Cédric Cobban

Un premier commerce adopte la monnaie virtuelle

Un premier commerce à Sherbrooke offre dorénavant à ses clients de payer leurs factures avec de la monnaie virtuelle. Depuis le 1er février, l'école de jiu-jitsu brésilien Nomad BJJ, située au 1578 de la rue King Ouest, est la première entreprise estrienne à accepter les paiements en bitcoins.
Selon le copropriétaire, Cédric Cobban, qui s'intéresse à la cryptomonnaie depuis 2011, l'alternative était facile à endosser, puisqu'elle n'engendre aucuns frais ni pour l'établissement, ni pour les clients.
« Accepter bitcoin, c'est exactement comme tendre la main et se faire donner 25 sous, image-t-il. Il n'y a pas de frais entre les deux, personne se prend une part. C'est comme du cash. »
Pour faire le transfert d'argent, il suffit de lire le code QR du gymnase avec son téléphone intelligent et d'indiquer sur celui-ci combien de bitcoin on désire payer. Comme la monnaie est divisible jusqu'à un cent millionième d'unité, il s'agit d'une façon de faire pas si éloignée des méthodes de paiement traditionnelles, mais qui est beaucoup moins coûteuse pour le commerçant.
« On a fait notre premier deux ans sans utiliser Interac, mais il y a tout de même beaucoup de clients qui nous demandent de payer de cette façon. Malheureusement, on n'a jamais trouvé un fournisseur qui était rentable pour nous. Il y a des forfaits avantageux, mais pour les petites entreprises, ça ne l'est pas », continue M. Cobban.
L'homme de 28 ans indique que pour un commerce comme le sien, c'est près de la moitié de la mince marge de profits qu'il parvient à faire qui pourrait s'envoler afin de permettre aux clients de payer par crédit ou débit.
« Pour un commerçant, c'est hyper dispendieux d'être en mesure d'accepter les cartes de crédit ou Interac. Les cartes de crédit se prennent environ 3 % sur tous les achats. Les commerçants, en général, après toutes les dépenses, font entre 6 % et 8 % de profit, ce qui veut dire que la moitié s'en va pour payer leurs frais. »
Évidemment, la volatilité du bitcoin, qui a oscillé entre 20 $ US et 1200 $ US en 2013 seulement et qui se vendait aux environ 945 US $ au cours de la fin de semaine, laisse perplexe quant à l'utilisation concrète de celui-ci comme monnaie. Le client qui achèterait pour l'équivalent de 100 $ de marchandise en bitcoins une journée pourrait réaliser que le cours de ce dernier a doublé le lendemain et qu'il a payé 100 $ de trop. À l'inverse, le cours du bitcoin pourrait chuter drastiquement et signifier une perte d'argent pour l'entreprise. Une éventualité qui n'effraie pourtant aucunement Cédric Cobban.
« Vu que ça nous sauve des coûts, ça nous permet d'offrir des rabais aux clients. Comme c'est une monnaie limitée et qu'on s'attend de notre côté à ce que sa valeur augmente, on donne un rabais aux clients en conséquence. C'est gagnant-gagnant », croit M. Cobban, qui offre 30 % de rabais aux clients qui comptent payer leur abonnement en bitcoins.
Pense-t-il pour autant que les gens seront nombreux à se présenter à son école avec de la monnaie virtuelle alors qu'elle demeure, somme toute, méconnue en Amérique du Nord?
« Pas tout de suite, mais on veut populariser l'utilisation et faire en sorte qu'il y ait plus de commerçants qui peuvent l'accepter », conclut Cédric Cobban, tout en précisant qu'un client a déjà manifesté son intérêt de renouveler son abonnement avec son portefeuille virtuel.
1. Les monnaies virtuelles comme le bitcoin, le litecoin ou le feathercoin proviennent d'un algorithme informatique conçu pour générer de façon régulière de la nouvelle monnaie qui est encryptée de manière sécuritaire dans des preuves de calcul, communément appelées blockchain. Ces preuves de calculs, qui sont au bas mot des équations mathématiques complexes, doivent être résolues par des groupes de « mineurs », des utilisateurs laissant fonctionner 24 h sur 24 des ordinateurs munis de cartes graphiques puissantes et pourvus d'un logiciel qui confirme et sécurise du même coup les transactions.
2. Chaque fois qu'une preuve de calcul est résolue, les mineurs reçoivent des bitcoins, litecoins ou feathercoins qui les récompensent pour leur travail.
3. Les mineurs peuvent ensuite mettre leur pécule ainsi accumulé sur le marché, par l'entremise de plateforme d'échange comme MORREX, MtGox, Vault of Satoshi et autres, où des gens souhaitant en faire l'acquisition vont pouvoir le faire, et les revendre à leur tour. Ils peuvent aussi les dépenser sur des sites qui acceptent ce type de monnaie, comme Tigerdirect ou Namecheap.
4. N'étant sous la juridiction d'aucune banque centrale, comme la Réserve fédérale aux États-Unis ou la Banque du Canada, qui sont responsables de mettre en place des mesures visant à contrôler l'inflation, la valeur des monnaies virtuelles varie essentiellement en vertu de l'offre et de la demande, ce qui contribue à l'instabilité de son cours. En guise d'exemple, le cours du bitcoin a oscillé entre 20 $ US et 1200 $ US en 2013.