Tomber dans le panier

Vous êtes à l'épicerie, pianotant nerveusement sur la poignée de votre panier devant l'étalage des produits. Vous lisez les noms, tentez de déchiffrer les logos, les slogans de vente, la liste des ingrédients. Vous hésitez. Vous vous impatientez, vous sentez dépassés. Vous êtes face au mur de l'alimentation. Un mur infranchissable?
Diète, zéro, léger, l'industrie agroalimentaire nous bombarde de formules du genre pour nous convaincre que tels ou tels produits représentent «le bon choix». Mais tous ces suffixes sont-ils utilisés à bon escient ou font-ils uniquement partie d'une stratégie de vente?L'éveil de la population face aux problèmes liés à la malnutrition est grandissant et s'opère depuis quelques années déjà, merci entre autres à des documentaires à succès du genre Super Size Me.
Ce qui explique qu'on porte une plus grande attention qu'auparavant aux précisions nutritionnelles affichées sur les étiquettes. Concrètement, selon une étude menée par Transformation Alimentaire Québec en 2009, 66 % des Canadiens considéraient le contenu nutritionnel des aliments comme un critère d'achat «très important».
Par contre, les termes qu'utilisent les entreprises pour nous séduire sont parfois assez flous. Il faudrait alors, pour faire une épicerie éclairée, savoir si ces termes alléchants ne sont que le fruit d'astuces imaginées par les équipes publicitaires du domaine alimentaire dans le but de vendre leur salade (littéralement), ou s'ils sont gages de bienfaits.
Le point de vue marketing
«La nourriture est un cas particulier sur le plan de la publicité», annonce d'emblée Éric Massé, concepteur publicitaire et chargé de cours à l'Université de Sherbrooke.
«Parce que c'est une catégorie de produits avec laquelle on n'avait jadis qu'un lien de dépendance et avec laquelle on a développé un lien affectif», précise-t-il.
Selon M. Massé, notre rapport avec la nourriture a grandement changé dès le moment où elle a perdu son statut de produit périssable. Le fait que les aliments se soient retrouvés au même rang que les autres articles de la vie quotidienne, en boîte, massés sur une étagère, les a soumis aux règles de la mise en marché populaire.
«Le domaine de l'alimentation est désormais régi par les mêmes modes publicitaires que le reste. Et ces dernières années, la mode est au greenwashing et au healthwashing. Cette tendance à être toujours plus vert, toujours plus santé.»
Ce à quoi s'ajoute une forte compétition. Qu'une myriade de produits semblables soient étalés les uns à côté des autres en épicerie force les entreprises à miser sur l'emballage et l'étiquette. Ainsi, la simple inscription «sans gluten» peut faire en sorte qu'on remarque une boîte plus qu'une autre.
La réalité nutritionnelle
Mais si le propre de la publicité est effectivement d'embellir la réalité, leurs promesses nutritionnelles n'en sont pas pour autant mensongères, explique Cora Loomis, diététiste-nutritionniste à l'Université de Sherbrooke.
«Pour pouvoir prétendre au titre de diète ou bio, ou tout autre terme du genre, un produit doit répondre à des critères stricts», souligne-t-elle.
Effectivement, chaque affichage nutritif présent sur les emballages est régi par Santé Canada.
Exemple de ce contrôle, pour se mériter l'appellation «léger», un produit doit impérativement présenter une réduction d'au moins 25% de calories ou de lipides par rapport à la version originale.
Ce qu'il importe de savoir, selon madame Loomis, c'est ce que ces termes représentent vraiment pour d'ensuite faire notre épicerie selon nos besoins propres.