roy Laroche a dû prendre des décisions difficiles, parfois impopulaires. Tracer la ligne entre l'émotion et la raison n'a pas toujours été facile, mais celle que l'on désigne aujourd'hui comme la «dame de Granit» continue de se battre aux côtés de ses concitoyens.
«J'essaie de le faire avec force, pour que la mairesse soit la personne sur qui ils peuvent compter.»
La mairesse regarde aujourd'hui vers l'avant et souligne le progrès qui a été fait depuis un an.
«Lorsque je regarde les images des premières heures de la tragédie, j'ai encore l'impression que tout est irréel. Et lorsque je regarde les images d'aujourd'hui, celles de la reconstruction, tout cela m'apparaît aussi irréel.»