La formation blues rock Greenwood.

Un vrai show de boucane

Robert Johnson: fatalement empoisonné par le tenancier d'un bar qu'il avait eu l'imprudence de cocufier (c'est du moins une des nombreuses histoires circulant au sujet de sa mort prématurée). Stevie Ray Vaughan: décédé dans un écrasement d'hélicoptère. Steve Hill: violemment assailli par un détraqué à l'Aéroport de Montréal.
Rien qu'à voir, on voit bien: le blues est un sport dangereux, une route jonchée de producteurs véreux, de sonorisateurs défoncés, de funestes malchances et d'indésirables chassés-croisés avec le diable. Joé Greenwood, guitariste des fulminants bonzes du blues rock sherbrookois Greenwood, raconte son concert le plus catastrophique en carrière.«Greenwood avait été invité à un bike show dans Lanaudière. Les organisateurs nous avaient assurés que c'était un événement sans but lucratif et que même si tous les artistes y allaient bénévolement, ça représentait une importante visibilité, étant donné les 10 000 personnes attendues. On a accepté l'invitation.»
«Avant de pénétrer sur le site, on est d'abord obligés de s'arrêter à un barrage policier. Un de nos amis qui a l'air d'un tueur, mais qui est en fait un ange, se fait fouiller. Une fois au kiosque d'accueil, les organisateurs refusent de laisser nos blondes entrer gratuitement. Je rappelle qu'on jouait bénévolement. On commence le show devant 7 spectateurs, c'est-à-dire ma famille, puis on se fait stopper en plein milieu d'une toune parce que quelqu'un quelque part sur le site a subi un coup de chaleur et s'est évanoui. Il faut attendre que l'ambulance vienne le chercher.»
«On finit par pouvoir recommencer juste avant que quelques motards décident que c'est vraiment une bonne idée de faire un show de boucane devant la scène. On se fait asphyxier par la fumée et le bruit est tellement assourdissant qu'on ne s'entend même plus jouer, alors qu'on se fait souvent reprocher de jouer trop fort. C'est dire.»
Et pour couronner le tout? «Juste avant de partir, on a appris que l'événement était en vérité à but lucratif.»