Un pensez-y bien

À deux jours du vote sur la réforme de la gouvernance, y'a des gens à Brompton qui vont mal le prendre. À eux de regarder ou non la réalité en face.
Un citoyen de Waterville m'a exprimé  son indignation par courriel.
«Avec les hausses de taxes auxquelles nous devons faire face depuis cinq ans, les gens de Brompton auraient intérêt à y penser deux fois avant de demander à se défusionner de Sherbrooke.»
Pour sa propriété évaluée à 160 600 $, ce Watervillois a reçu cette année une facture de 2 248 $. Pour une résidence de même valeur, il aurait payé 1871 $ à Sherbrooke. Un écart de 377 $ ou de 20 pour cent.
Des taxes municipales moins élevées à Sherbrooke qu'à Waterville, qui l'eut cru? 
Ces citoyens de la couronne sherbrookoise appréhendaient plutôt le contraire lorsqu'ils ont préféré leur autonomie et un rattachement à la MRC de Coaticook plutôt que de se fondre dans la ville unifiée en 2002.
On ne peut évidemment pas tirer la conclusion que ce fut un mauvais choix à partir d'un seul cas. Faut pousser l'analyse plus loin.
Avec Saint-Élie d'Orford, Bromptonville et Deauville, Waterville avait le taux global de taxation uniformisé (TGT) le plus bas avant la fusion. L'écart était alors de 17 pour cent avec l'ancienne ville de Sherbrooke. Les citoyens d'Ascot étaient ceux qui supportaient le fardeau le plus élevé.
Ces informations sont extraites de «L'étude d'opportunité sur la révision des structures locales» que le gouvernement québécois avait commandée en juin 2000 pour dresser le profil le plus juste possible des neuf municipalités (dont Waterville) qui composaient alors la MRC de Sherbrooke.
Le TGT est l'une des données compilées par le ministère des Affaires municipales, Régions et Occupation du territoire (MAMROT) pour comparer l'effort fiscal des contribuables.
Il y a dix ans - ou deux ans après la fusion-, Waterville maintenait sa position avantageuse. Le TGT y était 18 pour cent moins élevé que celui de la nouvelle ville de Sherbrooke. Par contre, comme le montre le tableau ci-joint, l'écart n'a depuis cessé de se rétrécir et il n'était plus que de 2,6 pour cent l'an dernier.
Même que la tendance se serait inversée cette année avec «l'électrochoc de l'eau» à Waterville, où les contribuables commencent à payer leur part du financement (40 pour cent) de leur nouvelle usine de filtration de 8,7 M $.
C'est pesant pour une municipalité de 2000 habitants, encore plus en fractionnant ce nombre et en répartissant le gros du poids sur les seuls citoyens du secteur urbain raccordés au réseau.
Cette seule dépense a fait bondir cette année le compte de taxes de plus de 300 $ à Waterville (secteur urbain), une hausse moyenne de 16 pour cent. Sans l'eau, la variation n'aurait été que de 2 pour cent.
«Je comprends que nos citoyens sursautent, mais c'est notre réalité. Nous n'avons pas le poids du nombre. Ça m'a crevé le coeur d'avoir à retrancher 5000 $ de l'enveloppe consacrée aux organismes communautaires. Je viens de ce milieu et je sais à quel point chaque dollar y est productif. Il a fallu couper partout afin d'amoindrir le contrecoup sur les taxes», dépeint la mairesse  Waterville, Nathalie Dupuis.
Les infrastructures permettant de desservir aujourd'hui l'arrondissement de Brompton en eau potable à partir du réseau de Sherbrooke ont coûté 3,7 M $. Québec a assumé la moitié de la facture, l'autre moitié a été payée «en gang», donc répartie entre les 160 000 Sherbrookois. La même formule de partage s'appliquera pour les travaux de 30 M $ en cours de réalisation à l'usine J-M Jeanson, qui traite l'eau provenant du lac Memphrémagog et distribuée aux Sherbrookois.
Tout ne coûte pas plus cher à Waterville. En proportion du budget général, les services de la Sûreté du Québec sont meilleur marché que ce qu'était sa contribution à la défunte Régie de police de la région sherbrookoise. La desserte en incendie est encore assurée par des pompiers volontaires.
Attardons-nous à un autre indicateur du MAMROT.
La «charge fiscale moyenne» a été l'an dernier de 1883 $ à Waterville et de 2449 $ à Sherbrooke. Cet écart de l'ordre de 30 pour cent correspond à peu de choses près à celui entre la valeur moyenne d'une résidence unifamiliale à Waterville (165 197 $) et à Sherbrooke (212 730 $).
La superposition de ces deux courbes tend donc également à démontrer que la ponction fiscale est sensiblement le même dans les deux villes, donc que Waterville a perdu son avantage concurrentiel sur Sherbrooke au niveau de la taxation.
«J'en suis consciente. Mais la fusion n'a pas tout réglé non plus, les ressacs à Brompton le prouvent. L'autoroute 410 nous rapprochera de Sherbrooke et nous comptons nous démarquer au niveau de la qualité de vie pour assurer notre croissance. Nous avons besoin de développement si nous voulons retrouver une marge de manoeuvre financière pour nos projets structurants», cible la mairesse de Waterville.
Cette analyse n'est pas une cage pour enfermer les citoyens de Brompton, qui sont libres de leur destin. Juste un à côté aux discussions parfois plus émotives que rationnelles.