The long way

Je vous ai déjà raconté comment j'étais devenue journaliste? Probablement. J'ai tendance à radoter. D'ailleurs, ces derniers temps, j'en reparle souvent. Aux neveux et nièces, de grands ados, des adultes tout bientôt, occupés à plein de choses ces temps-ci, entre autres à choisir ce qu'ils feront de leur vie.
Les trois plus jeunes se disent qu'ils ont tout le temps d'y penser, ça leur enlève le stress de ne pas encore avoir d'idée. Le plus vieux, lui, a passé en revue presque tous les métiers depuis l'été dernier. Une semaine il allait devenir ingénieur civil, l'autre comptable, puis policier. Une fois, après une visite chez un ami à moi, peintre de talent et de métier, il a même décidé que ce serait cool d'être artiste.
Il a finalement acheminé des demandes d'admission au collégial en sciences et en architecture. Architecte, c'est le premier métier dont je l'ai entendu parler qu'il a commencé à mettre des mots bout à bout. C'est son premier choix. «Sinon, en sciences. Je garde mes portes ouvertes, comme tu m'as conseillé de le faire.»
On a parlé tout plein des portes ouvertes. Des choix. Du droit de se tromper. De la difficulté de décider à 16 ou 17 ans de ce qui va t'allumer toute ta vie durant. De la possibilité que ce ne soit pas toute ta vie durant. Pis que ce ne soit pas la fin du monde.
Toi, So, t'as toujours voulu être journaliste? Oui. Et non.
Je voulais être ça, et plein d'autres choses encore. Archéologue, prof d'histoire, avocate, athlète olympique, officier de l'armée, danseuse de tango, chanteuse de gospell, écrivain, psychologue, philosophe, chirurgienne, restauratrice, libraire, policière. Et j'en passe.
Y a plein de choses qui se sont éliminées d'elles-mêmes. T'sais, quand tu chantes comme un chaudron, que t'as pas trop d'esprit de compétition sauf quand tu joues au billard pis que ton rapport à l'autorité est pas clair, ben tu biffes des trucs sur ta liste assez vite pour pas t'emmerder pour rien.
J'aurais aimé lui dire que j'avais toujours su et que j'avais pris le chemin direct pour y arriver. J'ai toujours été un brin jalouse des passionnés qui savaient exactement ce qu'ils voulaient. Hygiéniste dentaire, travailleur de la construction, ingénieur, enseignante, patineuse de vitesse; tu croisais ces gens-là, ils étaient remplis de convictions; leurs choix de cours, leurs activités, leur train de vie allaient dans ce sens-là. Way to go.
J'aurais aimé lui dire que j'avais toujours su, que j'avais pris le chemin direct pour y arriver et que j'y étais arrivée à force de persévérance.
Mais ç'aurait été n'importe quoi. Alors je lui ai avoué que j'avais tout fait ça en zigzag, en prenant tellement de détours, zéro raccourci, pis qu'en bout de ligne, ça avait été le journalisme tout naturellement, sans douleur, sans trop rusher. J'ai pas persévéré. Avant même de mettre les pieds à la maternelle, je savais que je voulais étudier longtemps, beaucoup, user des bancs de cégeps et d'universités.
«The long way, So?»
Ouais, mon homme, the long way. Mais my way.
Chacun son chemin. Fais le tiens. Pis bonne route.