L'atmosphère était lourde vendredi après-midi, quelques heures avant que Sarah Maggali Namoutiri quitte la pays pour la République du Congo. Elle laisse derrière elle son conjoint Pacôme Pika et ses trois enfants, Kezia Hope, Elicha et Khelen Mercy, âgés respectivement de sept ans, trois ans et cinq mois.

Un «au revoir» déchirant pour la famille de Sarah Maggali Namoutiri

Il y avait une place inoccupée dans la fourgonnette lorsque la famille Pika-Namoutiri est revenue de l'aéroport vendredi soir. À 19h25, l'avion de Sarah Maggali Namoutiri a décollé en direction de la République du Congo.
À Sherbrooke, quelques proches se sont rassemblés à l'appartement de la famille en après-midi pour une dernière étreinte.
«On ne peut pas dire que c'est la fête, c'est un évènement très douloureux, surtout avec cet enfant de cinq mois qui va rester avec son père, on ne sait pas comment on va gérer la situation. Devant une telle situation je ne peux rien faire. La loi, c'est la loi, il faut toujours la respecter, même si c'est dur», déplore Jean-Marie Barros, un ami de la famille.
«C'est plate. La logique des choses, que la mère parte et que les enfants restent, je trouve ça un peu bizarre, ce n'est pas raisonnable d'après moi. Il y a toujours l'espoir», se désole Léopold Mafouana, un autre ami de la famille.
«On peut être qu'attristés pour le départ d'une dame qui laisse derrière elle trois jeunes enfants. Je ne peux pas comprendre qu'un père de famille puisse être laissé à lui-même comme cela, et ce, juste pour une affaire de renouvellement de visa. Je trouve ça injuste, un geste humanitaire aurait été souhaité», ajoute Lambert Moukoko, un ami qui était aussi venu participer à ce déchirant aurevoir.
Mais ce geste humanitaire n'est jamais venu.
«Quand on sait qu'on s'apprête à renvoyer une femme et sa fille dans un des pays les plus dangereux au monde, la seule chose qui s'impose d'un point de vue humain est de laisser la famille rester au Canada. Nous implorons les ministres à faire preuve de décence et d'empathie et à intervenir pour éviter un drame humain», a déclaré Pierre-Luc Dussault par voie de communiqué, lui qui n'a pas été entendu.
Après un long combat, la demande de sursis de la jeune mère a été rejetée en Cour fédérale jeudi, la forçant à quitter le Canada. Elle laisse derrière elle son conjoint Pacôme Pika et ses trois enfants, Kezia Hope, Elicha et Khelen Mercy, âgés respectivement de sept ans, trois ans et cinq mois.
Une famille décimée
Le père ne cachait pas sa tristesse le jour du départ, lui qui profitait des derniers instants en famille.
«C'est déchirant, ce sont des situations qui ne sont pas faciles pour les enfants, surtout l'aînée. C'est difficile à leur expliquer. Pour leur intérêt, il serait bien qu'ils aient une maman et comme ils sont Canadiens, il leur faudrait leur maman sur leur terre. On vit chaque jour pleinement en ayant le regard fixé sur comment les enfants réagissent, c'est comme ça que je gère ça. Le traumatisme est plus grand pour eux, ça change vraiment leur conception de la vie», explique Pacôme Pika.
Dans un an, Sarah Maggali Namoutiri pourra faire une demande pour revenir au Canada. Toutefois, l'aînée fait aussi l'objet d'un avis d'expulsion, mais elle a obtenu un sursis en raison d'une demande d'examen des risques avant renvoi.
«Pour le moment on ne sait pas ce qu'il faut faire, on va en parler avec l'avocat pour se dresser un plan de match, sur la stratégie à mettre en place. On va voir si les autorités vont lui accorder sa chance, pour qu'elle reste puisqu'elle est bien intégrée, elle va à l'école Jean XXIII et elle a de bonnes notes», indique Pacôme Pika.