Un épicier victime d'actes racistes

« Je ne comprends pas ces gestes racistes. Pas à Sherbrooke en tout cas. C'est une ville belle, calme et accueillante... Mais ça commence à me faire peur!»
Victime à son commerce de la rue Denault de qui apparaît être les premiers actes de vandalisme à caractère islamophobe à Sherbrooke, Abdelbari Souibgui, de l'épicerie-boucherie Tiba, est encore sous le choc des récents événements.
D'abord, ça été une grande vitrine fracassée, ensuite une seconde qu'il a également remplacée et qui a aussitôt été trouée de deux balles de carabine très apparentes, puis la présence devant l'entrée de nombreuses petites croix éparpillées ça et là sur le terrain et enfin, sur un poteau attenant à son commerce, un écriteau portant la mention « Non à l'islam ».
Aussi, il a confié à La Tribune qui est allée à sa rencontre, alors que l'affaire soulève l'indignation de professeurs de l'Université de Sherbrooke, avoir des craintes d'une escalade. « Je ne voudrais pas que ça continue. J'ai appelé la police, qui est venue pour la deuxième fois. On m'a promis que les agents feraient plus de patrouilles dans les alentours et j'espère que ces gestes vont cesser définitivement », exprime le Tunisien d'origine, qui se dit très bien intégré à Sherbrooke, où il habite depuis trois ans, après avoir vécu à Montréal.
« Dans d'autres villes, comme la ville de Québec, ces gestes là arrivent contre les musulmans. Mais à Sherbrooke? Je ne comprends pas. C'est pas une ville raciste. Les gens des différentes communautés culturelles ont toujours vécu en harmonie ici », rajoute M. Souibgui, qui n'a jamais connu d'événement du genre avant dans sa vie.
Est-ce à cause de l'appellation halal pour désigner sa boucherie que son commerce est ainsi visé par des vandales? « Je ne crois pas. Je pense que c'est un petit groupe qui réagit à cause de tout le débat sur la charte de la laïcité au Québec. Du moins c'est mon hypothèse... Mais il fallait que les auteurs de ces actes soient assez bien organisés pour faire tous ces gestes à différents intervalles, alors que ça circule quand même beaucoup sur la rue Denault », fait aussi observer le commerçant dont l'affaire a fait le tour des médias sociaux.
En outre, le même genre d'écriteaux « Non à l'islam » a été retrouvé à une dizaine d'exemplaires aux abords de la mosquée de la rue Massé, non loin de son commerce. « Ce n'est pas acceptable qu'à Sherbrooke, il y ait des choses déplorables comme ça », a aussi confié Abdelbari Souibgui, qui a toujours vu la capitale de l'Estrie comme un modèle de tolérance et d'harmonie.
Le SPS enquête
Tout en confirmant les malheureux événements survenus ces derniers jours, le porte-parole du SPS, l'agent Michel Carrier, signale que le service de police prend « très au sérieux » cette affaire et qu'un enquêteur a été désigné pour y travailler, afin de mettre la main au collet des responsables. 
« C'est très inhabituel, sinon la première fois à notre souvenir, que des méfaits à caractère raciste sont portés à notre attention à Sherbrooke. Un enquêteur est sur le dossier et les patrouilleurs dans le secteur vont porter une attention encore plus particulière. Aussi, on demande à la population, du secteur comme d'ailleurs, qui aurait été témoin ou qui aurait constaté des choses à propos de ces méfaits, de nous contacter. Autant dans le cas du commerce de la rue Denault que pour la mosquée de la rue Massé », a fait valoir M. Carrier.