Un historien derrière le jeu Freedom Cry (vidéo)

On imagine généralement les historiens dans une salle d'archives ou devant une classe... mais pas « derrière » un jeu vidéo. Et pourtant! Derrière Freedom Cry, la première extension du jeu vidéo Assassin's Creed IV, se cache l'expertise de Jean- Pierre Le Glaunec, professeur d'histoire de l'Université de Sherbrooke. Le spécialiste de l'histoire d'Haïti et de l'esclavage a été consulté par Ubisoft pour la conception de ce jeu vidéo.
<p>Jean- Pierre Le Glaunec</p>
L'action du jeu se déroule à Saint-Domingue vers 1735 et le personnage principal est un ancien esclave. Les responsables du projet avaient déjà consulté le site internet portant sur le marronnage à Saint-Domingue (le marronnage désigne la fuite des esclaves) développé par M. Le Glaunec, en collaboration avec le professeur Léon Robichaud.
« C'est un corpus très peu connu, mais extrêmement important. Depuis que le site est en ligne, il a donné lieu à la naissance de plusieurs maîtrises. » Pour la création du jeu vidéo, M. Le Glaunec a eu à répondre à plusieurs questions sur le sujet, indique-t-il en se qualifiant comme « l'historien de service ». « De mon point de vue, la recherche est exemplaire. Je ne dis pas ça pour faire de la publicité, lance-t-il en riant. Ubisoft est reconnue pour son souci de vraisemblance. Elle s'autorise certaines libertés. Dans la mesure du possible, elle veut que ce soit le plus historique possible. C'est loin d'être facile de représenter les résistants à l'esclavage. »
Contrairement à l'idée que certains peuvent se faire, les esclaves de Saint-Domingue n'acceptaient pas la situation passivement. « C'est pour ça qu'il y avait des milliers d'esclaves qui s'échappaient. »
« Les esclaves n'ont pas été des victimes passives, elles se sont adaptées, elles ont fondé des cultures nouvelles », ditil en citant le développement de cultures, de danses et de religions afin de s'opposer de manière indirecte.
À ses yeux, représenter des esclaves dans un jeu vidéo peut s'avérer une tâche délicate, qui suscite certaines questions d'éthique. Il souligne qu'alors que l'esclavage est aujourd'hui perçu comme une injustice, il s'agissait d'un « commerce comme les autres » à cette époque.
Jean-Pierre Le Glaunec aimerait se servir du jeu vidéo en classe, par exemple dans son cours sur l'histoire d'Haïti, entre autres pour aborder la question de la difficulté de représenter l'esclavage avec des images qui ne sont pas réelles.
L'UdeS a récemment annoncé l'offre d'un nouveau cours, Histoire, jeu vidéo et ludification, qui portera sur la représentation de l'histoire dans les jeux vidéo. Le cours sera offert à compter de l'automne 2014.
M. Le Glaunec, qui est également responsable des études de premier cycle au département d'histoire, présentera une conférence dans le cadre de la journée porte ouverte de l'UdeS, ce samedi. Elle aura lieu à 11 h 30 au centre de documentation (A3-330) de la faculté des lettres et sciences humaines.
De plus, une activité spéciale est organisée dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs, aujourd'hui à l'UdeS à compter de 12 h 45, qui mettra en lumière la tradition des Indiens du Mardi gras de La Nouvelle-Orléans. L'activité est organisée par M. Le Glaunec, en collaboration avec Guillaume Lallier, du Cégep de Sherbrooke et un comité étudiant, au Carrefour de l'information. Elle sera suivie du lancement du Centre interordre d'études louisianaises (CIEL), une initiative conjointe de l'Université de Sherbrooke et du Cégep de Sherbrooke.