Un cas de discrimination religieuse?

La Ligue des droits et libertés du Québec (LDLQ), section Estrie, craint que le gouvernement du Québec ne soit frileux face aux questions de discrimination basée sur les croyances religieuses, à la suite d'une plainte contre le Bureau d'aide aux victimes d'actes criminels (BAVAC).
«La Commission des droits de la personne doit enquêter sur le BAVAC dans un contexte d'accommodements raisonnables et de discrimination. Au départ, le dossier devait passer directement aux enquêtes, mais on craint que les choses traînent en longueur, d'autant plus que la commission a été réticente à ouvrir le dossier», affirme Éric Lachance, coordonnateur de la LDLQ à Sherbrooke.
 
De son côté, la Commission des droits de la personne ne peut faire de commentaires sur le dossier, soutenant que ce type de plainte est confidentiel.
«On se demande si les convictions religieuses ou spirituelles rendent les gens inégaux devant le gouvernement», ajoute Éric Lachance.
La plainte en question implique une femme d'une soixantaine d'années, de Sherbrooke, à qui le BAVAC aurait refusé de verser des indemnités en raison des réticences de cette dernière à suivre un traitement médical.
La femme est une adepte de la Kabbale, une tradition ancestrale qui vise la redécouverte des origines célestes des êtres humains et qui proscrit l'usage de médicaments.
«Ça n'a rien à voir avec une secte. Souvent les médicaments vont agresser le corps, mais si je suis souffrante, je vais prendre mes médicaments. Il y a aussi des méthodes comme le yoga et la respiration; la guérison, pour moi, c'est la guérison de l'être, du corps, de l'âme et de l'esprit», explique-t-elle.
Cette dernière, qui refuse de dévoiler son identité par peur de représailles, affirme avoir la collaboration de son médecin.
Victime de nombreux abus durant sa jeunesse, la dame est sans emploi et sans revenus.
«Ces croyances, je les ai développées par des études et par des expériences de vie, c'est un cheminent», dit-elle.
«La société doit protéger les victimes d'actes criminels. Le BAVAC reconnaît que madame a droit à des soins et qu'elle a subi une réaction post-traumatique. Selon nous, le gouvernement doit tenir compte de ses croyances, surtout qu'elle prend sa santé en main», fait valoir Éric Lachance. «À partir du moment où madame est sincère dans ses croyances, on doit les respecter, sinon c'est de la discrimination. C'est pourquoi on a déposé une plainte à la Commission des droits de la personne contre le BAVAC», explique-t-il, rappelant que la Cour suprême du Canada a déjà statué «que nul ne peut être forcé d'agir contre ses croyances».
«La seule chose qu'elle demande, c'est d'avoir un revenu décent», dit le coordonnateur de la Ligue des droits et libertés.