Varanasi est une ville colorée et intrigante remplie de curiosités.

Un chaos nommé Inde

Le film est sur le point d'atteindre son dénouement quand l'électricité flanche. La soupe paraît excellente jusqu'à ce qu'une mouche flottant à la surface vous coupe l'appétit. Ce sentiment-là : le plaisir interrompu, un tantinet gâché, il faut apprendre à composer avec quand on s'aventure en Inde.
C'est que le calme, la chance de s'émerveiller et de profiter du moment, il faut les saisir et accepter qu'ils soient éphémères. Sur les quais de Varanasi, ville ancienne où est pratiquée la crémation de centaines de défunts chaque jour sur les rives du Gange, on s'éloigne de la foule sans problème... pour trois ou quatre secondes. Une nuée d'oiseaux décolle au-dessus du Gange, survolant des embarcations colorées. À peine le temps de dire wow, on attrape l'appareil photo et puis voilà, trop tard: «Hi my friend! Where are you from?» Partis les oiseaux. Ratée la photo!On veut tout savoir de vous : votre nom, votre profession, combien de temps vous passerez en Inde, le nom de votre conjointe... Pas de conjointe? Pourquoi? Et on tentera éventuellement de vous vendre un truc, de vous entraîner dans un magasin où fausse et vraie soie se côtoient. Les conversations peuvent être interminables. La notion du temps prend tout à coup un nouveau sens. Au diable le concept de prendre son temps pour s'imbiber d'une atmosphère...
Ignorer un vendeur, c'est vous assurer qu'il vous suivra... ou une invitation pour son voisin à tenter sa chance. Difficile de se défiler quand on a la tête qu'on a...
Quand ce ne sont pas les commerçants, ce seront ceux qui offriront les massages, qui en amorceront un sans votre permission et réclameront de l'argent. Ce seront aussi ceux qui voudront réaliser un rituel pour la chance pour un pécule substantiel.
L'Inde, ce sont ceux qui vous diront que votre hôtel est fermé pour vous entraîner ailleurs ou qui vous offriront un tour de rickshaw à un prix beaucoup trop élevé. L'Inde, c'est activer sa paranoïa pour éviter de se faire avoir.
Mais baisser la garde tout en restant bien éveillé peut parfois avoir du bon. À Varanasi, un Indien qui parlait un excellent français m'a expliqué tout le processus de crémation en m'entraînant là où toutes les étapes des funérailles sont réalisées.
J'ai vu les hommes, souvent le conjoint ou le père du défunt, se faire raser la tête et la barbe avant d'enfiler une tunique blanche. Ce sont eux qui allumeront le feu à l'aide d'une flamme éternelle conservée dans un temple à proximité.
Les cadavres sont transportés sur des brancards, baignés dans le Gange avant d'être placés sur une pile de bois. Alors qu'un homme allume le feu en tournant autour du monticule cérémoniel, un autre place cinq éléments bien précis sur la dépouille pour représenter les cinq chakras.
Une fois tout le rituel terminé, les cendres seront lancées dans le fleuve. Déroutante, la cérémonie saisit un peu. On se tient là, étrangers témoins d'un moment très intime dans la vie d'une famille indienne.
L'Inde, c'est donc un pays extraordinaire pour ceux qui passeront outre les petits désagréments et qui joueront volontiers le jeu du dépaysement.
J'adore la conduite erratique des chauffeurs, qui calculent avec une précision inquiétante les risques de collision frontale et qui klaxonnent à tout rompre pour tout et pour rien. Les routes ne comptent pas deux ou trois voies bien définies, mais laissent plutôt les vélos, rickshaws, voitures, autobus et motocyclettes s'enchevêtrer dans des embouteillages incroyables. Çà et là, une vache traverse la route paisiblement. Les chiens, eux, sont plus nerveux, n'ont pas droit au même respect.
J'en fais maintenant une habitude, dans le chaos auditif et la désorganisation organisée, à l'arrière d'un rickshaw probablement payé trop cher, sur des routes terreuses et trouées et sous le regard des Indiens qui me dévisageaient... je souris comme un idiot!
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