Patrice Lamarre, pharmacien, Dr François Lamontagne, médecin interniste intensiviste au CHUS et chercheur au Centre de recherche clinique Étienne-LeBel, Dr Hector Quiroz-Martinez, médecin interniste intensiviste et responsable de l'amélioration de la qualité de l'acte en soins intensifs au CHUS, ainsi que Robin-Marie Coleman, infirmière et conseillère clinicienne en soins critiques et traumatologie.

Un pas de plus pour améliorer la sécurité des soins intensifs

Une équipe du CHUS publiera sous peu dans la revue de l'Association canadienne des infirmières en soins intensifs les résultats d'un projet pour améliorer la sécurité des soins prodigués aux patients en état de choc aux soins intensifs.Les recommandations qui y sont formulées seront également publiées dans un bulletin de l'Institut pour l'utilisation sécuritaire des médicaments du Canada (ISMP).
« Ils ont repris les recommandations qu'on formule à la fin de l'article et ils en ont fait un peu les leurs dans leur bulletin », explique Dr François Lamontagne, médecin interniste intensiviste au CHUS et chercheur au Centre de recherche clinique Étienne-LeBel. « Ça ne fait pas office de loi ou de règlement, mais ça indique de porter une attention particulière à l'utilisation des vasopresseurs. C'est une façon de lancer la discussion. »
Tout ce projet découle des recherches que mèneDr Lamontagne depuis plusieurs années déjà sur les soins critiques et en particulier sur cette classe de médicaments que sont les vasopresseurs, souvent utilisés pour augmenter la pression sanguine chez les patients en état de choc.
« Les patients qu'on soigne avec ces médicaments-là sont les plus fragiles dans notre système de santé, dit-il. Ils sont très vulnérables et en même temps, ce sont des médicaments particulièrement puissants. Il y a donc très peu de marge de manoeuvre et la médication doit être dosée au quart de tour. »
Or dans un contexte de prise en charge de ces patients par une équipe multidisciplinaire composée d'infirmières, médecins et pharmaciens, est apparu le souci de communiquer avec précision les objectifs de traitement du médecin responsable.
« Il faut comprendre la cible de la même façon, ditDr Lamontagne. En réalité, ce sont les infirmières et les pharmaciens au chevet du patient qui manipulent la médication et si jamais la réponse au médicament n'est pas celle escomptée, il faut que cette information soit retournée rapidement au médecin. Les éléments déclencheurs d'une rétroaction doivent donc être très clairs. »
« Il y a une très faible marge de manoeuvre liée à la situation précaire du malade, ajoute son collègue Dr Hector Quiroz-Martinez, médecin interniste intensiviste et responsable de l'amélioration de la qualité de l'acte en soins intensifs au CHUS. On a peu de temps pour aller chercher les bénéfices des médicaments et en plus, le profil de ces médicaments est si étroit que les effets bénéfiques et délétères peuvent même se chevaucher. »
Le comité d'amélioration de la qualité de l'acte en soins intensifs, un comité multidisciplinaire, travaille sur ce projet depuis le printemps 2012.
« En tant que pharmacien, dit Patrice Lamarre, si la cible est mieux définie, on peut porter un meilleur jugement. On est là comme conseiller expert sur la médication et on peut ainsi s'assurer que le patient reçoit la dose qui lui est nécessaire en risquant le moins possible les effets secondaires qui peuvent survenir. »
« C'est sûr que si l'infirmière a une ordonnance plus claire, qu'elle comprend bien les directives du médecin et les cibles à atteindre, elle va pouvoir mieux évaluer le patient, mieux communiquer les résultats et mieux s'ajuster en équipe multidisciplinaire lors de la tournée avec le pharmacien et le médecin. C'est plus facile d'assurer une cohérence dans les soins », conclut l'infirmière Robin-Marie Coleman, conseillère clinicienne en soins critiques et traumatologie.
Le CHUS enregistre entre 1000 et 1500 admissions par année à chacune de ses trois unités de soins intensifs. Même si tous ces patients ne recevront pas nécessairement des médicaments vasopresseurs, un grand nombre d'entre eux sont potentiellement concernés. On parle de patients dont la vie est en danger, que ce soit à la suite d'une chirurgie cardiaque, d'un accident de la route, d'une infection sévère ou d'une complication liée à un traitement anticancéreux.