Tirer de la carabine sur les aurores

They are two kinds of people in the world: morning people and people who want to shoot morning people.
Traduction très libre: «Il y a deux catégories de gens dans la vie: ceux qui se lèvent tôt et ceux qui voudraient tirer de la carabine de façon excessivement redneck sur ceux qui se lèvent tôt.»
Cette maxime tirée du merveilleux monde de l'Internet m'a parlée dans le creux de l'oreille quand je l'ai vu passer. Je me suis même dit que ce serait le genre de vérité que je me ferais tatouer en belle écriture cursive, un soir de brosse, en trouvant que tout cela fait beaucoup de sens.
Ceci étant dit, je ne sais pas de quel côté tu te situes, mais moi, je me trouve assurément du côté de la gâchette. Pas tant que je veule blesser des gens - tu sais bien que non, puisque malgré ma carrure de gars de la construction, je suis plutôt de type agnelet frêle affublé de bonté divine - mais bien parce que les aurores et moi, on s'aime pas. Les aurores et moi, c'est incompatible. Je parle dans son dos; elles se foutent de ma gueule. J'en dis du mal; elles me cernent les yeux. Je leur fais des fingers; elles s'en sacrent comme de leur dernière chemise.
Et c'est insultant parce que les aurores gagneront toujours. Parce que c'est d'même la vie. Le matin, c'est fait pour se lever; la journée c'est fait pour labourer; la soirée c'est fait pour écouter des téléromans, les yeux en mode Jean-Paul Sartre. Les coups de carabine visés sur les aurores changeront rien au fait que notre système est bâti comme ça. Oiseau de nuit, tu peux te considérer out of the game avec la vie.
Il y a cet adage écrit contre nous, peuple de la nuit, affirmant que l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Et tout le monde sait que les adages ont toujours raison. Donc, grande nouvelle: no future for me/pas d'avenir pour moi. C'est d'une tristesse.
Mais, holà, c'est pas parce que mon corps se souderait au matelas quand chante le coq que je suis complètement inapte. J'atteins mon climax de productivité aux alentours de 21 h. Je pourrais te bâtir un cabanon à cette heure-là. (Veux-tu un cabanon?) Il ne faut juste pas s'attendre à ce que mes neurones soient fonctionnels à 8 h 30. C'est physiquement impossible pour moi, et ce, même si je m'envoie des litres de café dans le corps. (J'ai essayé. La seule chose que ça me fait, c'est de me rendre excessivement stressée, limite agressive, en plus de transformer mes pulsations cardiaques en beat de drum qui s'amalgame avec rien de mélodieux. Genre du dubstep.) (J'haïs le dubstep.)
Et puis, en plus, le coup de grâce est arrivé. Celui fatal, qui m'a achevée sans bon sens. René Homier-Roy a accroché son micro. Il était mon coq aux vocalises apaisantes et joviales. Mon repaire dans le temps («il est 7 h 13. Yves à la circulation»). Mon monsieur-matin que je ne mettais jamais sur snooze. Celui qui m'aidait à décalfeutrer en douceur mes yeux embrumés de sommeil.
Je me sens orpheline depuis son départ. Parce que celle qui le remplace quand mon cadran se (me) réveille à 7 h ne m'enchante pas. Pas qu'elle soit mauvaise, juste qu'elle n'est pas René Homier-Roy.
Je ne pense pas réussir un jour à me faire amie avec les aurores. Je laisse ça à ceux qui ont de l'avenir. Je vais plutôt m'en tenir aux soirs de scotch et me faire amie avec Luce Dufault.
No future.