Maxime Lalonde anime depuis quelques semaines le premier réveil radiophonique en Estrie.

Une bière Clamato avec Maxime Lalonde

Parce que vivre des histoires d'un soir à chaque semaine, ça use son homme, Dominic Tardif inaugure une nouvelle série épisodique d'entrevues à la Taverne Alexandre intitulée Une bière Clamato avec. Le premier téméraire à s'être attablé avec notre collaborateur: Maxime Lalonde, qui anime tous les matins dès 5h25 sur les ondes de NRJ Estrie Le Pré-Show.
Je ne me souviens plus exactement comment c'est venu sur le sujet. Toujours est-il qu'à un certain moment, entre une bouchée de smoked meat et une gorgée de bière Clamato, Maxime Lalonde, animateur vedette de NRJ Estrie, m'a dit comme ça, sans chercher à produire un effet, que Nietzsche est son philosophe préféré. «J'ai toujours cru à cette idée chère à Nietzsche que ceux qui ne mettront pas suffisamment d'efforts vont tomber au combat.»
Ça me revient: je pense qu'on jasait de son passé d'étudiant en communication politique à l'Université de Montréal. Mais peu importe, depuis quand les animateurs de radios commerciales ont-ils des philosophes préférés? Mes préjugés en prenaient déjà plein la gueule.
En apparence, tout sépare le gars des sports de Y'a d'ces matins et analyste des matchs du Phoenix de Sherbrooke, homme du peuple, opiniâtre commissaire du gros fun FM, de l'auteur de ces lignes, petit intello sarcastique, amant du mot précieux, auditeur assidu (et collaborateur occasionnel) de la radio de Radio-Canada. Après quinze minutes dans le tourbillon d'un vendredi midi à la Taverne Alexandre, Max Lalonde et moi nous étions découverts une passion commune pour la lutte. C'est ça, le grand pouvoir fédérateur de la bière Clamato, mes amis.
«L'anecdote préférée de mon père quand il parle de moi, c'est notre soirée de lutte au Forum de Montréal quand j'avais cinq ans. Je portais mon bandana, mes bottes et ma camisole de Hulk Hogan. Quand Hogan a gagné contre Paul Orndorff, j'ai pris mon père dans mes bras et je me suis mis à pleurer, juste parce que j'étais content.» Je pourrais raconter l'exacte même anecdote, suffirait de remplacer Hogan par Shawn Michaels.
Max relève la manche de son chandail et pointe de son index le tatouage à l'effigie d'une tête de buffle, le logo de The Rock (un lutteur), qui orne son épaule droite depuis ses 18 ans (il en a maintenant 28).
«Je sais que ça peut avoir l'air un peu niaiseux d'avoir The Rock comme modèle, mais j'ai toujours adopté sa philosophie de vie. C'est un exemple de positivisme et de confiance en soi, c'est un gars qui en a défoncé des portes. The Rock disait souvent "Just bring it" et ma carrière a été basée là-dessus. Devenir morning man à 22 ans? Just bring it, je vais le faire!»
Je ne crois pas qu'il existe meilleure manière de décrire Maxime Lalonde qu'en écrivant que ses deux penseurs favoris sont Nietzsche et... The Rock!
Baptême du feu dans le nord
Parce que l'exil est le lot de tous les jeunes animateurs de radio qui aspirent aux plus prestigieux micros, Max Lalonde rapaillait ses petits et mettait le cap sur Val-d'Or au tendre âge de 22 ans afin de chausser, là-bas dans le nord, les gros souliers de morning man à NRJ. Premier appartement, premier vrai contrat, premières réelles responsabilités; c'est ce qu'on appelle un foudroyant et formateur baptême du feu. «Au début, je n'avais vraiment aucune idée où je m'en allais, mais j'ai beaucoup appris.»
Dès l'âge de 18 ans, le natif de Terrebonne joignait les rangs de l'équipe de promotion sur le terrain de CKOI à Montréal, pour peu à peu, à force de coller en studio, se voir offrir du temps d'antenne et des contrats d'animation dans les bars.
«Je me souviens d'avoir demandé à mon patron à NRJ à Val-d'Or: Pourquoi tu m'as pris moi et pas quelqu'un d'expérience? Il m'avait répondu: "Tu voulais tellement, tu avais le feu dans les yeux." J'étais descendu un samedi en plein mois de février pour le rencontrer au Pacini, je vais m'en souvenir toute ma vie!»
Bien qu'il soit en apparence - c'était du moins mon impression avant notre bière Clamato - coulé dans le même moule que bien des animateurs FM de la province (la voix de stentor, l'enthousiasme dans le tapis, le ton familier), Maxime Lalonde n'est pas exactement fait de la même étoffe que ses collègues.
«Je pense que mon style est moins calé dans les stéréotypes radio, qu'il est un peu plus irrévérencieux et éclaté, dit-il. Quand on m'a engagé à Sherbrooke pour participer à Y'a d'ces matins, on m'a dit qu'il fallait que je mette le feu en studio.»
J'ajouterais qu'il y a surtout chez le gars quelque chose comme une monumentale et inaltérable foi au pouvoir de la radio, qui colore autant ses présences en ondes, que le discours passionné qu'il tient sur son médium de prédilection, que les coups d'éclat qu'il fomente (exemples: enfiler un costume en lycra rouge pour appuyer le candidat à la mairie Hubert Richard ou offrir un frigo à une dame démunie peu avant Noël).
«Je me souviens que mon père venait me chercher après l'école et qu'on écoutait Les Grandes Gueules en rentrant à la maison. Si un jour Francis Reddy fait un Tous pour un sur Les Grandes Gueules, il n'y en a pas un qui a une chance contre moi. Mon père était souvent obligé d'arrêter sur le bord du chemin parce qu'il riait trop. La force de la radio, je la mesurais déjà à ce moment-là. Trois gars dans un studio à Montréal faisaient des gags et forçaient un gars de 40 ans, qui avait sa journée dans le corps, à arrêter son char sur le bord de la route pour rire.»
Le party
Je demande à Max Lalonde combien de sacres lui sont sortis de la bouche quand son patron de NRJ Estrie, dont il a joint les rangs il y a trois ans après son passage à Val-d'Or, lui a annoncé qu'il devrait désormais allumer son micro à 5h25, aussi bien dire au beau milieu de la nuit, pour prendre les rênes du Pré-show, qui précède de 35 minutes le début de Y'a d'ces matins.
«Aucun, c'était mon idée! J'avais besoin d'un défi, de sortir de ma zone de confort. J'ai soumis le projet du Pré-show il y a un petit bout déjà. J'ai dit à mes patrons: "On va être le premier réveil en ville, on va mettre du monde dans place, puis le party va lever à 6 heures."»
Faire lever le party, c'était l'objectif de Max Lalonde quand il animait dans les bars et ce l'est encore aujourd'hui. Les opinions très arrêtées - «je suis de droite et je l'assume» - qu'il déverse sur Twitter ont beau dessiner les contours du candidat parfait au poste d'animateur fort en gueule d'une station dans le genre de Radio X, le Sherbrookois d'adoption demeure d'abord et avant tout un héritier des Grandes Gueules et de Richard Turcotte (son idole).
«J'ai déjà eu des offres de talk radio, mais le fun qu'on a à NRJ va toujours passer par-dessus le besoin d'émettre mes opinions. Je ne crois pas que j'arriverais à la maison aussi heureux de ma journée si j'avais fait une entrevue sur le budget avec un conseiller municipal.»
Une entrevue sur le budget avec un conseiller municipal n'a, après tout, jamais forcé aucun auditeur à arrêter sa voiture sur le bord de la route.