Martin Aubé

Une brillante créativité

Un engagement d'adolescence a eu un impact majeur dans la vie du physicien sherbrookois Martin Aubé. À 16 ans, animé par une «passion intense pour l'astronomie amateure», le scientifique en devenir fait état d'un manque. On est au début des années 1980 et il n'y a aucune organisation à Sherbrooke pour nourrir son intérêt.
Qu'à cela ne tienne, le jeune Aubé fonde le club des astronomes amateurs de Sherbrooke qui, encore aujourd'hui, réunit ceux qui aiment avoir la tête dans les étoiles.
Martin Aubé se laisse guider par son instinct. Après des études en physique à l'Université de Sherbrooke (1988), il prend la route de Québec pour compléter une maîtrise en astrophysique (1991). Il en sort pour poursuivre plus au nord-est, en Gaspésie, où un poste d'enseignant au collégial lui est proposé. Retour à Sherbrooke trois ans plus tard pour y pratiquer la chimie... culinaire en tant que chef propriétaire du Café Aragon durant un autre trio d'années. Puis retour à l'université pour y mener un doctorat en télédétection.
«On verra où ça va me mener», se disait-il alors.
Sa route le ramène à la physique et au collège, de Sherbrooke cette fois, où son instinct le servira encore.
En 2002, Martin Aubé jette les bases de ce qui deviendra le Groupe de recherche et d'applications en physique du Cégep de Sherbrooke (GRAPHYCS), un programme qui permet à des étudiants de Sciences, Lettres et Arts et de Sciences de la nature de participer à des activités de recherche de niveau professionnel.
«J'avais un groupe stimulant», explique Martin Aubé. À ses élèves, le professeur propose un défi. «J'ai lancé l'idée en leur disant qu'à leur niveau, ils étaient assez créatifs pour faire de la recherche scientifique. Ça a piqué leur curiosité.»
Un premier groupe de niveau collégial était né pour encourager la recherche scientifique. Les jeunes chercheurs du professeur Aubé ont alors entrepris la réalisation de différents projets dont celui qui a amorcé une petite révolution dans le ciel estrien, soit une étude sur la pollution lumineuse.
Huit années ont passé et l'expertise du Cégep de Sherbrooke s'est étoffée. L'institution a acheté le concept et GRAPHICS est né. L'acquisition de nouvelles connaissances sur la pollution lumineuse permet même au groupe de porter son regard vers d'autres sujets dont l'étude de la pollution atmosphérique la nuit.
«Ça nous a amené une expertise reconnue», signale M. Aubé. Ses élèves et lui sont maintenant sollicités ailleurs sur la planète. Le physicien s'est rendu deux fois aux îles Canaries «dans un observatoire astronomique pour détecter les polluants atmosphériques, la nuit, toujours en lien avec la pollution lumineuse».
En mai prochain, il se rendra à Hanzhou, près de Shanghai, pour collaborer avec des chercheurs chinois. La pollution lumineuse et la pollution atmosphérique représentent des problèmes majeurs pour ce pays de 1,3 milliard d'habitants. L'approche peu coûteuse de l'équipe de recherche sherbrookoise les a séduits.
En regardant ce qu'a donné un simple défi lancé à ses élèves, le scientifique est aujourd'hui content de son coup. Il aime la formule. Il en est même très fier. Il trouve le programme moins restrictif que la recherche classique universitaire avec ses équipes supervisées mais également poussée par un besoin de publier des résultats pour asseoir une renommée.
Pour GRAPHICS, constate Martin Aubé, «la renommée est venue par les résultats».