La conseillère Annie Godbout invite ses collègues à revoir leurs façons de faire et estime que la Ville a « manqué le bateau à ne pas se donner une vision plus serrée du développement économique ».

Un budget frustrant

Les élus municipaux sherbrookois démontraient bien peu d'enthousiasme à adopter un budget qui comportait une hausse de taxes de 4,77 % lundi. Si quatre d'entre eux ont voté contre le budget, plusieurs autres ont mentionné qu'il était impossible de faire mieux.
Plusieurs se sont ralliés aux propos de Nicole Bergeron, qui rapportait n'avoir jamais entendu de citoyens exiger une baisse de services. « C'est avec une grande frustration que je vote pour le budget. Malgré toute notre bonne volonté, il y a une trop grande part que nous ne contrôlons pas, notamment le coût de la main-d'oeuvre et les régimes de retraite. Je refuse, parce que nous n'avons pas le contrôle, d'abaisser le niveau de service des citoyens. »
Mme Bergeron a aussi fait son mea culpa. « Nous avons probablement manqué de vision et de courage dans le passé et je m'inclus là-dedans. J'invite maintenant les employés municipaux à considérer qu'il y a un effort à faire de leur côté. »
La taille de la masse salariale constitue d'ailleurs une préoccupation de Julien Lachance depuis deux ans. Dans son discours, le maire Bernard Sévigny soulignait notamment qu'un employé municipal gagne 39,6 % de plus qu'un employé du gouvernement provincial pour un travail équivalent. À une question citoyenne, il a répondu que le salaire des élus, majoré par un décret du gouvernement du Québec, connaissait une hausse moyenne de 1 % par année depuis sept ans.
Audacieux?
Annie Godbout s'est dite surprise que le budget soit qualifié d'audacieux. « Je cherche encore ce qu'il y a d'audacieux. Investir plus dans l'asphalte? Refiler une hausse de 4,77 % aux citoyens? J'aurais aimé qu'on respecte la capacité de payer des contribuables. Les frais augmentent pour les garderies, pour l'électricité, pour l'épicerie... J'ai l'impression qu'on se donne de l'air pour dépenser plus. J'ai de la misère avec cette vision-là. »
Mme Godbout invite ses collègues à revoir leurs façons de faire et estime que la Ville a « manqué le bateau à ne pas se donner une vision plus serrée du développement économique ».
Julien Lachance et Annie Godbout en ont profité pour demander l'urbanisation du boulevard Industriel entre le carrefour giratoire et le viaduc de la 410.
Pierre Tardif estime qu'il aurait été possible de faire d'autres choix et prévient qu'il faudra un jour s'attaquer à la dette de la Ville. « L'effort de rationalisation n'a pas été clair. »
Hélène Dauphinais a aussi voté contre le budget. « Le conseil n'a pas été appelé à faire des choix déchirants. Il aurait dû travailler plus pour réduire les dépenses. Je me demande si on n'a pas présenté des projets démesurés à Destination Sherbrooke juste pour faire accepter tout le reste. »
Ce commentaire a soulevé l'ire de Danielle Berthold, qui s'est rarement montrée plus choquée, qualifiant ces propos d'odieux et d'épouvantables, et de Vincent Boutin, qui a appelé sa collègue à plus de rigueur. « Je trouve que c'est un procès d'intention qui ne fait pas honneur au travail de nos employés et des membres du conseil d'administration. »
Mme Dauphinais a soulevé que plus de 10 % d'augmentations de taxes en trois ans, « ça dépasse la capacité de payer des citoyens. »
Jean-François Rouleau a mentionné qu'il y avait « encore des postes budgétaires qu'on peut couper et que je considère somptuaires ».
Il a par ailleurs lancé une flèche au maire Sévigny. « Nous avons blâmé la Régie de l'énergie, les régimes de retraite, le pacte fiscal, mais le seul responsable, c'est vous M. Sévigny qui dirigez cette ville et en assumez le leadership. »
Impopulaire, mais responsable
Pour Christine Ouellet, ce budget permettra la création d'emplois et la rétention de citoyens sur notre territoire. « Il permet l'amélioration de services. »
Louisda Brochu a rappelé l'intérêt d'investir dans la réfection des chaussées. « Il y a dix ans, on avait établi qu'il faudrait investir 15 M$ par année pendant 15 ans pour remettre le réseau routier dans un bon ordre. Les gens verront une amélioration directe liée à l'augmentation du compte de taxes. »
« À défaut d'être populaire, à mon avis, ce budget est responsable », a commenté Rémi Demers.
Chantal L'Espérance a confirmé qu'il s'agissait du budget le plus difficile à boucler depuis son entrée en politique. « Nous avons très peu de marge de manoeuvre. C'est un budget qui crée de la richesse et qui empêchera de taxer à nouveau dans le futur. »
Enfin, Diane Délise « pense humblement que la population saura faire la part des choses ».
Une poignée de citoyens se sont aussi exprimés, dont Normand Couture, de l'Association des locataires de Sherbrooke, qui a déposé un mémoire contenant huit propositions pour « s'attaquer à l'élimination de la pauvreté en 2016 ».